L’accord commercial entre l’Union européenne et quatre pays du Mercosur est signé ! La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a paraphé le document ce samedi 17 janvier 2026 à Asunción, capitale du Paraguay. Ce traité créé l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, après plus de 25 ans de négociations et malgré la colère du monde agricole dans de nombreux pays européens.
Plus de 700 millions de consommateurs
Ensemble, les deux blocs représentent 30 % du PIB mondial et comptent plus de 700 millions de consommateurs. La Commission européenne négocie cet accord depuis 1999 avec les membres fondateurs du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay et Paraguay). À Bruxelles, une majorité d’États européens a récemment soutenu le traité, malgré l’opposition de plusieurs pays dont la France.
En supprimant une large part des droits de douane, cet accord commercial favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de fromages. Dans le sens inverse, il facilite l’entrée en Europe de viande bovine et de volaille, de sucre, de riz, de miel et de soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières européennes concernées.
Pour ses détracteurs, ce traité va bousculer l’agriculture européenne avec des produits moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’Union européenne, faute de contrôles suffisants. Pour ses partisans, il permettra au contraire de relancer une économie européenne à la peine et de soigner les relations diplomatiques avec l’Amérique latine.
« Au-delà de l’économique »
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président du Conseil européen Antonio Costa assistaient à la cérémonie de signature à Asunción. Le président du Paraguay, Santiago Peña, celui de l’Uruguay, Yamandu Orsi, et celui de l’Argentine, Javier Milei, étaient également de la partie. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva n’assistait pas à la signature.
À la tête de la première économie d’Amérique latine et du géant agricole d’envergure mondiale, Luiz Inacio Lula da Silva a joué un rôle crucial dans l’avancée du traité entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Une source au sein de la présidence brésilienne a expliqué qu’initialement, l’événement était prévu au niveau ministériel côté latino-américain, et que les présidents ont été invités par le Paraguay « à la dernière minute ».
Ursula von der Leyen a fait escale à Rio de Janeiro hier, le vendredi 16 janvier, pour rencontrer Lula avant de rejoindre Asunción. Elle a salué son rôle dans les négociations et mis en avant « le pouvoir du partenariat et de l’ouverture. C’est ainsi que nous créons une vraie prospérité. » Cet accord est « très bon, surtout pour le monde démocratique et pour le multilatéralisme », a loué Lula, en soulignant que le partenariat avec l’Union européenne allait « au-delà de la dimension économique ».
Your leadership and commitment have made the EU-Mercosur deal possible dear @LulaOficial.
— Ursula von der Leyen (@vonderleyen) January 16, 2026
So, muito obrigada for making history with us.
Between Europe and Brazil, the best is yet to come.
We share the ambition of a world running on trust, trade and teamwork.
This is how we… pic.twitter.com/F13BOwXHys
« L’Union européenne et le Mercosur partagent des valeurs telles que le respect de la démocratie, de l’État de droit et des droits humains », a insisté le président brésilien. La signature du traité survient dans un monde bousculé par le protectionnisme et les droits de douane de Donald Trump. Le président américain a menacé vendredi de surtaxes les pays qui ne soutiendraient pas son plan pour acquérir le Groenland, territoire autonome du Danemark, un pays membre de l’Otan.
La signature intervient également à un moment où l’Amérique du Sud tente de jauger les effets de la capture le 3 janvier 2026 du président vénézuélien déchu Nicolas Maduro lors d’une opération militaire américaine. Avec cet accord, les deux blocs envoient « un message très fort à un moment où le droit international est menacé, où des pays comme la Chine pratiquent une concurrence déloyale dans le commerce international, où des pays comme les États-Unis augmentent leurs droits de douane », a estimé le président du Conseil européen Antonio Costa à Rio.
Contestation
L’accord se heurte à la résistance d’agriculteurs et d’éleveurs de certains pays européens, qui se sont mobilisés dans de fortes manifestations contre sa signature, en France, Pologne, Belgique ou encore en Irlande. Pour apaiser la colère du secteur, la Commission européenne a élaboré une série de clauses et de concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles.
Un grand rassemblement d’agriculteurs est prévu devant le siège strasbourgeois du Parlement européen le 20 janvier 2026. Certains en Amérique du Sud sont également méfiants quant aux effets du traité. En Argentine, l’impact sur l’industrie automobile pourrait se traduire par la perte de 200 000 emplois selon les estimations, rappelle Luciana Ghiotto, docteure en sciences sociales de l’Université de Buenos Aires.