Le constat est sans appel : « En décembre 2021, la filière du bovin à viande a perdu 100 000 vaches sur un an, expose Cédric Mandin, secrétaire général de la Fédération nationale bovine (FNB) le mardi 18 janvier 2022. Et d’après les premières prévisions, le revenu mensuel moyen des éleveurs naisseurs a à peine progressé de 800 €, contre 700 € en 2020 ». Si la tendance a été un peu plus favorable en engraissement, « les gains ont été absorbés par la flambée des charges sur nos exploitations », indique Bruno Dufayet, le président de la FNB.

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Sécuriser les volumes

« Le cheptel bovin s’éteint à petit feu et les conséquences de la décapitalisation sont aujourd’hui ressenties par tous », regrette Bruno Dufayet. Le syndicat espère que les nouvelles dispositions législatives (Egalim 2) permettront une « prise de responsabilité de l’ensemble des acteurs ».

La contractualisation obligatoire a pour « objectif de ramener de la valeur dans les cours des fermes, mais aussi de sécuriser les approvisionnements en viande bovine française pour servir la filière de l’aval. Ce n’est pas qu’au bénéfice des éleveurs », insiste Bruno Dufayet.

Mise en place timide des contrats

Afin d’informer les éleveurs de leurs nouvelles obligations, les élus de la FNB multiplient les réunions. Les informations sont ensuite relayées par les sections départementales à l’échelle des cantons. « Les membres du comité directeur ont visité une quarantaine de départements depuis la fin de l’année 2021, estime Cédric Mandin. Ces échanges en contact direct avec les éleveurs sont essentiels car ils permettent de dédramatiser le sujet. »

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« Au lieu de se faire au moment du départ des animaux dans le camion, la négociation avec son premier acheteur est simplement décalée en amont, pour gagner en lisibilité », explique Bruno Dufayet. Et si la durée minimale des contrats est fixée à trois ans, « les clauses en termes de mécanique de prix et de volume peuvent être révisées chaque année par les deux parties ».

« Le choix de mettre en place des bovins doit se faire au profit de perspectives durables pour les éleveurs. Derrière le contrat, il ne s’agit pas juste de ramassage, mais bien de s’assurer une meilleure rémunération. La FNB publie en ce sens chaque semaine des indicateurs de marché et de coûts de production produits par l’interprofession pour donner un maximum de références », poursuit son président.

Pour l’heure, la mise en route est encore timide. « On compte quelques premiers contrats signés, on en est au début, rapporte Bruno Dufayet. Les démarches émergent surtout à l’échelle locale entre un groupement d’éleveurs et un magasin d’enseigne par exemple, pour qui les apporteurs sont fidélisés et les relations sont sereines et responsables. »

À l’échelle plus large, les initiatives de la part de la grande distribution se font encore attendre, d’après la FNB.

Les artisans-bouchers montrent la voie

La boucherie artisanale prend quant à elle les devants. Au salon de l’agriculture de 2022, la Confédération française des bouchers, charcutiers et traiteurs (CFBCT) compte annoncer le lancement d’un pacte artisan-boucher/éleveur. « Il s’agit de valoriser un travail souvent déjà réalisé à l’échelle locale, au travers de la signature concrète d’un contrat », souligne Cédric Mandin.

D’après la FNB, cette démarche vise à « assurer un approvisionnement en viande de qualité, rémunérée à la hauteur des coûts de production », en application directe de la loi Egalim 2. « L’objectif est de rassembler dès le départ 5 000 artisans-bouchers », projette le secrétaire général du syndicat.

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Lucie Pouchard