Annaëlle Poulain et Camille Mugnier sont à quelques minutes de s’envoler vers l’Irlande, le 31 janvier 2026 à l’aéroport de Beauvais. Originaires des Ardennes, elles partent réaliser une partie de leur stage à l’étranger, en Irlande, pour valider leur BTS Acse (1). Pour Camille, le voyage représente « beaucoup de premières fois » : l’étranger, l’avion, et un stage dans une autre langue. « Je veux voir ce qui se fait ailleurs, découvrir d‘autres systèmes et gagner de l’expérience », explique-t-elle.
Camille est accompagnée d’Annaëlle, une amie avec qui elle est en classe. Depuis son arrivée au lycée, la future éleveuse est déjà partie pour deux semaines en Finlande. « Annaëlle m’a dit : “On ne peut le faire que maintenant.” Au début, je ne voulais pas quand elle a proposé l’idée, et finalement, elle m’a convaincue », se souvient Camille. « Ce n’est pas une fois qu’on sera installées qu’on pourra le faire ! » renchérit Annaëlle.
Des premières semaines difficiles
Après être arrivées dans la bourgade de Ballyhaise au milieu de « nulle part » mais surtout au nord de l’Irlande, les deux jeunes femmes vivent une première semaine décevante. Elles hésitent à rentrer en France. Sur l’exploitation du lycée sur laquelle elles sont accueillies, « on ne faisait rien, on finissait par juste attendre dans la cour », retrace Annaëlle dans leur petite maison près de la ferme, après trois semaines sur le sol irlandais.

Malgré les quatre ateliers de la ferme (laitier, ovins à viande, bovins à viande et à l'engraissement), « on est arrivées à un moment où il n’y avait rien à faire sur la ferme », précise Camille. La faute, en partie, aux vêlages groupés, qui n’ont démarré que la semaine suivante. Pluie, grêle, épais brouillard… La météo irlandaise de février ne leur fait pas de cadeau non plus.
Le manque de travail pousse les filles, qui « n’aiment pas rien faire » à regarder « pour échanger leurs billets du retour ». Elles finissent par prévenir leur professeur principal du lycée : « Il a envoyé un mail au directeur irlandais. Ça a dû faire le tour de la ferme parce qu’après nous avons eu du travail ! » rit Annaëlle.
Leur duo les maintient à flot pendant ce « coup de mou ». « Quand l’une déprimait un peu, l’autre la soutenait. Heureusement qu’on est parties à deux ! » constate Annaëlle. « Au début, on était tout le temps collées, on ne se voyait pas aller toute seule quelque part sur la ferme, poursuit Camille. Maintenant qu’on est intégrées et qu’on connaît la ferme, c’est plus facile. On a réussi à se faire une place dans l’équipe et on est autonomes. »
Sympathiser avec les Irlandais : « c’est ce qui a été le plus simple »
La communication en anglais était ce qui leur faisait « le plus peur », se rappelle Camille. C’est au final, « ce qui a été le plus simple ». Avec l’équipe de la ferme d’abord, aussi un peu avec les étudiants, avec qui elles partagent quelques cours sur l’exploitation du lycée.
« La première semaine, ça nous a fait du bien d’être un peu intégrées. » Même si, hasard de l’établissement ou réelle différence culturelle, « dans les classes, il n’y avait que des hommes ! remarque Camille. Nous, au lycée, c’est toujours mixte. »
« En plus d’être françaises… On était un peu les bêtes de foire », plaisante Annaëlle. Si la barrière de la langue compliquait les premières discussions — Camille et Annaëlle ont découvert l’accent irlandais « très prononcé » — elles se sont vite « adaptées » à leur environnement anglophone. « Les applications de traduction sont très pratiques pour discuter en dehors de la ferme », poursuit Annaëlle.
Sur la ferme, la découverte de pratiques différentes
Sur la grande exploitation, les deux stagiaires alternent entre les différents ateliers. « Ce qui nous a surpris, c’est la gestion du bien-être animal différente de la France », juge Camille. En pleine période de vêlages, les étudiantes se sont étonnées de voir le veau retiré de la mère « directement » après la naissance pour qu’il boive directement « trois à quatre litres de colostrum » afin d’accroître son immunité. « À chaque fois, c’était nous qui les retirions », retrace Annaëlle, qui avait l’habitude de les laisser sous la mère une journée. « Ça fait un peu mal au cœur. Il est encore tout mouillé. »

Sur l’élevage ovin, les jeunes femmes découvrent, avec perplexité, l’utilisation de harnais pour les brebis en période d’agnelage afin d’éviter les prolapsus, et que les gestations aillent jusqu’à leur terme. « Nous en avions jamais vu en France. Cela montre que leur système est relativement poussé par rapport à notre lycée. Ça n’a franchement pas l’air très confortable et nous a laissées perplexes », pointe Camille.
Avec un cheptel plus important que celui de son lycée, Camille s’est rendu compte de « l’organisation et l’encadrement de l’atelier qui est bien mieux développé » que sur l’exploitation du lycée.
Avec l’accueil régulier d’étudiants, l’exploitation mise sur la sécurité. « On a passé toute une matinée sur la sécurité au travail », rapporte Camille. Et gare aux élèves qui oublient le précieux gilet fluo jaune. « Une fois, je ne l’ai pas mis et je me suis fait rappeler à l’ordre », se rappelle Annaëlle sourire aux lèvres.
Le retour « avec un pincement au cœur »
Le samedi 28 février signait leur date de retour en France. Un long périple démarré en fin de matinée, pour une arrivée finale après minuit chez elles, dans les Ardennes. À l’heure du départ, Annaëlle a eu « un gros pincement au cœur ».

Deux jours après, alors qu’elle démarre déjà un autre stage, elle se prend encore à penser aux habitudes irlandaises. « Je me dis qu’à cette heure-ci, ils font la traite, là ils s’occupent des moutons… On est déçues que ça n’a pas duré plus longtemps. » Son meilleur souvenir ? Les traites quotidiennes. « On rigolait bien avec les salariés et les stagiaires, et ils nous montraient leur savoir-faire. »
De retour en France, Camille garde « l’ambiance » comme souvenir le plus marquant de son épopée. « En Irlande, tout le monde est très sociable et très souriant. On a vraiment rencontré des gens géniaux ! » Avec un souvenir particulier pour le professeur irlandais d’élevage de moutons, « le même personnage que notre prof de zootechnie en France ! » sourit Camille, convaincue par ce dernier d’envisager la présence un atelier ovin sur sa future ferme. Elle espère garder contact avec les étudiants rencontrés sur place. « Je suis quasiment persuadée de repartir en Irlande rien que pour les revoir ! » assure la jeune femme.

Un conseil pour les jeunes qui hésitent à partir ? « Foncez ! » répondent-elles en chœur. « On n'a qu’une vie ! Si on veut s’installer, après, on ne pourra plus voyager comme ça ! », encourage Annaëlle qui « parle en connaissance de cause. Je ne voulais jamais quitter mes parents et rester dans les Ardennes ».
« C’est très bien encadré et extrêmement enrichissant. Même si on a peur de ne pas s’intégrer, ça vient tout seul. C’est vraiment une expérience incroyable ! » acquiesce, réjouie, Camille. Toutes deux sont prêtes à retenter l’expérience pour un futur stage. « Si je le peux, je repartirai… Et sans hésiter cette fois ! » s’exclame Camille.
(1) Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole.