« Nos chèvres produisent 0,6 l par jour de plus par rapport à l'année dernière, se réjouissent Clément Bigeat et Stéphane Besse, à la tête de 500 chèvres à Estivals en Corrèze. Au pic, elles atteignent 3,8 l/j en moyenne. » La révision complète de la chaîne de récolte, et l'investissement dans un séchoir en grange, explique ce bond spectaculaire. Les associés ont choisi cette stratégie en raison du cahier des charges de l'AOP Rocamadour qui interdit les fourrages fermentés. Les 440 000 l produits étant transformés en fromage.

Les nouveaux équipements ont révolutionné les pratiques de l'exploitation. « Nous avons opté pour un séchoir thermovoltaïque (1) pour améliorer notre autonomie énergétique, explique Clément. Nous sommes aussi vigilants sur la conduite des cultures fourragères et le déclenchement de la fauche. Le séchoir est dimensionné pour récolter jusqu'à 30 ha en 3 à 4 jours. Il nous apporte de la souplesse pour récolter au bon moment. » Afin de garantir la qualité, la première coupe de luzerne s'effectue au début du bourgeonnement.

Le fanage, lorsqu'il est nécessaire est effectué juste après la fauche. Le lendemain, la luzerne est mise en petit andain, puis les andains sont rassemblés à J +2 avec un andaineur à tapis. « L'outil est cher mais il prend soin des feuilles de la luzerne pour ne pas perdre de protéines en route », explique Stéphane.

Quand la matière sèche du fourrage atteint 50 à 60 % de MS, il est récolté avec l'autochargeuse et déversé dans l'aire de réception du séchoir. Il est ensuite réparti dans les trois cellules de séchage grâce à une griffe. « Nos prairies, situées sur les Causses, sont composées essentiellement de luzerne (60 ha sur 120 ha de prairies), explique Stéphane. Certaines parcelles comprennent aussi du sainfoin, de la fléole, du trèfle et de la fétuque.» La première coupe est la plus riche. Les analyses réalisées cette année ont révélé que le mélange sainfoin x trèfle violet x fléole x fétuque était le plus énergétique avec 1 UF, 23 % de MAT, 154 g de PDIN/kg de MS et 121 g de PDIE/kg de MS.  La luzerne pure affiche à 25,9 % de MAT, 0,91 UF, 175 g de PDIN et 125 g de PDIE/kg de MS.

50 t d'aliment économisées

« Grâce à ce foin de qualité, nous avons réduit la distribution d'aliment de 250 g/jour/tête, souligne Clément. En plus du foin à volonté (2 à 2,5 kg/animal/j en moyenne), les chèvres ne consomment plus que 1,05 kg d'aliment acheté/tête/j. » À l'échelle du troupeau, les associés réalisent une économie de 50 t d'aliment par an.

La ration est composée aussi de 500 g de maïs grain et de 550 g de correcteur azoté à 24 % de protéines. « Nous calculons régulièrement nos rations en fonction du résultat des analyses de fourrages pour vérifier qu'elles correspondent aux estimations de notre fournisseur d'aliment », précise Stéphane.

La modification de la ration a aussi impacté les taux. Ils sont un peu plus faibles qu'avant à cause du manque de fibres. Le butyreux est à 44 g/kg, et le protéique à 34 g/kg, contre 48 g/kg de TB et 38 g/kg de TP avant. « Même si le rendement fromager a baissé, les résultats sont positifs. Les économies sont importantes et couvrent largement l'investissement (500 000 euros pour le séchoir et les équipements), soulignent les associés. »