Le 2 décembre 1851, lorsque Louis-Napoléon Bonaparte, premier président de la République française, fait un coup d’État pour établir un régime autoritaire, les campagnes ne sont pas inertes. Dès que la nouvelle se diffuse, les Républicains convaincus, de tendance « démocrate-socialiste », s’insurgent.
Les « Rouges » déclenchent des insurrections
Dans une quinzaine de départements, et notamment dans le Sud-Est, les « Rouges » déclenchent des insurrections. Dans les familles, les récits des violences confortent la majorité des ruraux en faveur de l’ordre bonapartiste. De ces réalités, les correspondances postales, dotées des premiers timbres de France, éclairent, au ras du sol, les événements, leur perception et leurs répercussions.
À Montmeyran, commune de la Drôme au sud-est de Valence, la jeune institutrice Louise Coupier écrit à son frère Lucien, alors sergent fourrier à Constantine (Algérie). Rédigée le 28 décembre 1851, la lettre révèle le choc que les troubles ont occasionné. C’est une véritable guerre civile.
« Tu n’ignores pas, sans doute, ce qui se passe en France. Tu connais le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, mais peut-être ne sais-tu pas tous les malheurs qui ont eu lieu à ce grand événement. Les Rouges ont fait un terrible et sanguinaire effort pour triompher. Dans certains départements, on a fait des atrocités qu’il me serait trop long et trop répugnant de te raconter. Notre département [la Drôme] n’a pas été un des plus tranquilles, le canon a grondé à Crest pendant quatre ou cinq jours.
Il y avait du côté du levant de cette ville peut-être 3 000 insurgés. Le peu de troupes qu’il y avait a opposé une vigoureuse défense, puis un arrêté très sévère du Président les a enfin obligés à se retirer. Parmi ces misérables, il y en avait un grand nombre de Grâne [à 10 kilomètres à l’ouest de Crest]. […] Ils ont forcé le missionnaire, le curé et le vicaire à marcher à leur tête, et ont exposé les premiers au feu. Heureusement que, dans la fumée, ils ont trouvé moyen de s’enfuir en passant la Drôme à la nage. Je ne me rappelle pas de combien de morts on parler (sic).
Notre village a aussi couru grand risque d’être envahi par les insurgés. Dans la nuit du 6 décembre, toutes les communes voisines s’étaient donné rendez-vous au champ des batailles et n’attendaient que notre cloche pour signal. Déjà, tous les villages environnants avaient sonné le tocsin, mais à Montmeyran [à 8 kilomètres au sud de Chabeuil], les amis de l’ordre avaient quelque pressentiment du coup qui se préparait, ont soigné leur clocher, établirent promptement un corps de garde, de sorte que les étrangers envoyés pour sonner le tocsin ont été obligés d’évacuer et tous sont restés chez eux. Le projet de ces téméraires étaient (sic) d’enrôler de gré ou de force les Montmeyrannais et de marcher sur Valence […]. On fait tous les jours de nombreuses arrestations. »
La lettre souligne ensuite les changements intervenus dans le personnel politique, et notamment la destitution des maires de la région. L’ordre est vite rétabli et, le 21 décembre 1851, le plébiscite est massif en faveur du Prince Président : « Maintenant, cher Lucien, nous sommes tranquilles. L’élection du Président est bien allée », conclut Louise Coupier.