Quintanar del Rey, Gormaz, Cenizate… Ces villages et leurs habitants, symboles de cette Espagne rurale dépeuplée, font ces dernières semaines plus que jamais entendre leur voix. Ils dénoncent la multiplication des macrogranjas, des fermes industrielles, et plus particulièrement celles de porcs.

« Lors de la quatrième manifestation à Cuenca (Castille-La Manche), nous étions près de huit cents. Pour nous, ce n’est pas rien », souligne Remedios Bobillo, présidente de Villages vivants de Cuenca, un des réseaux qui fédèrent les plaignants de cette province. Il s’agit toujours des mêmes griefs : les odeurs émises par ces élevages, la pollution de l’eau par les nitrates, le peu d’emplois créés, ou encore le bien-être animal.

Du porc exporté vers la Chine

Premier producteur de viande de porc au sein de l’Union européenne, l’Espagne a encouragé ce type d’élevage intensif, au vu du dynamisme de ses exportations, notamment vers la Chine. Elles ont atteint 1,06 million de tonnes sur les neuf premiers mois de 2021, soit 17 % de plus qu’en 2020 durant la même période, pour une valeur de 2,3 milliards d’euros (+ 18 %).

« La Chine reste pénalisée par la peste porcine africaine », selon Interporc espagnol. La fédération professionnelle ajoute qu’en raison de cette épizootie, l’empire du Milieu est devenu « le premier débouché pour l’Espagne, avec 48 % des ventes, devant la France (10 %), puis l’Italie, le Japon et le Portugal ».

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La filière réfute la présence même de macrogranjas sur le territoire national, l’Espagne étant, selon elle, « le seul pays de l’Union européenne à légiférer sur la taille de ces fermes ». Elle prétend avoir adopté une croissance soutenable. En quinze ans, elle aurait « réduit de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre et de 30 % la quantité d’eau utilisée par kilo de viande produite ».

Rendre des comptes à l’Union européenne

Ce discours est, cependant, aux antipodes de celui des ONG. Dans un récent rapport, Greenpeace pointe l’« expansion incontrôlée de l’élevage industriel », notamment de porcs, dont le nombre – 33 millions en 2020 – a crû de 22 % en six ans. Cette hausse serait, selon l’organisation écologiste, responsable d’une pollution de l’eau liée aux nitrates. D’après les chiffres officiels, celle-ci aurait progressé, entre 2016 et 2019, de plus de 51 % en moyenne.

À ce sujet, l’Espagne est dans le collimateur de Bruxelles. Après avoir sommé, début décembre, le pays d’agir, la Commission européenne a porté Madrid devant la justice européenne en raison du non-respect de la directive nitrates. En réponse, certaines régions tentent de calmer le jeu.

« En Catalogne, où 41 % des aquifères (nappes sous-terraines) sont contaminés par les nitrates, il n’est désormais plus possible d’installer de nouvelles exploitations, un contrôle s’opère », souligne Remedios Bobillo. Des régions commencent également à instaurer des moratoires sur les projets à venir, comme en Castille-La Manche. La balle est désormais dans le camp du gouvernement espagnol.

Marjorie Cessac