Les prix du blé et de l’orge ont diminué avec le retour des pluies aux USA et une révision en hausse de la récolte argentine. La faible demande à l’exportation pèse sur les orges françaises. Le soja rebondit en raison du risque croissant de sécheresse au sud du Brésil et en Argentine. Le colza suit le pétrole à la hausse et atteint de nouveaux records.

Nouveau recul des prix du blé

Pour la deuxième semaine consécutive, et après plus de cinq mois de hausse, les prix du blé ont baissé.

Sur Euronext, l’échéance de mars a clôturé la journée du jeudi 9 décembre 2021 à 282,5 €/tonne, en recul de 11,5 €/t par rapport à la semaine dernière. Le rendu Rouen a perdu 11,25 €/t, à 278 €/t, tandis qu’en dollar la baisse est légèrement plus marquée pour le Fob Rouen à 325 $/t (contre 338 $/t la semaine dernière).

Chez les autres grands exportateurs les prix ont également marqué le pas, comme aux USA (−10 $/t pour le HRW) et en Argentine (−5 $/t), mais la baisse a été minime dans la zone de la mer Noire (−3 $/t, à 338 $/t, pour le blé russe à 12,5 % et stable, à 334 $/t, pour le blé ukrainien à 11,5 %).

D’après des rumeurs du marché, le quota d’exportations envisagé par le gouvernement russe à partir de la mi-février pourrait être de neuf millions de tonnes pour le blé (14 millions de tonnes pour l’ensemble des céréales). Ce volume est moins restrictif que ce que le marché craignait, mais reste néanmoins à confirmer par les autorités russes.

La baisse des cours s’explique d’une part, par des pluies aux États-Unis sur les principales zones de production après quelques inquiétudes relatives au manque d’humidité des sols pour la prochaine récolte ; et d’autre part, en raison d’une réévaluation à la hausse de la récolte de blé en Argentine par la Bourse de Rosario. Cette dernière a relevé sa prévision de récolte à 22,2 millions de tonnes, tandis que le ministère de l’agriculture argentin annonçait en novembre 19,9 millions de tonnes.

En Australie, les récoltes sont toujours en cours, comme en Argentine d’ailleurs, et les pluies ont baissé d’intensité permettant aux travaux de récolte d’avancer. Cette moisson pluvieuse engendre beaucoup de questions autour de la qualité des blés australiens cette année, alors même que l’offre mondiale en 2021 en blé très protéinés a été déjà largement amputée par les très mauvaises récoltes nord-américaines.

Il est acté qu’une partie plus importante qu’à l’accoutumée de la récolte australienne sera déclassée en blé fourrager. Néanmoins, les volumes devraient tout de même permettre de satisfaire les besoins intérieurs et de répondre à la demande mondiale. En effet, même si la qualité s’annonce moins bonne cette année, les volumes sont colossaux grâce à des rendements qui flirtent avec les niveaux records.

Mais la demande reste présente

Actuellement les chargements de blé dans les ports français sont dynamiques, avec plus de 400 000 tonnes actuellement en chargement. Il semblerait que la Chine ait de nouveau réalisé d’importants achats de blé français cette semaine pour livraison sur le début de l’année 2022.

L’appétit chinois en blé français cette année découle des très hauts niveaux de prix des blés à haut taux de protéines, qui ont favorisé la consommation de blés de qualité certes moindre, mais à des prix plus attractifs. Ce changement conjoncturel d’attitude de la Chine permet à la France de profiter encore davantage de ce débouché.

Ce dernier est nécessaire cette année pour la France qui voit ses parts de marché vers l’Afrique du Nord, et notamment vers l’Algérie, grignotées par la Russie. En effet, depuis que l’OAIC (Office algérien interprofessionnel des céréales) a assoupli sa tolérance concernant les dégâts d’insectes dans les lots importés, afin de favoriser les blés russes, plus compétitifs, les exportations françaises vers l’Algérie souffrent.

Les mauvaises performances à l’exportation pèsent sur les prix de l’orge

Le prix de l’orge fourragère à Rouen a reculé de 11,5 €/t, à 251,5 €/t, tandis que sur la Moselle le prix a baissé de 13,5 €/t, à 249,5 €/t.

Après avoir largement exporté sur la Chine au cours des deux premiers mois de la campagne, les volumes ont été divisés par deux sur l’automne. À ce moment, la Chine a ingurgité les volumes en provenance du Canada (bien qu’ils soient plus faibles que l’an passé) et s’est ensuite tournée vers l’Argentine, où les prix sont bien plus compétitifs qu’en France.

Depuis le début de la campagne l’orge française a été l’une des origines les plus chères du marché et une bonne partie de la demande mondiale lui a échappé jusqu’à présent. Les flux sur l’Afrique du Nord, la Turquie et la Jordanie sont presque inexistants depuis juillet et les prévisions d’exportations ne cessent d’être revues à la baisse à mesure que les mois passent.

Nous prévoyons une reprise des flux vers la Chine sur le printemps, une fois le gros des exportations argentines effectuées, mais les stocks français à la fin de juin s’annoncent tout de même confortables. Cette situation contraste avec les bilans extrêmement tendus prévus en Amérique du Nord et dans la zone de la mer Noire.

Les orges de brasserie se sont rebellées cette semaine, en progressant de 4 €/t pour les orges d’hiver et de 5 €/t pour les orges de printemps, à respectivement 344 €/t et 365 €/t. La situation est très tendue au sein de l’Union européenne, tout comme à l’échelle mondiale.

Les prix du maïs résistent

Contrairement au blé et à l’orge, les prix du maïs en France n’ont pas baissé. Le maïs à Bordeaux s’est maintenu au cours de la semaine à 247 €/t, tandis que sur le Rhin le maïs a même gagné 1 €/t, à 257 €/t.

Sur le marché international, les maïs argentins, US et brésiliens se sont renchéris entre 6 $/t et 10 $/t, à respectivement 259 $/t, 272 $/t et 274 $/t. En revanche, les maïs ukrainiens ont cédé 2 $/t, à 273,5 $/t, tandis qu’en dollar le maïs français à Bordeaux a perdu 1 $/t, à 285 $/t.

Aux États-Unis le maïs a été soutenu par une très grosse vente de 1,84 million de tonnes vers le Mexique. Cette vente est la cinquième plus grosse de l’histoire des USA et les prix ont réagi en conséquence. De plus, l’agence américaine de protection de l’environnement a proposé d’augmenter les mandats d’incorporation d’éthanol, ce qui pourrait solliciter d’avantage le maïs US pour ce débouché sur 2022, si cela a été bel et bien adopté.

En Amérique du Sud, les prix brésiliens ont progressé cette semaine sur fond d’inquiétudes liées à un temps un peu sec sur le sud du pays, pouvant pénaliser la production de la première récolte de maïs.

Les prix français n’ont donc pas suivi la hausse des prix observée sur le continent américain. L’excellente récolte française tempère les prix ; d’ailleurs, Agreste a confirmé les rendements records au sein de l’Hexagone cette année.

De nouveaux sommets pour les colzas français

La vague d’inquiétude du variant Omicron atténuée, les cours du colza en France ont de nouveau atteint des sommets cette semaine ! En effet, tirés par les cours du pétrole et de l’huile de palme, les colzas rendus Rouen et Fob Moselle ont fortement augmenté (d’environ 30 €/t), respectivement à 712 €/t et 725 €/t (un record !).

Les premiers rapports rassurants sur le variant Omicron ont modéré les inquiétudes du marché sur ses impacts potentiels en termes de demande énergétique mais également de croissance mondiale (toujours positive). Ainsi, cette semaine, les cours du pétrole se sont renchéris (+4 $, à 71 $ le baril), tout comme ceux de l’huile de palme.

Les prix de l’huile de palme malaisienne ont été soutenus par les estimations des opérateurs prévoyant une baisse de stocks en novembre, en raison d’une diminution de la production et d’une hausse des exportations. Ces tendances, confirmées à la fin de la semaine par le MPOB (Malaysian Palm Oil Board), ont consolidé la hausse des cours de l’huile de palme. Ces derniers ont été également soutenus par les craintes de baisse de production dans les prochains mois (difficultés potentielles concernant l’entrée des travailleurs étrangers en cas de nouvelles restrictions liées au Covid-19).

Rebond des cours de soja

Les prix du soja se sont quelque peu raffermis en une semaine, avec une progression de 7 et 8 $/t sur le rapproché et sur l’échéance de mai à Chicago (à 465 et 470 $/t respectivement). Le Fob brésilien, quant à lui, s’apprécie de 15 $/t pour atteindre 511 $/t. Cette hausse des cours découle d’un renforcement de l’inquiétude quant au climat des prochains mois en Amérique du Sud.

Au Brésil, les semis brésiliens sont en passe d’être terminés. Les régions du sud du pays ne bénéficient toutefois pas d’autant de précipitations que les régions centrales. Par rapport à la semaine dernière, les inquiétudes se sont notamment renforcées sur la situation hydrique du sud du pays, alors que l’hémisphère Sud entre dans les mois les plus chauds de l’année. Quelques parcelles de maïs ont même dû être ressemées avec du soja dans la région du Rio Grande do Sul.

En Argentine, malgré l’inquiétude d’un hiver sec, des pluies épisodiques permettent pour le moment de poursuivre les travaux de semis dans des conditions correctes, avec un retard limité par rapport à l’année dernière. Néanmoins, les indicateurs climatiques démontrent l’ancrage du régime météo de la Niña dans le Pacifique Sud, dont l’influence pourrait se faire sentir jusqu’au printemps. Ainsi, la probabilité d’un temps plus sec que la moyenne sur mars à mai dans les régions productrices de l’Argentine se sont renforcées.

Du côté des échanges, on peut noter un net retard des exportations américaines depuis le début de la campagne, d’environ 25 % par rapport à l’année dernière. Cela est dû d’une part à l’ouragan Ida ayant affecté les chargements au départ du Golfe en septembre et octobre. D’autre part, cela découle des plus larges volumes disponibles au Brésil sur la fin de l’année 2021 par rapport à l’année précédente. Des ventes des USA vers la Chine pour livraison en 2022 s’opèrent régulièrement, mais les offres US sont largement concurrencées par la marchandise brésilienne.

De plus, la précocité des semis dans le Mato Grosso permet de prévoir à ce stade une arrivée de la nouvelle récolte de soja du Brésil dans les ports d’exportation dès janvier 2022, ce qui contraste nettement avec le début de l’année 2021, où à l’inverse les retards de semis avaient décalé l’arrivée des disponibilités sur le marché mondial. Cela avait soutenu les exportations US au début de 2021 (ce qui ne se reproduira vraisemblablement pas au début de 2022).

Progression du tourteau de soja

Sur le rapproché, le tourteau de soja progresse de 10 €/t à Montoir (423 €/t), de 12 $/t à Chicago (407 $/t) et de 17 $/t au départ des ports argentins (408 $/t). Le rebond du soja et une demande dynamique des fabricants d’aliments ont entraîné les prix à la hausse. Le tourteau reste nettement compétitif face aux autres tourteaux et aux céréales, laissant toujours envisager des niveaux élevés d’incorporation dans les rations de l’ensemble des cheptels mondiaux.

Le pois fourrager départ Marne a, quant à lui, perdu 2 €/t sur la semaine, à 338 €/t. À ce niveau des prix, le pois est trop cher pour l’incorporation dans les rations animales. La très faible compétitivité du pois réduit la demande de la part des fabricants d’aliments.

Selon les chiffres de FranceAgriMer, l’incorporation de pois affiche une baisse de 26 % sur le mois d’octobre 2021 comparativement à la même période l’an passé. Cette situation ne devrait pas se modifier sur les prochains mois au vu des prix du pois. Ces prix élevés sont dus à la forte demande en pois du secteur agroalimentaire et à l’exportation.

La hausse de l’offre pèse sur le tournesol

Malgré une semaine haussière pour le complexe oléagineux, le prix du tournesol français a fortement diminué. Durant les premiers mois de la campagne, le niveau des cours ne reflétait pas la situation du bilan (en France comme sur le marché mondial), plutôt bien équilibré (sur le papier) en raison de récoltes records.

Les cours ont toutefois été soutenus par les retards des récoltes et la forte rétention des agriculteurs, malgré de très bons niveaux de production.

L’approvisionnement des usines de trituration s’est finalement progressivement normalisé avec la finalisation des moissons et le retour à la vente des agriculteurs, notamment sur les derniers jours. Ainsi, le prix de tournesol a reculé de 7,5 €/t entre le 2 et le 9 décembre, à 622,5 €/t pour la qualité oléique. Le tournesol standard n’a pas été coté cette semaine en raison de faibles volumes contractualisés.

En mer Noire, le prix Fob du tournesol (Ukraine, Roumanie, Bulgarie) était statique sur la semaine à 652,5 $/t, la bonne demande intérieure étant contrebalancée par une faible activité à l’exportation.

Tallage
Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Blé et maïs progressent sur Euronext

Les marchés restent néanmoins volatils du fait de la situation géopolitique en mer Noire.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza en hausse sur Euronext

Le colza commençait la journée du 27 mai 2022 en légère hausse sur l’échéance d’août, après une forte progression la veille, dans le sillage du pétrole et des autres huiles végétales.