François Peloquin conduit son exploitation de polyculture sans élevage en agriculture biologique avec un objectif : l’autonomie azotée. Il base, pour cela, son système sur des rotations longues, avec des prairies de légumineuses. « Historiquement, mon père élevait des moutons, puis il a arrêté. Il avait des prairies à base d’un mélange de cinq légumineuses et de cinq graminées. Aujourd’hui sans élevage, je suis parti sur des prairies de luzerne ou de trèfle violet, pour un apport plus élevé en azote. Mon but étant de nourrir le sol pour nourrir la plante. »

À son installation, en 1996, sur la ferme familiale de Chassagne, il diversifie l’assolement, qui compte déjà lentille et pois chiche, en introduisant luzerne, tournesol, engrain, moutarde, sarrasin ou cameline associée à la lentille. La rotation fait la part belle aux légumineuses.

Une rotation longue

« Je sème la prairie directement dans la culture d’engrain, et la laisse trois à quatre ans », explique l’agriculteur. Le blé suivant profite de l’azote restitué. « Derrière, j’implante une lentille, après cela un blé de population qui est moins exigeant en azote », décrit-il. Puis viennent pois chiche, tournesol et engrain. Il laisse la suite à son appréciation. « En fonction de la maîtrise de l’enherbement, soit je sème une prairie dans l’engrain pour reposer la terre, soit je continue la rotation. »

Son premier blé donne entre 25 et 35 q/ha. « Je ne cherche pas des gros rendements, prévient-il. Je sais que je suis limité par l’azote, et que mon potentiel de production est faible. Mon objectif reste d’éviter les intrants extérieurs et les dépenses inutiles. La qualité plutôt que la quantité. »

Des engrais verts

L’exploitant a décidé, cette année, d’arrêter d’échanger ses pailles contre du fumier de champignon. « Cela coûtait de l’énergie, indique-t-il. À présent, je broie les pailles et les restitue, et je me concentre plutôt sur les couverts. » Il a ainsi opté pour deux types d’« engrais verts ». L’un est un mélange de quatre trèfles (incarnat, de Perse, squarrosum et d’Alexandrie), qu’il positionne avant le tournesol. L’autre se compose de moutarde, radis fourrager et phacélie, placé avant les légumes secs, c’est-à-dire lentille et pois chiche. « En plus de leur rôle de fertilisation azotée, ils permettent aussi de contrôler le salissement. »

La rotation est le premier levier de contrôle de l’enherbement. « Ma stratégie est de rompre le cycle des adventices, en jonglant entre les cultures de printemps et d’hiver, et d’avoir recours en curatif au désherbage mécanique. La météo capricieuse peut entraîner du salissement imprévu, ou empêcher d’intervenir pour la préparation du sol. Je m’autorise la bineuse dans toutes les situations. »

L’agriculteur a récemment investi dans une nouvelle bineuse qui convient à l’ensemble des cultures, qu’il sème désormais à un écartement de 40 cm. Le labour, le passage d’outils à dents ou à disques (avec des socs scalpeurs de type Morris de 30 à 40 cm), et l’écimeuse de la Cuma complètent son programme de désherbage.

Maîtrise des adventices

La cuscute, une plante parasite qui vit aux dépens des autres végétaux et en particulier des légumineuses, a cependant fait son apparition sur certaines parcelles de l’exploitation. « J’ai donc réduit la surface de luzerne pour diminuer la pression cuscute », précise François. Il continue toutefois à introduire de nouvelles légumineuses pour le maintien de la fertilité, et partage son expérience via le réseau Osaé, porté par Solagro.

Justine Papin