C’est un exercice en grandeur nature auquel se sont prêtés les services de l’État et les organisations professionnelles agricoles : celui de simuler la gestion d’un foyer de peste porcine africaine (PPA) dans un élevage français. « Le cas de l’étude est un atelier naisseur-engraisseur de 466 truies situé dans le Finistère, au sein d’une zone à forte densité d’élevages », décrit Alexia Aubry, ingénieure d’études à l’Ifip.

Importantes pertes de marge

Dès la confirmation de la contamination, l’abattage total du cheptel est suivi d’un vide sanitaire de 5 à 13 semaines. Après quoi vient la période de reconstitution des stocks. « Elle dure un an pour un élevage naisseur-engraisseur, car il s’agit de remettre progressivement le cheptel en place, bande après bande », explique Alexia Aubry.

Pour l’élevage touché, les pertes de marge, calculées à partir des performances moyennes sur les trois dernières années, sont conséquentes : d’abord sur la phase de vide sanitaire, puis sur celle de reconstitution des stocks. « À cela s’ajoute le surcoût du repeuplement, ainsi que les frais de nettoyage », précise la spécialiste. Au total, le préjudice atteint de 965 000 € à 1,045 million d’euros pour le cas étudié, soit plus de 2 000 € par truie présente.

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Les élevages alentour aussi pénalisés

L’élevage touché par la PPA n’est pas le seul à subir des pertes économiques. Les ateliers situés dans la zone de restriction de mouvements établie autour du foyer, pendant une durée d’au moins 35 jours, sont aussi pénalisés. « Les principales conséquences sont l’alourdissement des animaux non abattus sur la période et la nécessité d’euthanasier un à plusieurs lots pour maintenir le reste des animaux présents dans de bonnes conditions. »

Sur un élevage naisseur-engraisseur de 250 truies en 7 bandes réalisant un sevrage à 28 jours, le préjudice s’élève entre 100 € par truie présente dans le cas d’euthanasies au sevrage, et 188 € dans le cas d’euthanasies en fin d’engraissement. « Ces estimations ont été établies sur la base d’une restriction de mouvements de 35 jours, souligne Alexia Aubry. Elle peut toutefois être prolongée. Cette durée détermine le choix de la catégorie d’animaux à euthanasier. »

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Chute du prix du porc

À l’échelle de l’économie de la filière porcine française, l’apparition de la PPA dans le pays serait aussi délétère, notamment au niveau des exportations. « Elles pourraient être assez peu impactées en volume (−50 000 t par an) mais bien davantage en valeur (de −256 à −364 millions d’euros), décrit Élisa Husson, ingénieure d’études à l’Ifip. Beaucoup de pays asiatiques fermeraient leurs portes aux produits français. Or ces marchés valorisent très bien les longes et les coproduits. »

Logiquement, des effets néfastes et de longue durée sont à anticiper sur le cours du porc en France. « On peut estimer une baisse de 21 à 23 centimes par kilo selon la période de référence retenue, poursuit l’ingénieure d’études. Soit un recul d’environ 14 % en moyenne, pendant 6 à 12 mois ». De son côté, le prix des pièces pourrait connaître une dépréciation oscillant entre 6 et 27 %.

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Vincent Guyot