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« L’année dernière a été une année de pression moyenne en pucerons, rappelle Nicolas Rialland, directeur de l’environnement et des affaires publiques à la CGB, le syndicat des betteraviers. On avait eu quand même du gel en hiver et un printemps qui n’était pas particulièrement chaud, et donc on avait constaté des attaques de pucerons, mais seulement un mois après les semis. Cette année, c’est une configuration différente : on a eu très peu de gelées, puis on a eu un printemps très, très chaud. On a donc constaté la présence de pucerons très, très tôt et en très grand nombre. »

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Le virus stoppe la croissance

Dès la mi-avril, dans nombre de parcelles, les agriculteurs ont constaté la présence de pucerons verts, presque immanquablement vecteurs de la jaunisse virale : cette maladie, dont les planteurs ne constatent réellement les dégâts qu’à la fin de juin ou au début de juillet, se manifeste par un jaunissement du feuillage.

« Ça va quasi stopper la croissance de la betterave. Donc celles qui sont touchées seront des betteraves naines. Dans les cas les plus extrêmes, ça peut aboutir à des pertes de rendement pouvant atteindre 50 % ; donc économiquement, c’est un désastre, insiste Nicolas Rialland. Déjà qu’on est dans une situation où les marchés ne sont pas très porteurs… Si en plus, vous êtes pénalisé sur le rendement, vous êtes sûr de perdre de l’argent. »

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Interdiction du Gaucho

Cette menace, les agriculteurs pouvaient la contrer auparavant avec des semences enrobées avec les néonicotinoïdes, des insecticides apparus dans les années 1990. Ces pesticides ont été interdits en septembre 2018. Une réautorisation de ces produits n’est pas à l’ordre du jour, au grand dam des betteraviers, qui ont néanmoins obtenu cette année le feu vert pour appliquer un des traitements encore autorisés.

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Se donner le temps de trouver une autre solution

« La décision la plus sage serait de réautoriser pendant deux, trois ans les néonicotinoïdes, pour faire le lien avec le moment où on sera capable de trouver les molécules qui conviennent » (pour les remplacer), déclare Alain Commissaire, directeur général du groupe Cristal Union, très remonté en raison de conditions de culture « déplorables ».

« On arrive à la limite de ce qui nous est autorisé et on n’a pas vaincu la maladie dans les plantes », assure Alain Commissaire, qui craint une réduction significative des surfaces de betteraves dès l’année prochaine.

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Une pétition pour le retour du traitement

« Sur les 19 pays européens où la betterave est encore cultivée, 12 pays ont encore la possibilité d’utiliser ces néonicotinoïdes en enrobage », conclut Nicolas Rialland, déplorant une « distorsion de concurrence ».

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Un agriculteur a même lancé une pétition sur internet. Il y demande le retour de l’enrobage des semences avec des néonicotinoïdes. Selon lui, sous certaines conditions, le retour de l’enrobage permettrait de moins polluer. Afin de s’assurer de l’innocuité de ce traitement, il propose de rendre obligatoire l’implantation d’une céréale à la suite de la culture de betterave. « Ainsi, il y aurait 2 ans entre le semis de la betterave et la floraison du colza, donc aucun danger pour les abeilles et pas d’insecticide dans l’air », estime-t-il.

Renaud d’Hardivilliers, avec l’AFP