À 52 ans, Xavier Astolfi, diplômé de Polytechnique et de l’École des mines de Paris, est nommé à la tête de la coopérative sucrière Cristal Union après le départ en retraite d’Alain Commissaire.

Quelle stratégie allez-vous mettre en place pour les années à venir ?

Depuis la fin des quotas en 2017, nous nous sommes appuyés sur la force de notre modèle coopératif pour nous transformer. Notre stratégie de recentrage sur les marchés européens, notamment du sud de l’Europe, a été payante. Les ventes hors Union européenne ne représentent plus que 10 % de notre production. Nous avons renouvelé notre offre de produits en la rendant plus flexible et renforcé notre performance industrielle. J’entends poursuivre dans cette voie pour permettre à la coopérative de relever tous les défis qui l’attendent.

Quels défis avez-vous identifiés pour la filière du sucre et la coopérative ?

La France veut renforcer sa souveraineté alimentaire mais, en même temps, la société demande des produits moins sucrés, plus allégés. Nous allons proposer des produits avec du sucre et autre chose. Nous allons assister à la disparition progressive du moteur thermique, ce qui va se traduire, à terme, par une baisse de la consommation de bioéthanol. Nos usines vont devoir être très flexibles et passer du sucre, à l’alcool et au bioéthanol en fonction de la demande des marchés.

Le Green Deal européen et la stratégie Farm to Fork nous imposent une réduction de notre consommation d’énergie fossile. Nous avons déjà investi 120 millions d’euros sur deux ans, pour réduire notre consommation d’énergie. Nous allons poursuivre en réduisant de 35 % nos émissions de CO2 d’ici à 2030. Nous allons investir par exemple 35 millions d’euros pour remplacer l’énergie fossile par de la biomasse dans nos unités de déshydratation de pulpes de Sainte-Émilie et Bazancourt.

Et sur le plan agricole ?

C’est notre quatrième défi, les agriculteurs vont devoir utiliser moins d’engrais et de produits phytosanitaires. Le rôle de la coopérative est primordial pour les accompagner dans l’évolution de leurs pratiques agricoles, dans l’utilisation de produits naturels, de digestats de méthaniseurs… avec la volonté d’assurer une bonne rémunération des coopérateurs. Les bons résultats que nous avons obtenus l’an dernier, et que nous obtiendrons cette année, nous ont permis d’augmenter le prix payé pour les betteraves et montrent que nous avons une marge de manœuvre.

Confirmez-vous les prix de 29 €/t pour les betteraves de la récolte de 2021 et de 30 €/t pour celle de 2022 ?

Oui pour les 29 €/t de la récolte de 2021. Pour la récolte de 2022, nous nous engageons sur un prix indicatif de 28 €/t. Si nous appliquons la même mécanique que pour la campagne en cours, nous atteindrons un prix de 30 €/t. Mais d’ici là, beaucoup de choses peuvent se passer, restons prudents. Je pense que l’on ira au-delà des 30 €/t dans les prochaines années.

Je pense que l’on ira au-delà des 30 euros par tonne de betteraves dans les prochaines années.Xavier Astolfi, nouveau directeur général de Crsital Union

Les agriculteurs se sont-ils engagés pour 2022 sur les 7 000 ha supplémentaires que vous souhaitiez ?

Pas encore complètement, mais les engagements de surfaces ne sont pas encore terminés, les agriculteurs peuvent encore se décider. Trois régions sont concernées, la Picardie, la Normandie et l’Alsace.

La sucrerie d’Erstein en Alsace est-elle sauvée ?

Il est vrai que la question de l’Alsace est beaucoup plus importante, et les intentions de semis qui y sont annoncées jusqu’à présent, ne sont pas encore à la hauteur de nos attentes.

Il y a quelques années, un rapprochement entre Tereos et Cristal Union a été évoqué. Maintenant que les directeurs généraux des deux groupes coopératifs ont changé, ce projet est-il à nouveau à l’ordre du jour ?

Ça n’était pas seulement une question d’hommes, mais de projets d’entreprise. Et aujourd’hui la question n’est vraiment pas d’actualité.

Propos recueillis par Blandine Cailliez