L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments) a mis en garde le 4 février 2020 contre le nouveau virus émergent ToBRFV (tomato brown rugose fruit virus) qui menace la culture des tomates, piments et poivrons en France. L’agence confirme un « risque élevé d’introduction et de dissémination de ce virus en France avec un impact potentiel conséquent sur les cultures, tant pour les filières professionnelles que pour les productions familiales qui représentent des volumes significatifs. » Les plants touchés présentent des décolorations, des marbrures et des déformations au niveau des feuilles comme des fruits. De plus, les cultures présentent un aspect rugueux et sont donc non commercialisables.

Eviter son entrée sur le territoire

L’Anses recommande la mise en place de mesures de gestion. « Afin d’éviter l’entrée du ToBRFV, il est primordial de respecter les mesures d’urgence relatives aux semences et plants destinés à la plantation mises en place au niveau européen, détaille-t-elle. De plus, sont recommandées les importations de fruits à partir de sites de production déclarés exempts de ToBRFV. »

Plan national de surveillance

En cas d’entrée et d’établissement en France, l’agence préconise un plan national de surveillance pour détecter précocement le ToBRFV ainsi que « l’arrachage des plantes (symptomatiques et asymptomatiques) dans l’unité de production contaminée et destruction par le feu ». L’agence insiste sur « l’importance cruciale de signaler rapidement la présence du virus dans les aires de production », auprès des services régionaux du ministère de l’Agriculture, des Fredon ou des chambres d’agriculture. Elle « émet des doutes sur le succès d’une stratégie d’enrayement visant seulement à limiter la dissémination du virus grâce à l’application des mesures d’hygiène et une restriction de mouvements de matériel végétal contaminé. »

Transmission rapide

Le parasite (appartenant au genre tobamovirus) peut se transmettre par les semences, les plants, les fruits infectés, les insectes pollinisateurs, les oiseaux, l’eau d’irrigation ainsi que par simple contact (mains, outils de travail, vêtements de manipulateurs…). Et il est capable de survivre longtemps, sur de longues distances (notamment lors d’échanges infectieux), sans perdre son pouvoir infectieux. « Aucun traitement ou aucune variété résistante n’existe aujourd’hui contre ce virus », rapporte l’Anses.

Selon l’agence, le virus peut infecter jusqu’à 100 % des plantes sur un site de production, ce qui le rend redoutable pour les cultures à haute densité de plantation comme les cultures sous serre. Néanmoins, toutes les cultures de tomates peuvent être impactées : agriculture conventionnelle, biologique, en protection biologique intégrée, sous serre et plein champ. »

Détecté pour la première fois en Israël en 2014

Le virus ToBRFV a été identifié pour la première fois en 2014 en Israël et en 2015 en Jordanie. Les signalements se sont multipliés depuis 2018 au Mexique, aux États-Unis, en Allemagne, en Italie puis en Chine, en Turquie, en Grèce, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et en Espagne. Il a été éradiqué en Allemagne et aux États-Unis.

« En 2019, des mesures d’urgence ont été adoptées au niveau européen (notamment en France, NDLR) afin de répondre à cette émergence, signale l’Anses. Dans ce contexte, l’agence a mené une évaluation de risque pour la France métropolitaine. » En découle l’alerte émise ce 4 février 2020. L’Anses appelle également « à la vigilance et à la mobilisation des professionnels de la filière avec un renforcement des mesures de surveillance et de contrôle des cultures du territoire ».

Aucun foyer infectieux sur le territoire français

Dans un communiqué paru également le 4 février 2020, l’Association d’organisations de producteurs nationale (AOPn Tomates de France) précise qu’à ce jour elle « ne déplore aucun foyer infectieux, ni aucune contamination de ses fruits ou légumes, sur le territoire français ». Elle tient également à préciser que le virus ToBRFV n’est ni transmissible aux animaux, ni aux humains.

« En l’absence de traitement capable d’éradiquer ce virus, l’association appelle à la prudence de tous les professionnels de la filière, quel que soit leurs modes de production. Elle invite également à la vigilance l’ensemble des particuliers cultivant la tomate, le piment ou le poivron, pour prévenir de tout risque de propagation du virus sur le territoire français. »

Restriction de l’accès aux zones de culture

Par ailleurs, du fait des possibilités de propagation rapide du virus, l’AOPn Tomates de France a pris la décision « de restreindre l’accès aux zones de culture uniquement aux professionnels de la filière et des sites de production ». Un renforcement des mesures sanitaires est également mis en place pour remédier à toute exposition éventuelle au virus.

I.E.