« Après plusieurs jours de préparation, le mardi 6 janvier, nous avons pris la route avec trente tracteurs depuis l’Aveyron, en direction de Paris, pour exprimer notre colère. Sur le trajet, différents convois nous ont rejoints. Nous avons roulé de 9h30 à 3h du matin, avant notre premier arrêt chez un collègue de la Nièvre.

Porté par l’enjeu de notre combat, l’adrénaline et le collectif, j’ai très peu dormi, malgré la fatigue. Nous sommes repartis mercredi à 10h, après avoir reçu une livraison de 4 000 l de gazole. En milieu de journée, nous avons fait une pause pour déjeuner dans une ferme du Loiret, point de ralliement d’une soixantaine de tracteurs.

Un jeu du chat et de la souris

L’après-midi, pour éviter les barrages de la gendarmerie alors que les tracteurs avaient l’interdiction de circuler, on s’est dispersés. C’était un véritable jeu du chat et de la souris. J’ai traversé des champs labourés et des bois, c’était fou.

Le soir, après une halte de quelques heures dans une ferme de l’Essonne, nous sommes repartis dès 1h du matin à travers champs, avec le minimum de phares. À 5h30 jeudi, avec une vingtaine de tracteurs venus de huit départements, nous avons finalement été bloqués par la gendarmerie en plein cœur de Viry-Châtillon, ville de 30 000 habitants, à 27 km de la capitale.

Déception, colère, fatigue

J’étais écœuré. Quelle déception d’être arrêté si près du but. Un éleveur lozérien de limousines m’a montré la lettre qu’il avait écrite à sa fille sur son combat. Il s’était engagé à la remettre à la ministre de l’Agriculture. Les larmes coulaient sur ses joues de ne pouvoir remplir sa promesse, les miennes aussi. Déception, colère, fatigue : toutes les émotions nous sont tombées dessus.

Pendant les deux jours sur place, nous avons bénéficié de la solidarité des habitants et du soutien des forces de l’ordre. La nuit, nous nous assoupissions dans nos cabines. Le vendredi et le samedi, sur le chemin du retour, quelle surprise : à notre passage, tout le monde nous applaudissait, nous klaxonnait.

Une aventure symbolique

Nous n’avons pas obtenu ce que nous étions allés chercher, mais nous sommes revenus avec autre chose : de la confiance, des amitiés nouvelles, et l’espoir que notre combat, notamment contre l’abattage total dans les cas de DNC et pour la vaccination, aboutisse. Même si c’était symbolique, cette montée est historique.

Ces 1 240 km et cette aventure resteront gravés à jamais dans ma mémoire. Je remercie mon épouse qui s’est occupée de nos enfants de 12 et 5 ans malgré son travail, et mon associé, Olivier, qui a géré la ferme et deux vêlages en mon absence. »