Viande bovine ne respectant les normes sanitaires et environnementales européennes, concurrence déloyale, manque de traçabilité… Les critiques formulées en France contre l’accord avec les pays du Mercosur sont balayées d’un revers de main dans la pampa argentine. « S’il y a un pays qui produit naturellement de la viande, c’est l’Argentine, s’enorgueillait le président de l’Association des producteurs-exportateurs argentins, Fernando Herrera, auprès de RFI en janvier dernier. J’invite tout éleveur français à visiter notre pays, qui est très vaste, pour vérifier que les animaux passent la majeure partie de leur vie à l’extérieur, se promenant dans les champs, mangeant de l’herbe et buvant de l’eau. » Son pays a déjà ratifié l’accord avec l’Union européenne, tout comme aujourd’hui l’Uruguay et le Brésil, ce qui a convaincu la présidente de la Commission européenne d’annoncer le 27 février 2026 l’application provisoire de l’accord.
« Ce sont les élevages argentins qui ont nourri nos soldats »
Aux griefs jugés infondés s’ajoute un sentiment d’ingratitude, selon le docteur en géopolitique Olivier Antoine, directeur d’Orae Géopolitique et auteur du livre Géopolitique du soja, qui a vécu en Argentine et au Brésil. Les Argentins ont « souvent beau jeu de nous rappeler que durant la première guerre mondiale, ce sont les élevages argentins qui ont nourri nos soldats », explique-t-il lors d’une conférence organisée le 23 février 2026 au Salon international de l’agriculture. Durant la Seconde guerre mondiale, le pays a contribué à « nourrir les deux camps ». L’Argentine a répondu présente quand l’Europe avait besoin de céréales et de viande. Pour eux, « ce lien historique avec l’Europe leur tient énormément à cœur », ajoute Olivier Antoine.
L’accord avec le Mercosur, une « opportunité historique » pour les agriculteurs argentins (26/01/2026)
Face aux velléités de blocage de l’accord exprimées sur le Vieux continent, l’expert rapporte qu’ils se sentent « particulièrement vexés » par l’attitude des Européens, et plus spécifiquement par celle des Français. Les argentins ne comprennent pas que les problématiques actuelles de l’élevage français soient transposées à un accord avec un partenaire historique qu’est l’Argentine.
Les arguments des agriculteurs français « ne sont pas une bonne excuse pour s’opposer à l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, jugeait Fernando Herrera auprès de RFI. Ce que je comprends, c’est que les agriculteurs français estiment avoir beaucoup de pression fiscale de la part de leur gouvernement. Ils ont le droit de ne pas aimer cette pression, mais ils n’ont pas à attaquer la viande argentine ».
Le refus de l’amalgame avec leurs voisins brésiliens
Les agriculteurs argentins refusent d’ailleurs tout amalgame avec leurs voisins brésiliens, explique Olivier Antoine. Au-delà de volumes de production différents, « ils ne se comparent pas aux brésiliens. Même s’ils sont aussi des feedlots [parcs d’engraissement, N.D.L.R.], ils sont tout à fait capables de produire des pièces de viande qui sont d’exception » dans un pays qui a l’export dans son ADN.
« Depuis la colonisation espagnole et portugaise il y a 450 ans, ces pays [Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay, N.D.L.R.] ont été formatés pour extraire et exporter. Signer des accords de libre-échange s’inscrit dans une droite logique très ancienne de pouvoir faire du commerce avec des produits quels qu’ils soient ». Les critiques sur le soja « les font bondir » ajoute-t-il lorsqu’ils observent que « l’Union européenne en est absolument dépendante depuis maintenant de longues décennies » pour ses élevages. Vouloir leur fermer les portes du marché unique européen est, pour eux, une forme d’hypocrisie.
Un rapport de force qui s’est inversé
La perception du rapport de force avec l’Europe agricole a également changé. Alors qu’une ferme française exploite en moyenne 69 hectares selon les données du dernier recensement de 2020, « la moyenne argentine se situe à 700 hectares, 1 000 hectares au Brésil », ce qui offre des gains de productivité. « S’il y a 25 ans, nous les avons traités un peu de haut. Nous sommes face aujourd’hui à des géants qui nous regardent de très haut », observe Olivier Antoine.