Alerté par un voisin, Joël Fahrni est témoin du départ de feu du premier des trois incendies majeurs survenus dans le Jura les 9 et 13 août 2022. « J’ai vu la fumée juste derrière la colline de chez moi », raconte-t-il. Pas de temps à perdre. L’éleveur laitier, installé à Aromas, attèle sa tonne à lisier pour arroser les bordures de haie en dessous de la ferme, avant même l’arrivée des pompiers.

 

« À la fin, le feu était à moins de 200 mètres de chez moi, se souvient-il. Pour les deux autres, j’ai été appelé par des collègues pour venir en renfort. » Comme lui, plus de deux cents agriculteurs ont prêté main-forte aux pompiers durant ces trois incendies, a recensé la section départementale des JA (Jeunes agriculteurs).

De l’aide « au front » et dans les fermes

« On allait où les pompiers nous disaient, poursuit-il. Remplir leurs cuves, sur les points chauds ou aux bords de chemins pour ne pas que le feu reprenne. On faisait 22 à 25 km par trajet pour remplir les tonnes, [notamment] dans le lac de Vouglans. »

 

Durant une cinquantaine d’heures, étalées sur quatre à cinq jours, Joël Fahrni a apporté son aide aux pompiers, se ralayant avec d’autres agriculteurs pour aller se reposer chez lui, au plus loin à 20-25 km des feux.

 

La solidarité ne s’est pas limitée aux agriculteurs venus aider les pompiers : « on a trouvé du monde pour venir nous aider à la traite. Ceux [qui ne pouvaient pas quitter leurs fermes] ont laissé leurs tracteurs aux apprentis et salariés. […] Moi, j’avais mes parents. »

 

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« On a gagné un temps vraiment précieux »

Les pompiers sont unanimes : « on a gagné un temps vraiment précieux » grâce à l’aide des agriculteurs, affirme Christophe Bruey, conseiller technique départemental feu de forêt (1). « On a pu avoir de l’eau partout, alors que l’accès des camions de pompiers à certains terrains est limité. »

 

« On a fait le complément de carburants pour les tracteurs, au même titre que pour nos engins de secours. Lors de sa venue dans le département, Gérald Darmanin a évoqué le sujet des indemnisations. Ça a été demandé par la préfecture, en tout cas », assure-t-il.

 

Cet événement a créé « une motivation pour se rencontrer très rapidement, pour comprendre les problématiques de chacun. Quand on voit aussi qu’on a des agriculteurs qui sont aussi pompiers… On doit avoir un congrès départemental des sapeurs-pompiers le 10 septembre prochain. […] On les mettra à l’honneur. »

(1) Conseille le commandant des opérations de secours. Selon la nature du feu, il donne des indications sur la manière de procéder à son extinction et le nombre de moyens humains et matériels nécessaires, explique Christophe Bruey.