D’emblée, Guillaume Debaisieux lance : « 2016 est une bonne année pour moi ! » Cet agriculteur de 35 ans a pourtant subi, comme les céréaliers de la région Centre, d’importantes pertes de rendements. En blé dur, il a dépassé difficilement les 20 q/ha à la place des 80 habituels.

Si Guillaume Debaisieux s’en est bien sorti, avec un EBE de 1 250 €/ha (soit le double de la moyenne du secteur), c’est en partie grâce à l’assurance climatique, mais aussi parce qu’il a largement diversifié sa production.

Il y a six ans, le Picard décide de s’installer en Beauce, grâce au répertoire départ installation (RDI). Il reprend une exploitation de 148 ha, où son prédécesseur cultivait du blé, de l’orge, du colza et des betteraves. Schéma classique pour la région. Même si les terres beauceronnes possèdent un fort potentiel, tout n’était pas gagné d’avance. « J’ai investi beaucoup dans le matériel. Pour rembourser mes emprunts sur cette surface, je devais introduire de nouvelles cultures tout en optimisant les charges. »

Le céréalier commence par arrêter le colza et réduire la surface de betterave. « À 26 €/t, je ne gagne pas ma vie. Les terres sont sujettes aux maladies, rhizoctone et nématodes, et les rendements plafonnent à 80 t/ha, quand les nouvelles terres atteignent 100 t/ha. »

Ancien conseiller en pomme de terre, il introduit naturellement le tubercule. Malheureusement, trois ans après son installation, son négoce de pommes de terre est en faillite. « Il m’a laissé une ardoise de 200 000 euros. Travailler toute une saison pour rien, c’est très difficile psychologiquement. Heureusement que Laure, ma femme, m’a soutenu », souligne Guillaume.

Les porte-graines, un atout

Guillaume saisit l’opportunité de produire des porte-graines. Les besoins en matériel sont importants : il investit dans des équipements spécialisés (GPS RTK, semoir monograine électrique…) et prend des parts dans une Cuma (récolteuse à oignon, plastiqueuse, écimeuse, etc.). Carottes, oignons, pois… Ces cultures à haute valeur ajoutée exigent beaucoup de technicité : multiples traitements, gestion de la pollinisation, embauche de saisonniers, temps de nettoyage… « La rentabilité sur 5 ans est bonne, mais il faut avoir les reins solides pour tenir lorsqu’il y a un lot de refusé, quasiment 2 années sur 5. Et surtout, une femme conciliante car il n’est pas question de partir en vacances l’été ! » ajoute ce père de trois petites filles.

Dans le même état d’esprit, une partie de la surface de blé tendre est remplacée par du blé dur et du blé améliorant. En 2015, la différence de marge brute entre les deux cultures était de 550 €/ha. La clé de voûte de ce système repose sur l’irrigation. Cette année, la nappe de Beauce est remplie, Guillaume pourra utiliser la totalité de son volume attribué. Néanmoins, il reste prudent et préfère semer des lentilles plutôt que du maïs.

Modulation de l’engrais

Pour améliorer sa marge par hectare, Guillaume Debaisieux mise sur les nouvelles technologies. Grâce au GPS RTK et à son semoir électrique, qui permettent des réglages très précis, ses parcelles sont implantées à 2 cm près, en fonction de l’irrigation ou des passages de pulvérisateur.

Pour la fertilisation, il utilise Farmstar afin de moduler les doses d’azote, et souhaite aller plus loin en modulant les amendements de fond. « Mes sols sont très hétérogènes et, en tant que “hors cadre familial”, je ne connais pas bien mes parcelles. L’équipe de la Scael, une coopérative en pointe sur l’agriculture de précision, a tout de suite compris mes besoins. Elle m’a proposé d’effectuer des analyses de sols avec Défisol. La modulation intraparcellaire va me permettre, à terme, d’homogénéiser mes rendements ».

Aujourd’hui, le pulvérisateur de Guillaume peut moduler l’azote liquide (2e et 3e apports). Pour l’engrais solide (4e apport), la potasse, le phosphore, il va investir dans un semoir à engrais. Il compte également moduler la densité de semis et piloter l’irrigation grâce aux analyses de la conductivité des sols et à la carte de la réserve utile du sol. À terme, il aimerait moduler les fongicides et passer en désherbage mécanique pour certaines cultures.

Afin de sécuriser son système qui est assez risqué, Guillaume recherche encore de nouvelles cultures, tente de s’agrandir (environ 50 ha), et réfléchit à la souscription d’une assurance chiffre d’affaires.