« Compte tenu de son profil toxicologique, le phosmet a été interdit au niveau européen, une décision partagée par la France, a rapporté le ministère de l’Agriculture à La France Agricole le 27 janvier 2022. L’interdiction vaut pour tous les pays européens. »

« C’est un sujet de préoccupation pour le ministère, en particulier la filière du colza, confrontée à des ravageurs d’automne, dans un contexte où la production souffre de difficultés, avec des baisses de surfaces significatives ces dernières années, ajoute-il. Le ministère considère comme une priorité l’accompagnement des filières à la sortie du phosmet. »

Dérogation temporaire pour un produit alternatif

Quelles solutions auront les agriculteurs pour la prochaine campagne ? Les produits à base de phosmet en stock chez les agriculteurs peuvent être utilisés jusqu’au 1er novembre 2022. « Pour ne pas laisser les agriculteurs sans solution, une dérogation temporaire de 120 jours pourra prendre le relais du phosmet », informe le ministère, confiant sur le fait qu’elle sera délivrée en temps voulu.

« Cette dérogation est une solution temporaire, poursuit-il. L’objectif étant de développer des alternatives comme le “colza robuste”, une piste prometteuse. » La dérogation pourrait être reconduite l’année prochaine en l’absence de solutions satisfaisantes.

Pour les professionnels, la promesse « pas d’interdiction sans solutions » n’est pourtant pas tenue.

« Un retrait sans alternative crédible »

« On a une fois de plus un retrait sans alternative crédible, déplore Arnaud Rousseau, président de la Fédération des producteurs d’oléagineux et de protéagineux (Fop). Le ministère serait prêt à activer une dérogation pour le cyantraniliprole, qui n’a pas d’homologation sur le colza. Le produit ne peut être utilisé que sur dérogation, qui ne peut avoir lieu que lorsque l’urgence est constatée. »

> À lire aussi : Oléoprotéagineux : sans phosmet, 300 000 ha de colza menacés (01/12/2021)

La piste du cyantraniliprole

Terres Inovia travaille en expérimentation sur le cyantraniliprole depuis quelques années, a rappelé l’institut technique le 27 janvier 2022. « Les travaux actuels avec la société Syngenta, aussi bien sur le volet technique que réglementaire nous permettent d’envisager une solution pour l’automne 2022 qui couvrirait les situations les plus critiques dans certains contextes particuliers, informe-t-il. Ce volet réglementaire, difficile, est en cours. Il est pour notre filière prioritaire. »

Des moyens supplémentaires « tardifs »

Un groupe de travail, réunissant l’ensemble des parties prenantes (services du ministère, Terres Inovia, Inrae, Fop, Sofiprotéol) a été mis en place en 2021 à la demande du ministre. Il a élaboré un plan d’action qui est en cours de déploiement et bénéficie d’une enveloppe de 2,5 millions d’euros, dont Julien Denormandie avait annoncé le déblocage le 24 novembre 2021 lors des rencontres Oléopro.

« Le ministre a mis des moyens supplémentaires sur la table pour essayer de trouver des solutions, mais ils arrivent tardivement, regrette Arnaud Rousseau. Avant l’interdiction du phosmet, on avait déjà perdu une surface importante de colza à cause de l’incapacité à répondre à des problématiques à cause des insectes dans certains secteurs. On ne peut pas d’un côté faire la promotion d’un plan protéines et de l’autre scier en permanence la capacité de production de colza. »

Même son de cloche du côté de la Coordination rurale : « On nous supprime sans cesse des produits, alors qu’on a déjà des difficultés à lutter contre les altises. Le colza est la première tête d’assolement dans la région. C’est le résultat économique de nos exploitations qui est en jeu », tempête Philippe Ribault, agriculteur dans l’Eure-et-Loir et président régional de la Coordination rurale Centre.

Justine Papin
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