Une première depuis une décennie. Si la France reste championne d’Europe de la production avec 15,7 milliards d’œufs en 2021, la tendance inflationniste, la guerre en Ukraine et la grippe aviaire bouleversent le marché mondial des œufs. Lors d’une conférence de presse le 5 octobre 2022, l’interprofession CNPO dit craindre "des arrêts de chaînes si les coûts sont trop importants".

La production européenne d’œufs recule de 3 %

L’année 2021 a vu le niveau de production mondiale d’œufs augmenter de 0,9 % par rapport à 2020 malgré la crise sanitaire liée au Covid-19. Un bilan positif qui fait de l’œuf "un produit anti-crise universel" encensé notamment par neuf Français sur dix, selon une enquête CSA/CNPO d’avril dernier.

Sauf qu’en 2022, le bilan est tout autre. Selon les estimations de l’Itavi (1), la production mondiale devrait pour la première fois se replier de 0,3 %. Les États-Unis perdraient ainsi 4,7 % et, selon les données du CNPO, l’Union européenne accuserait une baisse de 3 %.

La filière inquiète « aura peut-être besoin d’aide »

"On a été pris de court, déplore le nouveau président du CNPO Yves-Marie Beaudet. On assiste à une hausse mondiale des coûts de production avec une flambée des coûts des matières premières, poursuit-il. Et on s’attend au pire avec les coûts du gaz et de l’électricité qui augmentent."

Malgré un travail approfondi de la filière pour faire face à cette situation, elle dit craindre jusqu’à des arrêts de chaînes si cette tendance inflationniste se poursuit. "On aura peut-être besoin d’aide", admet Yves-Marie Beaudet. Sur le terrain, les professionnels s’attachent à développer le photovoltaïque, à mettre en place l’autoconsommation et à aménager les horaires de production pour pallier ces difficultés.

L’influenza aviaire a touché 4,5 millions de poules pondeuses en France

Cette baisse inédite de la production mondiale d’œufs en 2022 s’explique également par l’influenza aviaire. Sur un an, près de 100 millions de poules pondeuses ont été touchées dans le monde, toujours selon Itavi (1), dont 35 millions aux États-Unis. À l’échelle européenne, cela représente 13 millions de poules depuis novembre 2021.

La France est le pays européen le plus touché avec "près de 5 millions de poules pondeuses abattues", comptabilise Yves-Marie Beaudet. C’est pourquoi "la filière œuf appelle à la plus grande vigilance et demande le respect des bonnes pratiques et de la biosécurité, notamment dans les basses-cours", insiste-t-il.

Au total, le CNPO estime que la production d’œufs "ne pourra pleinement reprendre qu’en début d’année 2023, de nombreux élevages impactés par l’influenza aviaire au printemps n’ayant toujours pas pu recevoir de poules. Pour certains, ils resteront vides encore quelques semaines."

(1) Institut technique de l’aviculture