Un espoir qui s’éloigne de plus en plus. Le commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, s’est lui aussi opposé mercredi 4 mars 2026 à une suspension de la taxe carbone aux frontières de l’Europe sur les importations d’engrais, malgré les revendications des agriculteurs. Sa déclaration vient confirmer la position de la Commission européenne sur le sujet, déjà exprimée par le commissaire à l’Agriculture Christophe Hansen lors de sa venue au Salon de l’agriculture à la Porte de Versailles, le 26 février.
« La tarification du carbone est l’un des piliers de la politique climatique de l’Union européenne », a souligné Wopke Hoekstra dans une déclaration transmise à l’AFP. Une suspension du « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF ou CBAM, la taxe carbone) ne ferait que créer de l’incertitude et prolonger notre dépendance à l’égard des importations à forte intensité de carbone », a-t-il ajouté. Ce responsable plaide pour des engrais plus « verts » et « fabriqués en Europe », afin de soutenir l’industrie européenne des engrais, au nom de « l’indépendance de l’Europe ».
« Suspendre le MACF mettrait en péril la production domestique des engrais », prévient le commissaire européen (26/02/2026)
Un revirement assumé
Sous la pression des céréaliers et de la France, la Commission européenne avait mentionné au début de janvier une éventuelle suspension temporaire de la taxe carbone sur les engrais, entrée en vigueur au début de 2026. Mais Bruxelles penche depuis pour d’autres options. L’Union européenne a déjà annoncé des quotas d’engrais importés sans droits de douane, hormis pour ceux provenant de Russie et du Belarus dont l’Europe entend se sevrer via des surtaxes. La Commission européenne prépare aussi un plan d’action sur les engrais, attendu dans le courant de l’année.
Les syndicats agricoles maintiennent, quant à eux, leur appel à suspendre la taxe carbone. Si quelques pays européens fabriquent des fertilisants — le plus souvent minéraux à base de gaz — plus de 60 % des engrais consommés dans l’Union européenne sont importés. Et les céréaliers fustigent un mécanisme de taxe carbone qui vient s’ajouter à l’envolée des prix des engrais depuis la guerre en Ukraine et aux surtaxes imposées à la Russie.
Verdir les importations européennes
Ce dispositif d’ajustement carbone aux frontières européennes, en vigueur depuis le 1er janvier, concerne l’acier, l’aluminium, le ciment, les engrais, l’électricité et l’hydrogène, des secteurs extrêmement polluants et exposés à une forte concurrence internationale. Il vise à verdir les importations européennes et à éviter la concurrence déloyale de pays aux normes environnementales moins exigeantes.
Les fabricants européens d’engrais soutiennent cette taxe carbone aux frontières, pour tenter de mieux résister face à la concurrence et augmenter leur production.