"Les éleveurs engraisseurs ont déjà pour habitude de vacciner les broutards en centre d’allotement contre les pathologies respiratoires. Cependant, cette vaccination arrive bien souvent trop tard puisque les animaux présentent des symptômes avant que l’immunité procurée par cet acte de soin soit mise en place", explique Johan Larive, responsable grands comptes filière ruminants chez MSD Santé Animale. Dès 2014, le laboratoire a entamé un travail de sensibilisation auprès des organisations de producteurs et des coopératives. "L'objectif était d'abord de créer un lien entre les différents maillons", révèle-t-il. 

Des mesures d'accompagnement technique ont ensuite été déployées dans les élevages naisseurs volontaires, afin de garantir une couverture vaccinale des broutards depuis la sortie de l'élevage et durant au moins quatre semaines. Le cahier des charges interprofessionnel présente deux schémas de vaccination possibles. Le choix du vaccin reste libre à chaque éleveur, sur les conseils de son vétérinaire en fonction de la situation de son élevage et des valences qu'il souhaite couvrir. 

"Il a fallu convaincre les naisseurs de l'intérêt de cette démarche, qui nécessite une charge de travail et une manutention supplémentaires", évoque Christophe Le Nouvel, responsable filières veau de boucherie et bovins viande. "L'enjeu est d'identifier les protocoles déjà mis en œuvre et de les adapter au cas par cas sur chaque exploitation, afin de générer le moins de freins possibles", reprend Johan Larive. 

Travailler à la pérennité de la filière

"Des actions préventives mises en place pour protéger l'animal dès son plus jeune âge sont un gage de qualité et permettent de prétendre à une meilleure valorisation au moment de la vente", confortent les experts. La préparation des broutards participe également à améliorer le statut sanitaire de l'élevage naisseur. Côté engraisseur, les résultats du projet mené à l'échelle de la coopérative Bovineo, en Vendée, s'avèrent prometteurs. Depuis fin 2020, les performances en engraissement de 600 broutards préparés ont été comparées à celles de 6 000 autres non préparés. La mortalité des lots préparés n'a pas dépassé 1,97 %, contre 3,38 % en moyenne parmi les lots témoins. "Une économie de 10 € est estimée pour chaque pourcentage gagné", relève Christophe Le Nouvel. Le gain moyen quotidien a été supérieur de 75 g/j et la durée d'engraissement a été réduite de sept jours. "Ceci équivaut à 45 g de carcasse en plus, soit + 59 €/tête", ajoute l'expert.

"Sur la partie naisseur, les travaux doivent encore être approfondis pour mieux appréhender le poids économique", rapporte Jean-Michel Rondeau, du service technique de Bovineo. Mais une chose est sûre, "tous les engraisseurs qui ont fait rentrer des broutards préparés dans leurs ateliers en redemandent. Le besoin est réel. Nous avons atteint rapidement 10 % des effectifs préparés et tablons sur 15 à 20 % cette année. Un montant de 0,10 € du kg est reversé aux naisseurs et nous travaillons pour ajuster cette plus-value aux broutards qui sortent en été et sont plus difficiles à préparer", souligne-t-il.