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Le coût du fret réoriente les flux de céréales

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Marchés des grains - Le coût du fret réoriente les flux de céréales
Les taux de fret sont en hausse depuis le début de l’année. © Cédric Faimali/GFA

L’explosion du coût du fret maritime renchérit la facture pour les pays importateurs. FranceAgriMer a analysé les facteurs en jeu, et les conséquences pour les exportations françaises de céréales.

« Sur cette nouvelle campagne, le coût du fret, boosté par les cours du pétrole, devient un élément important de la compétitivité des prix à l’exportation », a déclaré Marc Zribi, chef de l’unité des grains et du sucre de FranceAgriMer lors de la conférence à l’issue du conseil spécialisé des grandes cultures de l’établissement ce 13 octobre 2021.

Le Baltic Dry Index (BDI), indice des prix pour le transport maritime de vrac sec, qui oscillait entre 500 et 1 000 l’an passé, s’élève actuellement à près de 5 400 points. « Cette hausse est tirée par la demande de minerais et de charbon de la Chine, dans un contexte de reprise économique, précise-t-il. Elle est également alimentée par le prix du pétrole qui dépasse les 80 $ le baril, alors que l’Opep a décidé de ne pas ouvrir de façon substantielle le robinet du pétrole. »

À lire aussi : Le prix du GNR s’envole (11/10/2021)

Crise énergétique chinoise

« Le marché du charbon repose sur la forte demande de la Chine, qui traverse actuellement une grave crise de la production d’électricité, et nécessite un recours accru au charbon », indique Marc Zribi. L’Inde connaît d’ailleurs une situation similaire.

La reprise économique, « dopée par les campagnes de vaccination dans les différentes régions du monde », a réactivé une forte demande en navires pour l’acheminement de matières premières, ajoute-il.

« Cela se traduit par une congestion portuaire à Ningbo, en Chine, qui a désorganisé les chaînes logistiques. » Ce port du centre de la Chine joue notamment un rôle important dans les importations de vracs, dont le charbon et les minerais.

Par ailleurs, le flux d’achats de charbon entre la Chine et la Mongolie s’est « tari », « les chauffeurs routiers ne pouvant plus approvisionner la Chine, qui applique une tolérance zéro sur les cas de Covid détectés. »

Tensions sino-australiennes

« Pendant de nombreuses années, la Chine s’est approvisionnée en Australie, tant pour les minerais que les céréales ou le charbon. À la suite de tensions diplomatiques, les contrats commerciaux entre les deux pays ont été suspendus », rapporte Marc Zribi.

La Chine s’est donc tournée vers d’autres origines, comme le Brésil pour les minerais, l’Europe pour les céréales ou encore la Colombie pour le charbon. « Ces changements de sourcing ont eu pour effet de rallonger les temps de transport et ont contribué à une hausse des prix des matières premières », complète l’expert.

L’Égypte annule son appel d’offres

« L’Égypte privilégie la compétitivité et la diversification des origines pour ses importations de blé », rappelle Marc Zribi. Dans ce contexte de fret et de prix du blé élevés, le Gasc a annulé son appel d’offres du 11 octobre, et le pays a entamé des discussions avec la France.

« Lors de la visite du ministre de l’approvisionnement égyptien en France, un prêt de 100 millions d’euros a été accordé pour le financement d’un marché de gros près d’Alexandrie », signale par ailleurs Marc Zribi, soulignant les enjeux de sécurité alimentaire pour le pays.

Les marchés de proximité favorisés pour les exportations françaises

Les prix Fob des origines françaises et russes sont relativement proches. Le coût du fret devient un facteur discriminant en termes de compétitivité et joue un rôle important dans la réorientation des flux. « La dynamique est favorable à l’exportation vers les marchés de proximité : l’Union européenne, le bassin Méditerranée par exemple », indique Marc Zribi.

> À lire aussi : Exportations : En blé tendre, l’avantage est aux marchés de proximité (15/09/21)

Concernant les exportations de blé tendre vers les pays tiers, « on s’attend à un retour de l’Algérie, aux alentours de 3 millions de tonnes, poursuit-il. La Chine devrait être présente sur l’ensemble de la campagne, ainsi que l’Afrique subsaharienne. »

« S’il se confirme que la Russie met en place un quota à l’exportation, et avec des niveaux de taxes élevés, les exportateurs pensent qu’il y aura de la place pour la réalisation d’exportations françaises vers l’Égypte sur la deuxième partie de campagne, ajoute-il. Cela reste incertain, et il faudra surveiller l’arrivée des céréales de l’hémisphère Sud, notamment Argentine, vers la Méditerranée. »

Justine Papin

Un peu plus d'informations sur le sujet

Le prix du gaz naturel, qui sert à la fabrication des engrais azotés, a également explosé. « Cela génère de nombreuses incertitudes sur les prix et la disponibilité des engrais », signale Marc Zribi, chef de l’unité des grains et du sucre de FranceAgriMer.

« Cela pourrait avoir des conséquences sur le coût des productions agricoles, et sur les choix d’assolement pour le printemps 2022, estime-t-il. Si cette situation venait à persister, elle pourrait inciter les agriculteurs à se tourner vers des productions moins consommatrices en engrais. »

À lire aussi : L’industrie des engrais azotés se mobilise pour éviter la pénurie (13/10/2021)

Une analyse partagée par Benoît Piètrement, le président du conseil spécialisé des grandes cultures de FranceAgriMer. « Les conséquences de cette hausse sont d’abord économiques, avec un impact violent et des charges supplémentaires sur les exploitations », affirme-t-il.

Sur l’approvisionnement et les disponibilités, il n’y a « aucune certitude », selon lui. « Ce qui amène beaucoup de questions : raisonner le rationnement ? Limiter les cultures demandeuses comme le maïs, au profit d’orge de printemps ou de tournesol ? »

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