Pour la première fois cet été, Samuel Baudouin et son frère Basile ont utilisé l'eau d'une réserve plutôt que celle pompée dans la nappe. Les 57 000 m3 auxquels ils ont droit ont permis d'arroser 25 ha de luzerne et 4 ha de maïs. Et de nourrir leurs 400 chèvres. « L'eau nous coûte plus cher avec la réserve, reconnaît Samuel. Mais elle est sécurisée. » Sans cette eau, avec la sécheresse de cet été, il leur aurait fallu acheter de la luzerne ; Nous en aurions eu pour 50 000 €. Et cette année, elle est difficile à trouver. »

La réserve à laquelle ils sont raccordés est celle de Mauzé-sur-le-Mignon, la première construite des 16 prévues par la Coop de l'eau dans le sud Deux-Sèvres. Depuis les jours précédant la manifestation de Sainte-Soline, par crainte de l'irruption d'opposants et d'une éventuelle destruction de la bâche qui en assure l'étanchéité, des CRS en gardent les quatre coins, jour et nuit. Samuel Baudouin s'arrête un moment pour leur expliquer à quoi sert cette réserve.

Restrictions précoces

Philippe Leyssène, associé en Gaec laitier à Arçais, n'a pas la même garantie que Samuel Baudouin. Lui va bien contribuer à financer une réserve, mais il n'y sera pas raccordé. « Nos prélèvements se font dans le milieu, dans les eaux du Marais poitevin. » Pour eux, les arrêts d'irrigation tombent souvent début août. « Alors que nous avons un volume prélevable de 60 000 m3, de quoi irriguer une trentaine d'hectares, nous n'en utilisons en réalité que 30 000 à 35 000 en année normale. » Moins encore les années sèches.

Lui et ses associés comptent sur la réserve pour améliorer le volume qu'ils prélèveront. Une fois les irrigants voisins raccordés à la réserve, le milieu sera moins sollicité, le débit de la rivière devrait être plus soutenu, ce qui devrait éviter les arrêts d'irrigation précoces. « C'est un pari », souligne l'éleveur. Cette garantie n'étant pas aussi forte pour le Gaec que pour des irrigants raccordés, le coût de l'eau est à l'avenant : autour de 15 centimes/m3 prévus pour les premiers, 30 cts/m3 pour les seconds.

D'autres ont du mal à adhérer au principe. C'est le cas de plusieurs maraîchers de la Coop de l'eau, pas raccordés et qui ont protesté publiquement ces dernières semaines. Ils considèrent qu'ils n'ont pas à payer pour l'aménagement de réserves dont ils ne bénéficieront pas directement et veulent payer seulement l'eau qu'ils utilisent, pas les travaux. Alors que le m3 leur coûte actuellement 6 à 7 centimes, ils craignent de voir leur contribution multipliée par 5 une fois la réserve construite. Pourtant, selon Thierry Boudaud, président de la Coop de l'eau, les maraîchers, qui disposent tous de petits volumes, sont prioritaires pour l'irrigation. Même en année de sécheresse, ils ne devraient pas subir de restrictions.