Les pluies de la fin de la semaine dernière en France ont permis d’éviter la catastrophe même si la situation reste peu satisfaisante. Le marché des grains reste très agité par les conditions climatiques, d’une part, et par les tensions géopolitiques, d’autre part. Plus que jamais, la sécurité alimentaire mondiale est au cœur des préoccupations.

Correction à la baisse des prix du blé

Les prix du blé ont continué de se corriger cette semaine après la très forte hausse du lundi 16 mai 2022, consécutive à l’annonce d’une interdiction des exportations de blé de l’Inde. Le marché des grains demeure très nerveux dans un contexte de guerre et alors que la météo est peu clémente dans de nombreuses régions du monde.

Les prix du blé français rendu Rouen sur l’ancienne récolte ont perdu 18 €/t, à 402 €/t (base juillet). Sur la nouvelle récolte, le recul des prix a été similaire a ce qui est observé sur l’ancienne récolte, à 403 €/t sur juillet et à 394,5 €/t sur octobre (base : juillet). Sur Euronext, la baisse est un peu moins marquée (–16 €/t, à 404,5 €/t pour l’échéance de septembre). Toutefois à la mi-journée, la séance était de nouveau en baisse.

Aux États-Unis, les prix ont également reculé au cours de la semaine, tandis que les blés russes se sont très légèrement renchéris sur la même période. Néanmoins, les prix russes restent bien moins élevés que les français, d’environ 32 $/t.

L’Égypte allège son cahier des charges

Cette semaine, le gouvernement égyptien a annoncé assouplir son cahier des charges concernant les importations de blé. Le taux d’humidité a été relevé de 13,5 % à 14 %. Les très hauts niveaux de prix, depuis plusieurs mois maintenant, ont poussé l’état égyptien à réviser à la baisse ses exigences en termes de qualité. Depuis le 13 avril dernier, l’organisme étatique en charge des importations n’a réalisé aucun achat officiel de blé, ni même d’appel d’offres. Lors du dernier appel d’offres, la proposition la moins chère était allemande, mais avec un taux d’humidité avoisinant les 14 % et n’avait pas été acceptée. Cette révision du taux d’humidité du cahier des charges égyptien pourrait bénéficier à de nombreuses origines européennes, dont l’Allemagne, la Pologne et les pays baltes. Pour le moment, cet ajustement est mis en place pour une année.

Les très hauts niveaux de prix de plusieurs mois poussent également d’autres importateurs à revoir à la baisse leur exigences. En novembre dernier, l’OAIC, organisme étatique algérien en charge des importations, avait remonté le taux-limite de grains punaisés de 0,5 % à 1 %. Cette mesure a entraîné une nette hausse des importations algériennes de blé russe sur la fin de l’année 2021. La Russie n’était pas un fournisseur de blé de l’Algérie avant cette décision.

Les pluies sont enfin arrivées

Une large part du territoire français a bénéficié de pluies au cours du troisième week-end de mai et sur le tout début de la semaine suivante. Ces pluies tardives ont été modestes et n’ont pas empêché FranceAgriMer de revoir à la baisse une nouvelle fois l’état des cultures. Les blés sont maintenant estimés à 69 % dans un état bon à excellent, soit un repli de quatre points par rapport à la semaine dernière, et jusqu’à onze points de moins que l’an dernier à même date. Les pluies ont été trop tardives après des mois de mars et avril particulièrement secs et alors que le mois de mai a bénéficié de températures supérieures aux moyennes de saison.

La météo est capricieuse cette année avec des perturbations climatiques dans bon nombre de zones. Après la sécheresse sur les zones de production de blé d’hiver aux États-Unis, ce sont maintenant les semis des blés de printemps qui sont menacés outre Atlantique, mais par des excès de pluies cette fois-ci. Au 22 mai 2022, seulement 49 % des intentions de semis été réalisées aux États-Unis, contre 93 % l’an dernier à même date. Ce retard de semis est le plus important jamais décompté.

Chez son voisin canadien, la situation est un peu moins extrême, mais quelques retards dans les semis s’accumulent. Le pays a dû faire face à de très violents orages ces derniers jours. Le manque de pluie n’est plus à l’ordre du jour sur une large moitié est des prairies canadiennes.

Corridor humanitaire pour les grains

Si les conditions climatiques sont loin d’être idéales en Europe et en Amérique du Nord, la situation est au contraire propice aux céréales en Russie. Le pays bénéficie de conditions globalement très satisfaisantes. Le gouvernement russe utilise cet avantage comme une arme, dans un contexte de grandes tensions géopolitiques et de menace sur la sécurité alimentaire mondiale.

Plusieurs pays ont d’ailleurs appelé au dialogue dans le but de permettre à l’Ukraine de pouvoir exporter ses stocks de céréales vers les pays tiers en toute sécurité. La Russie demande en échange de cette sécurité, la levée des sanctions économiques à son encontre. Ce processus de discussion devrait prendre du temps avant que l’Ukraine puisse bel et bien être en mesure d’exporter de nouveau. De plus, le problème des mines dans les ports ukrainiens de la mer Noire reste entier et le travail de déminage prendra également du temps.

Les prix brassicoles reculent, mais peu pour les variétés de printemps

Les orges de brasserie sur la nouvelle récolte ont reculé de 20 $/t pour les orges d’hiver à 440 €/t et de 10 €/t pour les orges de printemps. Globalement, les prix brassicoles ont suivi la baisse des cotations fourragères qui ont elles-mêmes été influencées par les prix du blé.

La baisse est plus mesurée pour les orges de printemps qui souffrent particulièrement du manque de pluie depuis les semis. D’après FranceAgriMer, 61 % des orges de printemps sont dans un état bon à excellent, soit une baisse de huit points par rapport à la semaine dernière. L’an dernier à la même date, ce pourcentage atteignait 85 %. Pour les orges brassicoles d’hiver, la situation est moins catastrophique, mais reste tout de même bien moins bonne que l’an dernier.

Les prix français du maïs cèdent un peu de terrain

Au gré de fluctuations journalières parfois fortes, le prix du maïs Fob Bordeaux cède un peu de terrain par rapport à vendredi dernier, à 354 €/t (base : juillet) pour la récolte de 2021. Le Fob Rhin perd 2 €/t, à 340 €/t. La récolte de 2022 marque davantage le pas pour le maïs Fob Bordeaux, à 354 €/t (–9 €/t sur une semaine). A l’international, les maïs sud-américains ont augmenté tandis que le prix du maïs américain change peu.

Le marché du maïs évolue toujours sur fond d’exportations et de semis de maïs perturbés en Ukraine. Selon le ministère ukrainien, les semis auraient atteint un peu plus de 4,1 millions d’hectares au 19 mai (5,5 millions d’hectares avaient été récoltés en 2021). Au-delà de l’incertitude sur le chiffre final, il reste à savoir comment seront conduites ces parcelles semées et si tout sera récolté.

Dans le même temps, les stocks de maïs continuent d’être très importants en Ukraine même si les flux s’organisent par voie terrestre, vers la Pologne et la Roumanie surtout. L’amorce de discussions possibles a également été évoquée cette semaine entre les organisations internationales et la Russie pour trouver les moyens de faire sortir les stocks volumineux de grains ukrainiens. Il est néanmoins beaucoup trop tôt pour connaitre l’issue de tels pourparlers.

Ailleurs dans le monde, les semis de maïs aux États-Unis ont rattrapé un peu de leur retard et s’affichaient à 72 % au début de la semaine. En parallèle, la demande pour l’éthanol de maïs reste forte outre Atlantique. En revanche, les ventes américaines ont été relativement basses cette semaine, indiquant certainement un ralentissement de la demande mondiale.

En Amérique du Sud, les prix ont trouvé du soutien du côté de la récolte brésilienne dont le volume reste incertain à cause de la sécheresse en fin de cycle. La Chine a également signé un accord avec le Brésil pour augmenter ses importations de maïs brésiliens alors qu’elle s’approvisionnait jusqu’à présent beaucoup en Ukraine. Enfin, le gouvernement argentin a annoncé vouloir augmenter ses taxes à l’exportation, le maïs pouvant passer de 12 à 15 %.

Le soja en hausse

Cette semaine, les cours du soja sur le marché de Chicago ont progressé de 13 $/t, à 634 $/t pour le contrat de juillet. Quelques éléments ont poussé les prix vers le haut : d’une part, les conditions trop humides dans le Midwest américain qui ralentissent la progression des semis de soja aux États-Unis, ainsi qu’au Canada pour le canola. D’autre part, la levée des taxes indiennes à l’importation des huiles de soja. La conséquence de cette levée de taxe est un regain d’intérêt des acheteurs indiens pour l’huile de soja, et par conséquence pour les graines de soja.

Les semis de soja progressent aux États-Unis, mais lentement à cause de pluies excessives. En effet, le rapport dit Crop progress de l’USDA (ministère de l’Agriculture américain) a montré que 50 % des surfaces de soja ont été semées au 22 mai. Ce niveau est bien inférieur à l’an dernier (73 % semés à la même date). De plus, de nouvelles pluies sont attendues ce week-end, ce qui devrait retarder de nouveau l’avancée des semis.

En Argentine, les récoltes avancent : près de 90 % de la surface de soja est récoltée, après une bonne progression hebdomadaire (+12 points). Le rendement moyen se confirme proche de l’an dernier : la sécheresse de la fin de 2021 et du début de 2022 a surtout affecté la surface semée. Les champs ayant pu être ensemencés ont bénéficié d’un climat correct durant le cycle des cultures.

Hausse limitée des prix du tourteaux de soja

Les cours du tourteau de soja à Chicago ont suivi ceux de la fève, mais de façon très limitée. Ils augmentent de 3 $/t à 472 $/t pour le contrat de juillet. Le manque de demande à l’exportation pèse sur les prix de la protéine de soja. En effet, à 160 000 tonnes, les ventes hebdomadaires américaines à l’exportation de tourteaux de soja sont ressorties dans la fourchette basse des attentes, ce qui a empêché le prix d’augmenter davantage que celui de la graine.

Dans l’Union européenne, le prix de la protéine de soja a suivi le mouvement de son homologue. Il augmente de seulement de 3 €/t sur la semaine à 523 €/t, soutenu par le soja et par un regain de demande de la part des fabricants d’aliments européens, au vu de sa forte attractivité face au blé et aux autres tourteaux.

La demande en tourteau de soja pourrait rester sous le joug de la propagation de la peste porcine africaine. En effet, cette semaine un foyer a été détecté en Allemagne, près de la frontière française. Les craintes au sujet de l’arrivée de la maladie en France pourraient peser sur les prix du tourteau de soja dans les prochains jours.

Le prix du pois fourrager de la récolte de 2021 départ Marne a, quant à lui, baissé de 10 €/t sur la semaine à 380 €/t, alors qu’il est resté stable pour la nouvelle campagne, à 435 €/t. Des pluies bénéfiques de cette semaine en France ont soulagé des inquiétudes quant au potentiel de production de pois.

Reprise du colza en cette fin de semaine

Au début de la semaine, le marché du colza était sous pression à la suite de la reprise annoncée des exportations d’huile de palme au départ de l’Indonésie, mais également au départ de l’Ukraine. En effet, la Russie avait annoncé que des couloirs de transports alimentaires (dont l’huile de tournesol pourrait bénéficier) pourraient être mis en place en échange de la levée de certaines sanctions.

Toutefois, en cette fin de semaine, les prix du colza en France ont grimpé, tirés à la hausse par le marché du pétrole, des huiles et du canola canadien. En effet, il persiste des incertitudes quant à la reprise des exportations d’huile de palme indonésienne : le gouvernement doit bientôt annoncer les volumes qui devront être réservés au marché intérieur. De plus, la demande indienne en huiles devrait être soutenue par la levée récente des taxes indiennes à l’importation des huiles de soja et de tournesol.

Les prix du baril ont quant à eux augmenté de 2 % cette semaine en raison d’une hausse attendue de la demande à court terme aux États-Unis (avec la hausse des déplacements pendant l’été) tandis que les stocks américains sont très faibles. Par ailleurs, les retards de semis au Canada continuent de soutenir les prix du canola.

Finalement cette semaine, les prix du colza en France ont légèrement augmenté — de 4 €/t — atteignant 825 €/t rendu Rouen et 827 €/t en Fob Moselle.

Marché de tournesol calme en France, plus dynamique dans l’Est européen

Les prix français de tournesol sont restés statiques depuis la semaine dernière à 800 €/t pour la qualité standard et à 990 €/t pour le tournesol oléique (ancienne récolte). Les triturateurs français sont bien approvisionnés pour les prochains mois et les affaires se font très rares sur le marché hexagonal.

Au contraire, le marché est très dynamique dans l’Est européen. En effet, après le blocage quasi total des flux maritimes au départ de l’Ukraine depuis la fin de février, les exportations ont repris partiellement par voie terrestre. De nouvelles plateformes logistiques ont même été mises en place pour faciliter l’acheminement des produits agricoles vers les pays frontaliers de l’Union europénne.

La demande à l’exportation en graine de tournesol via les pays de l’Est européen était particulièrement dynamique sur les mois d’avril et de mai et des volumes supérieurs à la normale ont été exportés. Toutefois, le prix du tournesol ukrainien rendu frontière Ouest a diminué de 15 $/t, à 725 $/t. L’offre est en effet toujours très abondante (les stocks hérités de la récolte précédente se chiffrent en millions de tonnes). Les acheteurs européens sont de plus assez prudents dans leurs achats en raison des risques liés aux délais de livraison.

Tallage

À suivre : conditions de culture dans l’Union européenne, semis de blé, maïs et soja aux États-Unis, de blé et canola au Canada, et des cultures de printemps en Ukraine, conditions d’exportation d’huile de palme en Indonésie, politiques des biocarburants des pays européens, asiatiques et américains, prix du pétrole, situation sanitaire en Chine, évolution des discussions autour de la sécurisation des potentielles exportations ukrainiennes.

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