« On considère aujourd’hui que 40 % de la capacité de production d’ammoniac en Europe est arrêtée », a indiqué Renaud Bernardi, président de l’Union des industries de la fertilisation (Unifa), le 3 novembre 2021. Une situation qui s’explique simplement : avec l’augmentation des cours du gaz, produire l’ammoniac en Europe est devenu plus cher que de l’importer.

« En France, on ne fait pas exception à la règle, et certaines unités n’ont pas redémarré. Mais les cinq usines qui produisent des engrais azotés simples en France tournent, soit avec de l’ammoniac produit sur le territoire français, soit avec de l’ammoniac importé, assure-t-il.

Les unités de production sont maintenues en fonctionnement pour livrer les agriculteurs français. C’est une volonté forte de continuer à fournir la ferme France. »

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Une question de logistique

« Aujourd’hui, les industriels français sont dans leurs objectifs de livraisons d’ammonitrates pour la campagne de 2021-2022 », indique-t-il. L’Unifa s’est fixé l’objectif de livrer au moins autant de volumes en 2021-2022 qu’en 2020-2021. Produits localement, ces engrais azotés bénéficient d’une logistique courte. Les ammonitrates représentent environ 60 % de la consommation des engrais azotés en France.

En revanche, « il y a clairement un questionnement » sur la fourniture des autres engrais (urée et solution azotée), importés via une logistique « plus longue et plus aléatoire », souligne-t-il. Les enjeux sont notamment importants pour les troisième et quatrième apports, qui se font dans un délai très court. Sur ces engrais, « il n’y a pas de certitudes, mais une volonté de toute la profession agricole pour fournir les agriculteurs français ».

Florence Nys, déléguée générale de l’Unifa, assure qu’il y a également « une volonté des pouvoirs publics de sécuriser la filière ». L’objectif, c’est qu’il n’y ait « ni d’arrêt d’usine, ni de catastrophe économique pour les agriculteurs ».

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Un taux de couverture supérieur à 60 %

« Les organismes stockeurs (OS) français prennent en général des positions précoces », note Renaud Bernardi. Ainsi, la distribution agricole a commencé à acheter des volumes dès le mois de mai 2021. L’Unifa estime que le taux de couverture sur le marché français est aujourd’hui légèrement supérieur à 60 %.

Ces volumes sont en train d’être livrés. « C’est un pourcentage qui est raisonnable pour cette période de l’année, et qui est bon par rapport à nos voisins européens. Cette avance va probablement s’avérer déterminante pour la suite de la campagne », considère-t-il.

Des prix multipliés par deux

Les cours des engrais ont accusé, depuis le printemps dernier, plusieurs hausses consécutives. « On peut considérer aujourd’hui que le prix des engrais azotés a environ été multiplié par deux, rappelle Renaud Bernardi. On ne les augmente pas par plaisir, mais parce qu’on fait face à l’augmentation du prix des matières premières, notamment du gaz naturel. »

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« Aujourd’hui, la plupart des grands stockages européens de gaz sont en train de se remplir. On a des stocks de réserve et une situation géopolitique qui a l’air de se détendre un peu », indique Renaud Bernardi. S’il souligne « de la bonne volonté » des acteurs pour assurer l’approvisionnement en gaz de l’Europe pendant la période froide, il estime toutefois que « la situation va rester tendue d’ici à la fin de l’hiver ».

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Hélène Parisot