Dans les couloirs de la maternité, les porcelets courent d’une case à l’autre. Une heure plus tôt, l’ambiance était bien plus calme : les petits étaient en train de téter leur mère ou dormaient sous le nid.

« Je pratique le mélange des portées dès la maternité depuis plus d’un an. Cela représente environ 220 à 230 porcelets issus de 16 portées différentes », explique Emmanuel Ruelland, éleveur de porc conduisant son cheptel en sept bandes avec sevrage à 28 jours. Il y pensait depuis quelque temps pour réduire les bagarres mais l’ancienne maternité ne s’y prêtait pas.

Installé en 2015, Emmanuel a repris l’élevage porcin familial et depuis dix ans il a revu l’ensemble des bâtiments. « Dès mon installation, j’ai construit la verraterie, la nurserie, le post-sevrage, les engraissements », explique cet électromécanicien de formation, fort de dix d’expérience.

Il a également rénové la partie gestante et un autre engraissement, à chaque fois en auto-construction avec l’aide de son père, passionné de bricolage comme lui.

En 2020, il décide de s’attaquer à la maternité. « Je manquais de place car la prolificité a fortement évolué depuis sa construction : elle atteint aujourd’hui les 14,5 porcs sevrés par truie contre 11 sevrés/truie auparavant. Les équipements du bâtiment étaient aussi bien fatigués. »

Avec la flambée des prix des matériaux, construire du neuf était exclu. Disposant de bâtiments sur l’exploitation, il opte pour la transformation d’une ancienne stabulation en maternité.

« J’avais la surface nécessaire pour aménager les cases liberté. Tant qu’à faire des travaux autant les réfléchir pour du long terme », estime Emmanuel. Réalisée totalement en auto-construction, la maternité liberté a été mise en route courant 2021.

Mélange à J + 7

À leur entrée en maternité, les truies sont libres. « Elles sont bloquées pour la mise-bas (J) afin d’éviter l’écrasement des porcelets. La sociabilisation des porcelets intervient à J + 7 avec le relèvement des cloisons des cases pour permettre aux petits de circuler.

À J + 14, c’est au tour des mères d’être libérées dans leur case. Ce laps de temps leur permet de s’habituer aux porcelets des autres », détaille Sabrina, salariée de l’élevage.

Au départ, les cloisons étaient entièrement retirées mais cela exigeait beaucoup de manipulations et de stockage. Aujourd’hui, la cloison amovible est simplement surélevée et fixée à l’aide des crochets extérieurs.

La cloison est rehaussée de 30 cm en la bloquant avec le crochet du haut. (© I Lejas)

« Grâce à la sociabilisation, nous n’avons plus de bagarres entre porcelets au moment du départ en nurserie à J + 27. Ils sortent plus facilement », constatent Emmanuel et Sabrina. Par conséquent, les porcelets passent davantage de temps à consommer, ce qui influe positivement sur leurs performances.

Si le poids au sevrage (J + 27) n’a pas changé à 6,8 kg, il augmente de 0,6 kg à la sortie de nurserie (J + 46) et de 1,4 kg en cours de post-sevrage (J + 67) depuis la sociabilisation (voir tableau). « Un résultat notable pour cette génétique (DanBred X Duroc) réputée pour démarrer plus lentement mais qui connaît une forte accélération en fin de post-sevrage », indique l’éleveur.

Les plus chétifs s’en sortent mieux également : « Ils vont parfois chercher une autre truie s’il n’y a plus de tétines disponibles sur leur mère. Dans l’élevage, les plus petits reçoivent une attention particulière, nourris à la soupe reconstituée en nurserie. »

Résultat : les lots sont plus homogènes en post-sevrage, ce qui facilite l’allotement. Côté pratique, les porcelets, très vifs et habitués à se déplacer, sont parfois difficiles à attraper s’ils ont besoin de soins particuliers (plaies, boiteries…). Point de vigilance primordial sur l’élevage : en cas de problème sanitaire (diarrhée…) dans une case, les porcelets restent isolés avec leur mère.

Très satisfait, Emmanuel ne reviendrait pas en arrière : « j’adore voir les porcelets jouer et gambader. Les truies peuvent se mouvoir librement. C’est très positif pour le bien-être animal mais aussi pour celui de l’éleveur. »