Dès les premiers tests, la plateforme mobile de pâturage pour valoriser les feuilles des arbres a donné satisfaction. L’idée d’un tel dispositif est venue des chercheurs de l’Inrae pour tirer parti du comportement des chèvres particulièrement friandes et morphologiquement adaptées au pâturage des haies.

Marc Benoit, de l’UMR Herbivores Inrae-VetAgro Sup, a imaginé cet équipement simple pour offrir un accès plus large aux feuillages des arbres, aux petits ruminants. « Nous avons utilisé des poteaux en douglas réputés imputrescibles, indique-t-il. Le coût total avec la visserie n’a pas dépassé 1 000 €. »

Essais concluants

La plateforme mesure 5 mètres de longueur et 3,3 mètres de largeur. Elle est composée de deux niveaux et permet d’accéder à la végétation située jusqu’à 5 mètres de hauteur. Le prototype, posé sur un plateau (avec essieu) attelé à un tracteur, peut être déplacé de parcelles en parcelles. Entre 25 et 50 animaux accèdent aux branches grâce à des rampes et des rambardes.

Des essais concluants ont eu lieu en 2021 sur le site de l’Herbipôle à Marcenat, dans le Puy-de-Dôme. Puis, Sophie et Ludovic Landais ont adopté la plateforme sur leur exploitation, à Besse-et-Saint-Anastaise, à 1 100 mètres d’altitude sur le versant est du puy de Sancy (Puy-de-Dôme).

La « roule ta feuille », comme ils l’ont baptisée, leur permet de gagner en autonomie car ils sont tributaires d’un parcellaire limité (20 ha) et dispersé pour leurs 65 chèvres et brebis laitières dont les produits sont exclusivement vendus en direct.

Dix jours de pâturage en plus

« Les chèvres grimpent très facilement dans les étages, rapporte Ludovic. Elles savent que la rampe est installée après la traite et elles se ruent sur les feuilles de noisetiers, d’aulnes ou de frênes dont elles raffolent.

Les chèvres mangent les feuilles hautes et les brebis les feuilles basses. Je déplace la remorque matin et soir. En pâturant les haies une heure par jour à partir d’août, nous avons gagné dix jours de pâturage cet automne. »

Les époux Landais ont aussi observé qu’ils avaient pu prolonger la lactation des animaux. « La ressource foliaire diversifie leur alimentation, indiquent-ils. Les chèvres ont un poil plus luisant et sont davantage en état en fin de saison. Le taux de matière grasse est plus élevé, et les yaourts sont plus compacts. »

Une alimentation diversifiée

En dehors du pâturage, les chèvres aiment aussi aller chercher de la fraîcheur en haut et, par temps de pluie, elles s’abritent en dessous. Seul point faible de l’équipement : il mobilise le tracteur et l’accès des pentes lui est impossible.

« Le bilan demeure largement positif. Dans notre contexte de réchauffement climatique, il constitue un moyen de diversifier l’alimentation au moment où les prairies sont à l’arrêt. »