« Historiquement, il s’est toujours fait beaucoup de colza dans la région. Toutefois, depuis la moitié des années 2010 des problèmes de grosses altises et de charançons de bourgeon terminal, tous deux résistants aux pyréthrinoïdes, ont vu le jour », rappelle Benoit Vernillat, agriculteur à Billy-sur-Oisy, dans la Nièvre. La pression est telle qu’il lui est déjà arrivé de retourner un colza avec plus de 10 larves par pied, en mars. Et depuis trois-quatre ans, les sécheresses estivales sont venues ajouter une ombre au tableau.

Le colza représente pourtant, avec le blé, une des meilleures marges dans le contexte pédoclimatique de l’exploitation. « Il a donc fallu rechercher d’autres façons de le cultiver », lance Benoit. C’est à la suite d’une formation réalisée par Mickael Geloen (auparavant à la chambre d’agriculture de la Nièvre puis à Terres Inovia) dans le cadre du GIEE Magellan (Groupement d'intérêt économique et environnemental) (voir l'encadré), que des solutions ont pu être mises en place.

Début d'août

Benoit a tout d’abord avancé la date de semis. Au lieu d’intervenir entre le 20 août et le 5 septembre, comme avant, elle a maintenant lieu la première quinzaine d’août. Il faut l’accompagner d’un travail minimum du sol, pour éviter de l’assécher et ainsi garder l’humidité résiduelle.

Mais le colza représente aussi une espèce importante dans la stratégie de semis direct de l’EARL Billy Pazy. Elle permet en effet d’installer le couvert « permanent » à base de trèfle blanc (1,5 kg/ha) et de lotier (5 kg/ha) qui restera présent dans le blé et l’orge qui suivront. À cela s’ajoute des plantes compagnes, un couvert gélif, composé de 50 kg/ha de féverole (semence de ferme) et de 10 kg/ha du mélange Co+ (voir encadré). La présence de ces cultures associées déstabilise les insectes, apporte de l’azote à la crucifère et peut aussi gêner les adventices dans leur développement.

« Le but est d'avoir un colza au stade 4 feuilles début septembre, avant l’arrivée des premières altises. »

Après la moisson, Benoit doit intervenir vite. Il apporte de la matière organique : fumier de bovin (15 t/ha) sur les parcelles les plus éloignées (à Pazy) et lisier de porc (15 m3/ha) sur les autres. Ils sont incorporés avec un léger travail du sol sur 5 cm. Puis le rouleau est passé pour conserver la fraîcheur. « Ensuite, le semoir (voir photo) doit être attelé sur le tracteur afin d’intervenir juste avant les pluies annoncées », insiste ce dernier.

Pour avoir de beaux colzas, il mise aussi sur une faible densité (35 grains/m², soit 2 kg/ha). Côté variété, le premier critère de choix pour Benoit est la vigueur automnale, tout en évitant qu’elles soient trop sensibles à l’élongation. S’il optait auparavant pour des lignées, les hybrides, avec une meilleure vigueur au départ, les ont désormais remplacées.

© C. Fricotté/GFA - Un outil de semis direct est utilisé pour implanter le colza avec un écartement de 25 cm.

Moins d’insecticides

« En fonction des contextes, je peux aussi être amené à apporter au moment du semis de l’engrais minéral, déclare l’exploitant. Je privilégie alors les parcelles qui ont eu du fumier qui relargue moins vite l’azote que le lisier. Dans ces cas, j’épands 80 kg de 12-27-0-25, le dernier élément étant du soufre. Ainsi, la culture est dans les meilleures conditions possibles pour démarrer dès que les pluies arrivent. »

Sur un colza bien levé et poussant, avec des plantes compagnes, il n’y a souvent pas besoin d’intervenir contre les ravageurs d’automne. Toutefois avec une forte pression parasitaire, il emploie parfois un insecticide : Boravi WG (Phosmet), qui sera retiré cet automne. « Sur la petite altise, en tout début de cycle, cela m’arrive aussi d’intervenir avec des macérations d’ail. Mais là encore si le colza démarre fort, ce n’est pas nécessaire », ajoute Benoit Vernillat. De plus, un mélange d’ortie et de consoude, intéressant pour protéger le colza des bioagresseurs, est parfois appliqué durant l’automne.

Benoit note enfin que l’arrivée de Mozzar, lui permet de mieux gérer les géraniums, qui lui posaient depuis quelques temps de gros soucis. Sur dicotylédones, il n’intervient ainsi plus en postsemis-prélevée. Si nécessaire, il passe début septembre (Novall, Alabama) et réintervient éventuellement début novembre avec cette nouveauté. « Le seul bémol c’est qu’il n’est pas sélectif de mon couvert », souligne l’agriculteur.