Le Brésil avait pourtant pris les précautions nécessaires. Face aux exigences de l’Union européenne, l’engagement était clair : aucune viande issue de vaches traitées à l’œstradiol 17B, « à tout moment de leur vie », n’était éligible au marché européen. Un audit réalisé au printemps 2024 par la Commission européenne avait montré des défaillances dans la traçabilité brésilienne. Bruxelles avait demandé la mise en place d’un « plan d’action » correctif. Le ministère de l’Agriculture brésilien (MAPA) avait alors établi le protocole PEFB : protocol for export of female bovines, pour garantir la traçabilité de ces viandes.
Le 26 février 2026, la direction générale de la Santé et de la Sécurité alimentaire (DG Santé) de la Commission européenne rend compte dans un rapport d’un nouvel audit réalisé au Brésil du 14 au 31 octobre 2025. D’abord, le Brésil n’a pas suspendu les exportations pendant la mise en place de son protocole de traçabilité (12 mois), alors qu’il s’y était engagé. Ensuite, sur 150 fermes engagées dans le PEFB, sept ont déclaré utiliser de l’œstradiol 17B. Cinq fermes ont été auditées par la DG Santé, dont trois ont utilisé cette hormone de croissance. Sur l’une d’entre elles en particulier, « 179 femelles traitées à l’œstradiol 17B durant l’été 2024 ont été déclarées par erreur éligibles à l’exportation en mai et juin 2025 », affirme le rapport. La DG Santé dénonce un manque de transparence du Mapa envers la Commission européenne ainsi qu’un manque de recherche de traçabilité quant aux produits issus de ces 179 animaux. « Les importateurs européens n’ont pas été informés de l’inéligibilité des produits inclus dans les envois vers l’Union européenne », insiste la DG Santé.
Le ministère brésilien remis en cause
Le ministère de l’Agriculture brésilien a par ailleurs informé l’équipe en charge de l’audit que, au total, « quinze certificats sanitaires ont été signés […] résultant à l’inclusion de produits issus d’animaux traités à l’œstradiol 17B dans les envois vers l’Union européenne ».
La conclusion de la DG Santé est sans appel. « Ces déficiences minent la confiance dans la capacité du Mapa à assurer la mise en œuvre des engagements pris dans le plan d’action », notamment si le Mapa est en mesure de signer des certificats de santé « fiables » pour l’exportation vers l’Union européenne. La fin de cet audit s’est déroulée lors d’une réunion le 31 octobre 2025, avec présence du Mapa, durant laquelle « l’autorité compétente n’a pas exprimé de désaccord et s’est engagée à prendre les mesures nécessaires pour remédier aux lacunes identifiées ».