Les vaches et les génisses de Johan Bjørneby portent toutes un collier et restent tranquillement dans la partie gauche de la pâture, sans barrière visible, alors que les jeunes gambadent dans toute la surface. L’éleveur va changer de parcelle sans avoir ni à bouger de clôtures, ni même à guider les animaux qui ont appris en moins d’une semaine à quoi s’attendre au cas où ils voudraient passer outre.
Sa ferme, Dysterfe Gård, se trouve en bordure de la ville universitaire norvégienne d’Ås, à 30 km de la capitale Oslo, et utilise les barrières virtuelles de marque Monil pour ses 55 mères.

« Nous gagnons beaucoup de temps grâce à elles. Changer les clôtures quasiment tous les jours était un véritable enjeu dans notre système de pâturage intensif. C’était aussi un gros boulot de récupérer les animaux quand ils passaient à travers les barrières. Les vaches apprennent très vite qu’elles déclenchent un son puis reçoivent une décharge quand elles veulent passer la barrière virtuelle », détaille l’éleveur.
Le collier porte un petit panneau solaire qui assure la recharge de la batterie. « Je n’ai pas eu besoin de recharger de toute la saison », se félicite Johan Bjørneby.

Les colliers des vaches d’Ingvild Westby Mehren et son mari Bjørn Westby ressemblent davantage à une cloche. Dans cette ferme acquise par le grand-père de Bjørn grâce à l’or qu’il avait trouvé dans le Yukon (Canada), les éleveurs ont adopté le système du pionnier Nofence.
Plus de pâturage
Les colliers équipent les génisses, les mâles castrés à l’engraissement ainsi que les vaches taries, car les 60 bovins à la traite sont maintenus en stabulation avec robot de traite.
« Cela nous épargne un gros travail de gestion des clôtures et nous permet d’exploiter plus de parcelles en pâturage comme ici, entre les maisons d’habitation du bord du village », explique Oda Westby, la fille aînée du couple d’éleveurs qui va probablement reprendre l’exploitation.

« Nous avons expliqué aux voisins comment cela fonctionne et ils apprécient de voir les surfaces utilisées par les animaux plutôt que des terres en friche », ajoute son père. Les chiens sont aussi dressés pour ne pas entrer dans les pâtures et aucun éleveur n’a fait remonter de problèmes particuliers avec des promeneurs.
Pour les éleveurs, le risque de prédation n’est pas non plus augmenté par les barrières virtuelles, malgré l’arrivée des loups venus de Suède. « Les animaux vont passer outre la décharge pour s’échapper. Après trois décharges, le collier se met en “off” pour éviter l’excès de stress. Et dans tous les cas, les barrières classiques n’arrêtent pas les loups », résume Bjørn.
Intensité électrique réduite
Le système se compose d’un collier équipé d’un GPS relié à l’application sur le téléphone de l’éleveur. C’est à partir de celle-ci qu’il renseigne les limites de chacune des parcelles à pâturer. Lorsque l’animal approche de la barrière virtuelle, le collier émet des sons de plus en plus forts puis, en cas de franchissement de la limite, il reçoit une légère décharge, qui représente la moitié de l’intensité de celle d’une barrière électrique physique.

La technologie est autorisée dans l’Union européenne, à l’exception de l’Allemagne, l’Autriche et du Danemark. La Suède vient de publier son autorisation à partir du 1er janvier 2026. Les premiers essais en France datent de 2019 avec Arvalis. « Nous avons des fermes pilotes en Bretagne, dans le Limousin et en région parisienne », complète Mathilde Chatin, directrice des affaires publiques de Nofence.