Au moment où le gouvernement français mettait en consultation publique son plan national en faveur des insectes pollinisateurs et de la pollinisation, les ministres de l’Agriculture de l’Union européenne ont réaffirmé, le lundi 28 juin 2021, « la nécessité d’une nouvelle approche pour protéger les abeilles mellifères ». Ils ont convenu de « se fixer un objectif précis pour protéger les abeilles mellifères contre les pesticides ».

Limiter les pertes dans les colonies

Pour cela, au cours de la réunion du Conseil de l’agriculture et de pêche, les États membres ont examiné les orientations fournies par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), décrivant une nouvelle approche pour évaluer l’impact des pesticides sur les populations d’abeilles mellifères.

La commissaire européenne à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Stella Kyriakides, a invité les ministres à envisager une approche qui fixerait la perte maximale de la taille des colonies à 10 % dans l’ensemble de l’Union européenne.

Les ministres ont globalement soutenu cette approche même si certains États membres appelaient à ce que ce chiffre soit fixé à moins de 10 %. Mais beaucoup ont aussi souligné l’importance de prendre en compte les derniers avis scientifiques.

« Nous sommes convaincus que l’échange de vues entre les ministres conduira à l’introduction de mesures à l’échelle de l’Union européenne pour protéger les populations d’abeilles mellifères contre les effets des pesticides », a jugé Maria do Céu Antunes, ministre portugaise de l’Agriculture, à l’issue de cette réunion.

Révision du document d’orientation de l’Efsa

Rappelons que, selon la législation de l’Union européenne, les phytos ne peuvent être utilisés dans l’agriculture que si une évaluation complète des risques démontre que leur utilisation ne nuira pas à la santé humaine ou animale, ni ne causera des niveaux inacceptables de dommages à l’environnement.

Les niveaux de risque actuels sont basés sur le document d’orientation sur l’écotoxicologie terrestre, produit par la Commission européenne en 2002. Toutefois en mars 2019, la Commission européenne a demandé à l’Efsa de procéder à une révision de son document d’orientation publié en 2013 sur les abeilles.

Dans le cadre de cet examen, une majorité d’États membres a exprimé sa préférence pour une approche d’évaluation des risques qui tienne compte de la variabilité naturelle de la taille des colonies d’abeilles mellifères.

Pas suffisant pour Générations futures

Dans un communiqué daté du 29 juin 2021, Générations futures estiment que ces efforts sont « bien loin d’être suffisants. Les hics – et ce ne sont pas des moindres – c’est que cet accord ne prend pas en compte : les expositions à des cocktails de substances ; les expositions répétées dans le temps ; le manque de sensibilité des tests », ajoute l’association environnementale.

« D’un point de vue environnemental, ce n’est pas acceptable parce que cette décision ouvre la voie à une protection insuffisante des pollinisateurs sauvages (ce sera le prochain point de négociations) », juge enfin Générations futures.

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Céline Fricotté