À l’occasion d’une conférence de presse le 8 avril 2021, Générations Futures (GF) et Alerte des Médecins sur les Pesticides (AMLP) ont dénoncé les « lacunes des dossiers d’évaluation de 6 pesticides perturbant le système endocrinien dont les autorisations arrivent à terme ». Ils font objet d’un rapport commun aux deux associations en mars dernier.

Ce dernier avait pour objectif de vérifier si les dispositions réglementaires européennes de 2018 (permettant notamment d’exclure du marché des substances actives à effet avéré ou supposé de perturbation du système endocrinien) étaient bien respectées dans les dossiers de renouvellement.

Les auteurs ont pour cela choisi le cas des perturbateurs thyroïdiens et se sont penchés sur les dossiers (1) de 6 substances actives, pour lesquelles les autorisations arrivent à leur terme entre avril et juillet 2021 (cyprodinil, fenbuconazole, mepanipyrim, pyrimethanil, ziram et spinosad).

Des dossiers de renouvellement obsolètes et incomplets

« Cette analyse a été difficile à réaliser car les données n’étaient pas toujours disponibles, mais nous avons tout de même réussi à faire ressortir des informations », précise Pierre-Michel Perinaud, médecin et président de l’AMLP.

Ce dernier souligne ainsi le caractère souvent obsolète de ces dossiers, reposant sur les anciens règlements, avec des dates de publication parfois anciennes (2009 pour le fenbuconazole). Par ailleurs, il ajoute que certains risques ne sont pas évalués, en l’absence de tests validés et disponibles (comme les troubles du neurodéveloppement chez le fœtus) et des particularités aux perturbateurs endocriniens ne sont pas prises en compte (effets à faible dose notamment).

Enfin, la littérature scientifique est très rarement reprise dans les dossiers. « Les exigences réglementaires ne sont donc pas à la hauteur du problème », alerte Pierre-Michel Perinaud.

Demande de cohérence dans le positionnement de la France

Au regard de ces lacunes, François Veillerette, chargé du plaidoyer et porte-parole pour Générations Futures, appelle à « un positionnement cohérent du gouvernement français ». Par un courrier adressé au début d’avril aux ministères concernés, les deux associations demandent que la France s’oppose au renouvellement de ces substances actives, exige une définition scientifique des perturbateurs endocriniens, de même que des tests systématiques (à faire valider rapidement à l’échelle de l’Europe) sur le neurodéveloppement du fœtus.

Les deux associations suivront de près les 7 autres substances actives arrivant au terme de leur homologation en 2021, les dossiers de renouvellement n’ayant pas encore été publiés.

Charlotte Salmon

(1) les auteurs ont analysé les « Renewal Assesment Reports (RARs) », à savoir les rapports d’évaluation produits par les États membres rapporteurs pour ces substances actives, évalués par l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments).