Les prix poursuivent leur correction baissière pour les céréales à paille, le colza et le soja. A contrario, le maïs et le tournesol ne suivent pas la tendance, avec des prix soutenus par la tension mondiale et les achats chinois pour le premier, les retards de semis pour le second.

La correction baissière se poursuit en blé

Les prix du blé ont continué de s’affaisser cette semaine mais le décrochage s’est avéré plus modéré que celui de la semaine dernière.

Rendu Rouen, le blé de la récolte de 2021 est proche de 208,5 €/t (base juillet), ce qui représente une perte de 6 €/t par rapport à vendredi dernier (contre une chute de 8,5 €/t la semaine dernière). L’échéance de septembre du Matif a, de son côté, abandonné un peu plus de 6 €/t sur la semaine, à 211,75 €/t, ce vendredi 21 mai 2021 en milieu d’après-midi. Les blés français valent près de 260 $/t sur le marché mondial (Fob Rouen) ; ils se retrouvent désormais légèrement moins chers que les blés russes à 12,5 % de protéines (266 $/t Fob).

En revanche, ils valent un peu plus cher que les blés ukrainiens à 11,5 % de protéines ou que les blés meuniers bulgares et roumains et sont aussi nettement plus chers que les blés baltes, allemands et polonais (d’environ 8 $/t).

L’Algérie a acheté près de 400 000 tonnes de blé cette semaine pour un chargement en juillet, si le blé est d’origine européenne (juin si l’origine est sud-américaine ou australienne). Le marché semble tabler sur le fait que ce seront des blés français qui serviront cet achat du fait de la date de chargement. En effet, à cette date, les blés du nord de l’Union européenne (UE) ne seront pas disponibles.

On peut toutefois remarquer que cette précocité par rapport aux concurrents semble être le seul avantage des blés français actuellement. En effet, le prix favoriserait largement les blés exportés au départ de la mer Baltique. L’Algérie a payé presque 80 $/t de plus que l’an passé lors de son premier achat pour la campagne de 2020-2021 mais 20 $/t de moins que lors de son dernier achat du 28 avril 2021.

Avec le temps des derniers jours, la récolte française pourrait d’ailleurs prendre un peu de retard d’autant plus que les températures ne sont pas prévues pour remonter beaucoup avant la fin du mois de mai en France.

Bonnes perspectives de production de blé d’hiver aux États-Unis

La tendance de la semaine a donc été baissière pour les prix français de concert avec l’évolution observée pour la plupart des origines.

C’est le blé US qui a mené la danse cette semaine (–20 à –24 $/t selon la qualité) avec la liquidation de positions sur les marchés à terme au début de la semaine, l’arrivée de pluies très bénéfiques pour les semis de printemps et le développement des blés d’hiver aux États-Unis (USA). Un « crop-tour » effectué dans le Kansas a par ailleurs indiqué que le potentiel de rendement du blé d’hiver dans cette région s’annonçait record.

Du côté européen, les récoltes restent attendues en nette hausse ; le Coceral (l’association des exportateurs européens) a publié son estimation de la récolte de blé tendre pour l’UE 27 cette semaine, à 130,9 millions de tonnes, soit une hausse de 12 millions de tonnes par rapport à 2020.

Du côté des nouvelles qui tendent à faire baisser les prix, on peut lister aussi l’intérêt que commence à porter l’Indonésie sur les blés indiens (l’Inde n’a pas exporté beaucoup au cours de la campagne de 2020-2021 à cause de son manque de compétitivité mais la montée des prix en avril a accru l’intérêt des blés indiens — dont les disponibilités sont très élevées — pour les pays de l’Asie).

Du côté des événements qui tendent à faire monter les prix, on peut souligner que les achats de blé fourragers qui sont effectués actuellement par l’Asie du Sud-Est (Philippines et Vietnam) sont en train d’accentuer le remplacement du maïs — devenu beaucoup moins attractif — par du blé. Ces achats de blé fourrager illustrent la grande dépendance mutuelle des bilans mondiaux de blé et de maïs : le phénomène de substitution de maïs par du blé, qui s’opère aussi dans l’UE, est à considérer comme un élément qui sera de nature à modérer toute baisse du prix du blé.

Stabilisation, voire remontée des prix en maïs

Le marché mondial du maïs est resté influencé par des liquidations de positions sur les marchés à terme (à la suite du rapport de l’USDA du mercredi 12 mai 2021) en début de semaine ainsi que par les pluies annoncées et arrivées aux USA favorables au développement des semis juste effectués.

Toutefois, les cotations sont remontées des plus bas niveaux atteints à Chicago le 17 mai 2021 sous l’effet de la confirmation par plusieurs sources d’une seconde récolte de maïs très basse au Brésil et sous l’effet aussi de la poursuite des achats chinois.

La Chine a encore « bouclé » 1,2 million de tonnes de maïs US cette semaine, ce qui porte ses achats à déjà plus de 13 millions de tonnes pour la nouvelle campagne (2021-2022). Sur le rapproché, les sorties de maïs US sont aussi très soutenues à destination du Mexique.

Enfin, les grèves portuaires en Argentine et les basses-eaux dans plusieurs fleuves argentins commencent à inquiéter les opérateurs quant à l’aptitude de l’Argentine à assurer sa part des exportations mondiales. Dans ce contexte, le prix du maïs US Fob Gulf n’est en baisse que de 1 $/t par rapport à son niveau de la semaine dernière et le prix du maïs ukrainien a gagné 10 $/t sur la semaine.

Les prix français, eux, ont regagné (+13 €/t) le terrain perdu la semaine dernière et se positionnent près de 253 €/t Fob Bordeaux (base : juillet), soit près de 320 $/t. Ils sont largement tributaires de la hausse des prix ukrainiens (+10 $/t) et des difficultés sud-américaines qui poussent les opérateurs européens à se tourner vers les maïs français ou du sud-est de l’UE.

Les orges suivent la baisse

L’orge fourragère a suivi la tendance du blé et a abandonné 4,5 €/t cette semaine, à 204,5 €/t rendu Rouen pour la récolte de 2021.

L’orge française vaut donc 255 $/t sur le marché mondial (Fob Rouen) et se rapproche de très près de l’orge ukrainienne (253 $/t). Il est intéressant de remarquer que la convergence des prix français et de la mer Noire pour les orges destinées à la Chine s’est effectuée très vite pour le début de la campagne de 2021-2022 contrairement à ce qui s’était passé en 2020-2021. Les deux pays vont de nouveau voir leurs disponibilités absorbées par la Chine, ce qui devrait soutenir leur prix. Néanmoins, les orges françaises restent nettement plus chères (de plus de 10 $/t) que les orges allemandes et la plupart des autres orges européennes et cela constitue quand même un élément plutôt modérateur pour les prix français.

Sur le créneau brassicole, les prix ont suivi la baisse des valeurs fourragères cette semaine mais une prime non négligeable des orges brassicoles par rapport aux orges fourragères demeure, reflétant la perspective d’une nette chute de production parallèlement à une hausse de la demande brassicole à l’échelle européenne.

Nouveau recul des prix des colzas à la suite des bonnes conditions climatiques

Que ce soit en ancienne campagne ou en nouvelle campagne, les prix du colza se sont affaissés cette semaine en raison du recul des prix des huiles et du pétrole sur le marché mondial. Cela découle de craintes des opérateurs que les achats d’huiles des pays émergents ralentissent sur les prochains mois.

En effet, les cas de Covid-19 sont encore en progression dans plusieurs pays asiatiques. Les acheteurs indiens sont notamment en retrait depuis la mi-mai conséquemment aux confinements mis en place dans de nombreuses grandes villes. Ainsi, le cours de l’huile de palme sur le marché à terme malaisien s’est effondré de 10 % en une semaine, entre le 14 et le 21 mai 2021. Il a entraîné dans son sillage les prix des huiles concurrentes, dont l’huile de colza. Pour une livraison en juin 2021, l’huile de colza a reculé de 4 % sur une semaine à Rotterdam, à 1 295 €/t. La chute est même de plus de 15 % pour l’huile de colza livrée en août 2021.

Par ailleurs, l’amélioration des conditions climatiques dans les prairies canadiennes a pesé sur les cours mondiaux et français du colza. L’humidité des sols est désormais correcte dans l’Alberta et le Manitoba.

Dans le Saskatchewan, où un déficit hydrique marqué commençait à inquiéter les agriculteurs, des pluies ont enfin arrosé les champs de canola récemment, et d’autres pluies assez abondantes sont attendues sur les 10 prochains jours. Le prix du canola de la nouvelle campagne a ainsi reculé de 14 $/t à Vancouver, à 593 $/t.

Enfin, les conditions d’implantation des canolas d’hiver en Australie sont excellentes, notamment en Australie-Occidentale où le canola produit est principalement destiné à l’exportation.

Les prix de la nouvelle campagne en France ont de plus reculé en raison des bonnes conditions climatiques (alternance de pluies et de soleil) sur une grande partie de l’UE mais aussi en raison d’un renforcement de la monnaie européenne face au dollar US. Le colza rendu Rouen de la moisson de 2021 s’affiche maintenant à 545 €/t (–15 €/t sur la semaine). L’attractivité des canolas canadiens sur la nouvelle campagne s’est un peu améliorée cette semaine.

Diminution du prix de la fève de soja

Après plusieurs semaines consécutives de hausse, les prix du soja ont pris le chemin de la baisse, emportés par les conditions bénéfiques pour la nouvelle récolte de soja US.

Le cours de la fève échangée sur le marché à terme de Chicago s’est affaissé d’environ 18 $/t sur la semaine (à 563 $/t) pour le contrat de juillet. Le repli s’est propagé sur le contrat de novembre (–10 $/t, à 503 $/t). Les opérateurs ont été rassurés par la rapide progression des emblavements de soja : 61 % des surfaces aptes étaient semées à la mi-mai selon l’administration américaine, contre seulement 53 % en 2020 et 37 % en moyenne quinquennale. L’avancée a été facilitée par des conditions climatiques globalement favorables.

Par ailleurs, le retour des pluies et la remontée des températures dans une bonne partie du Midwest sont propices au développement des plantes. L’engrangement de la récolte argentine a également amené un peu de lourdeur sur les cours. Selon la bourse de Buenos Aires, plus de 85 % des surfaces de soja ont été moissonnées. Le rendement prévisionnel s’établit à 2,75 tonnes par hectare et la production est attendue à 43 millions de tonnes.

Par ailleurs, la récente publication de l’association des triturateurs US a déçu les acteurs du marché. Celle-ci montre un nouveau ralentissement de la consommation industrielle de fèves en avril, après un chiffre de trituration déjà décevant aux USA en mars. À ces différents éléments baissiers se sont ajoutées des ventes techniques correspondant à des prises de bénéfices des opérateurs financiers.

La dynamique d’exportation des fèves du Brésil à destination de la Chine est toutefois extrêmement soutenue depuis le mois d’avril, ce qui témoigne de la vigueur de la demande animale chinoise. Cet appétit a freiné le recul des prix Fob Paranagua qui ne cèdent que 2 $/t depuis le 14 mai (à 565 $/t).

Les prix des tourteaux flanchent encore plus fortement

Le prix du tourteau de soja à Chicago a cédé 22 $/t sur la semaine dans le sillage de la fève (à 442 $/t). Les acheteurs ne sont pas très actifs dans les pays émergents, en raison de stocks de tourteaux conséquents restant à écouler. Les tourteaux de soja se sont également dévalorisés à Montoir en cédant 41 €/t (à 408 €/t) sur la semaine. Cela découle d’une remontée de l’offre, due à une nette amélioration des marges de trituration pour la fin de campagne.

De même, les prix des tourteaux argentins reculent de presque 25 $/t cette semaine (à 419 $/t). Toutefois, les opérateurs scrutent le bas niveau de la rivière Paraná. Un ralentissement des exportations, si cela se prolongeait, pourrait apporter du soutien aux prix à court terme.

À ce jour, au moins 5 bateaux de tourteaux à destination de l’Asie et de la Jordanie seraient bloqués en raison de surcharges. Les mouvements de grève dans les zones portuaires argentines et les nouvelles mesures de confinement national alimentent également les inquiétudes quant à l’approvisionnement du marché sur les prochaines semaines.

Le cours du pois départ Marne a suivi la tendance générale : il a perdu 7 €/t en une semaine, à 265 €/t. Les bonnes conditions de la nouvelle récolte en France ont pesé sur les prix.

Nouvelle hausse des prix du tournesol

En France, les prix du tournesol de la nouvelle récolte ont continué de progresser depuis la semaine dernière. Ils sont en hausse de 10 €/t, à 510 €/t, pour la qualité standard et de 20 €/t, à 525 €/t, pour la graine oléique à Saint-Nazaire. Le planning des emblavements est plutôt respecté dans l’Hexagone mais nous observons un retard de croissance dû au temps relativement frais. Les prix français ont surtout été soutenus par la flambée des cours dans la zone de la mer Noire. Le prix Fob moyen en mer Noire pour les contrats de septembre s’affiche à 567,5 $/t, en hausse de 19 % par rapport aux premières cotations de cette échéance.

Le prix intérieur ukrainien est également très soutenu. Il a augmenté de 110 $/t, à 620 $/t, en un mois seulement. Ce rebond est à mettre sur le compte des retards pris dans les semis en Europe et en mer Noire. L’avancement des plantations en Ukraine et en Russie est pénalisé par les pluies. Les agriculteurs russes n’ont réalisé à la mi-mai que la moitié de leurs intentions de semis contre 72 % l’an dernier à la même date.

En Roumanie et en Bulgarie, la fraîcheur persistante a également retardé les semis.

Tallage

À suivre : achats chinois en orge et en maïs, météo pour les céréales de printemps et d’hiver dans l’hémisphère Nord, demande animale asiatique, conditions météo pour le colza dans l’UE, la zone de la mer Noire et au Canada. Avancée des semis de soja aux USA, de canola au Canada, et de tournesol dans la zone de la mer Noire ; prix du pétrole, prix des huiles ; situation sanitaire mondiale.

Votre analyse quotidienne du marché - Céréales

Légère baisse du blé

Les prix du blé reculaient légèrement mardi 27 juillet 2021 en fin d’après-midi, dans un marché attentif à la progression de la moisson en Europe et chez les pays importateurs.
Votre analyse quotidienne du marché - Oléagineux

Le colza en hausse, soutenu par l’huile de palme

Les prix du colza progressaient mardi 27 juillet 2021 sur le marché européen dans le sillage de l’huile de palme et du soja.