Lorsque Mouans-Sartoux commence à réfléchir aux modalités de transformation de ses cantines scolaires en 2008, la petite ville des Alpes-Maritimes ne sait pas encore qu’elle sera bientôt un modèle du genre. « C’est en constatant qu’une grande majorité des légumes servis à nos enfants provenaient de l’étranger que nous avons voulu changer la donne », raconte Gilles Pérole, adjoint au maire de la commune depuis 1995. Mais dans ce département convoité du sud-est de la France, l’agriculture a peu à peu disparu au profit du foncier touristique, « impossible de s’approvisionner localement en fruits et légumes à cette époque, se souvient le maire.
« Et si on ne trouve pas ce qu’on cherche, on se dit qu’on va faire par nous-mêmes ». La municipalité se lance alors dans une démarche inédite : la mise en place d’une régie agricole propre à la commune. À quelques jours de son quinzième anniversaire, la ferme maraîchère emploie aujourd’hui quatre agriculteurs et produit 25 tonnes de denrées par an, bio et de saison.
Une unité de transformation pour pallier un calendrier de production déphasé
« Le seul souci que nous avons rencontré, c’est le calendrier de production qui n’est pas vraiment en phase avec les périodes scolaires », indique Gilles Pérole. Mais à chaque problème existe une solution, et la ville investit rapidement dans une unité de transformation qui surgèle les aliments au rythme de leur production, en prévision de l’hiver suivant. La ferme alimente les trois cuisines municipales, une par école, et fournit 1 200 repas par jour pour un prix de revient égal à 2,18 euros par repas.
« C’est juste en dessous de la moyenne nationale, ce qui montre que le modèle est largement viable », estime l’adjoint au maire de Mouans-Sartoux. Depuis septembre 2025, il a d’ailleurs lancé le Réseau national des fermes publiques (RNFP) dont l’objectif est de soutenir les initiatives locales du même ordre et de travailler à l’effacement des obstacles à l’alimentation de proximité.
« Restauration communale »
120 communes disposent déjà d’une ferme en régie en France, même si ce n’est pas la seule solution pour fournir les cantines scolaires en produits locaux et de qualité. À Châteauroux, préfecture de l’Indre de plus de 40 000 habitants, l’échelle n’est pas la même puisque la municipalité doit nourrir les élèves de 30 écoles au quotidien.
« Lors du premier mandat de Gilles Avérous [maire divers droite de la ville depuis 2014], nous avons décidé de refondre la restauration scolaire pour privilégier une alimentation de proximité et de meilleure qualité », souligne Jean-Yves Hugon, adjoint au maire en charge des affaires scolaires. D’un unique serveur culinaire central en liaison froide, la commune est passée à cinq cuisines locales, bien plus proches des écoles. « Aujourd’hui, on peut vraiment parler de restauration communale », abonde Mélanie Marchand, directrice du service enfance et éducation à la ville.
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Les freins du cadre de la commande publique
Pas encore de ferme municipale à Châteauroux donc, mais la volonté politique de se fournir de plus en plus localement. Depuis quelques années, la commune se fait livrer une partie de ses denrées par l’association Cagette et Fourchette qui collabore avec plus de 80 producteurs dans l’Indre. Entrée en vigueur en 2022, la loi Egalim qui oblige les établissements de restauration collective à proposer au moins 50 % de produits « durables et de qualité » dans les assiettes « a bien aidé l’association à décoller », reconnaît Élise Brahy, sa coordinatrice et fondatrice.
Pour autant, « dans le cadre de la commande publique auquel nous sommes soumis, impossible de privilégier un fournisseur parce qu’il est local », regrette Mélanie Marchand. Ce système européen « peu adapté » aux problématiques actuelles du bien manger « pourrait changer à l’occasion de la révision du Code des marchés publics européens en cours à Bruxelles », pointe Gilles Pérole qui s’active en coulisse pour mobiliser la ministre sur le sujet.
La pédagogie en ligne de mire
En attendant, la ville de Châteauroux poursuit son action en faveur de l’alimentation durable et mise sur un tout nouveau potager municipal pour engager davantage de pédagogie auprès des enfants. « L’objectif est de permettre aux enfants de comprendre ce qu’ils mangent, qui cultive les légumes et comment ces derniers arrivent jusqu’à leur assiette », indique Jean-Yves Hugon. Cette démarche dans l’éveil au goût résonne avec l’expérience de Sébastien Dugnas, maire de Brousse dans le Puy-de-Dôme et éleveur ovin. Lorsqu’en 2020 il met en place une cuisine centrale avec deux communes voisines pour fournir 100 repas par jour aux écoliers des trois bourgades réunies, le menu change du tout au tout à la cantine. Avec 70 % des denrées sourcées dans un rayon de 20 km et des préparations entièrement maison, les enfants sont parfois déroutés devant leur assiette.
« Quand j’ai reçu une plainte des parents d’un élève après qu’on lui a servi du bœuf Bourguignon, parce qu’il ne savait pas ce que c’était, j’ai compris qu’il allait falloir de la pédagogie », s’amuse l’édile. Pour lever les réticences initiales, la mairie organise très vite des réunions d’information avec les familles, ainsi qu’une commission restauration, incluant des parents d’élèves, « afin d’expliquer le travail réalisé en cuisine et de justifier les choix qualitatifs », poursuit Sébastien Dugnas.
À l’Assemblée nationale, une proposition de loi en ce sens vient d’être adoptée en première lecture, le 16 février 2026. Portée par Olivia Grégoire elle vise à expérimenter l’instauration d’un enseignement d’éducation à l’alimentation obligatoire à l’école. Ateliers culinaires, visites chez des producteurs locaux, animations qui mettent en valeur les métiers agricoles, les options sont nombreuses pour éduquer au bien manger et soutenir les maires dans leurs démarches.