Les députés vont-ils prendre de vitesse l’expertise scientifique en débattant dès le 3 février 2022 d’un projet de loi visant à interdire nitrites et nitrates ajoutés dans l’alimentation ? Cela en prend le chemin pour l’instant, car l’Anses chargée de trancher la question de leur éventuelle nocivité ne va sortir son rapport qu’à la fin du premier semestre de 2022.

Trois axes de travail

Pour répondre à la saisine conjointe des ministères chargés de la Santé, de l’Agriculture et de la Consommation, l’Anses a en effet mis en place en janvier 2021 un groupe d’experts spécifique. « Au démarrage des travaux, et compte tenu du nombre et de la complexité des questions à traiter, trois axes de travail ont été définis par le groupe d’experts », souligne l’Anses :

  • Un premier axe sur la maîtrise des risques microbiologiques dans les viandes transformées ;
  • Un deuxième axe sur les niveaux d’exposition aux nitrates/nitrites des consommateurs ;
  • Un troisième axe sur l’état des connaissances sur la toxicité de ces composés et de leurs dérivés, notamment les mécanismes induits de cancérogenèse ;

L’Agence indique à La France Agricole « qu’à ce jour, le premier volet de l’étude a été finalisé, et les conclusions et recommandations ont été adoptées à l’unanimité par les experts du groupe de travail. Les travaux se poursuivent sur les autres volets de l’expertise ».

Compte tenu des premières conclusions et recommandations des experts, l’Anses considère que son avis ne pourra être formulé que sur la base du rapport d’expertise final traitant de l’ensemble des questions posées. Le programme de travail de 2022 adopté par le conseil d’administration de l’Anses le 23 novembre 2021 prévoit une publication de cet avis à la fin du premier semestre de 2022.

Un premier projet de loi retiré de l’agenda

Lors de l’automne 2020, les nitrites et nitrates utilisés dans la charcuterie pour la conservation avaient été mis sur la sellette par une campagne de presse orchestrée par trois associations (La Ligue contre le cancer présidée par feu le Pr Axel Kahn, Foodwatch et Yuka), au motif que ces additifs seraient cancérigènes.

Une mission parlementaire d’enquête avait aussi été dirigée par le député Richard Ramos (Modem) qui avait conduit ce dernier à déposer le 14 décembre 2020 un premier projet de loi. Ce dernier a finalement été retiré de l’agenda de l’Assemblée nationale.

En novembre 2020, l’Académie d’agriculture avait sorti un rapport sur les nitrites qui a contrario les disculpaient du risque de cancer colorectal. Le ministre de l’Agriculture a indiqué de son côté qu’il ne se positionnerait pas sans l’expertise de l’Anses sur ce sujet. Dès lors, comment l’Assemblée nationale va-t-elle pouvoir passer outre et débattre sans cet avis scientifique ?

> À lire aussi : « Les nitrites de la charcuterie ne sont pas cancérigènes » (28/05/2021)

Philippe Pavard