Au début du XIXe siècle, les incursions de loups sont fréquentes sur tout le territoire. Tandis que sévissent encore quelques loups mangeurs d’hommes, les animaux enragés sont désormais beaucoup plus redoutables. L’irruption d’un prédateur enragé sème la terreur, car les conséquences sont tragiques : avant Louis Pasteur qui réalise la première vaccination contre la rage en 1885, il n’y a aucun traitement.

Des blessures spectaculaires chez les hommes comme chez les animaux domestiques

La plupart des témoins et des victimes habitent les campagnes. Ces attaques occasionnent des blessures spectaculaires chez les hommes comme chez les animaux domestiques. Elles provoquent parfois une psychose collective. En 1816, dans les Pyrénées-Orientales, la louve de Calmeilles rappelle les exactions survenues un demi-siècle plus tôt dans le Gévaudan, quand on évoquait la présence d’une hyène.

Le 9 juillet 1816, Mathieu Berlan, médecin des épidémies, relate les ravages qui eurent lieu trois semaines plus tôt : « Je vis d’abord Paul Pujet, domicilié à Calmeilles, qui me raconta que, le 19 juin dernier, vers cinq heures du matin, il allait à Perpignan avec une ânesse chargée de bois qui le précédait.

Tout à coup, son ânesse s’arrête, refuse de marcher et s’agite. Paul Pujet se détourne pour en connaître la cause et il voit un loup qui tient dans sa gueule l’oreille de l’ânesse. Dès que cet animal l’a vu à son tour, il laisse l’ânesse et s’élance sur Paul Pujet ; il le mord à la partie inférieure de l’avant-bras gauche. »

L’animal attaque tous les êtres vivants qu’il rencontre

En pleine crise rabique, l’animal attaque tous les êtres vivants qu’il rencontre. « Après avoir fait cent pas dans la même direction, la louve se retourna et vit derrière elle dans un champ le nommé Joseph Vila, imbécile dès l’enfance. Elle rétrograda de cinquante pas pour le mordre. Il reçut en effet trois blessures, l’une à l’épaule droite, l’autre à la partie inférieure et latérale gauche du dos, et la troisième à l’oreille droite. »

La louve poursuit sa course et après un quart de lieue, elle se jette sur Marthe Xalard, qui était dans son champ. Elle la mord à l’épaule gauche et à la hanche droite. Un quart de lieue plus loin, Thérèse Ausseil montait une colline. Elle avait attaché un chevreau au pied d’un arbre pour le faire paître. La louve se précipite sur lui et l’étrangle. Pour sauver son chevreau, Thérèse jette une pierre à la louve qui se lance sur elle, lui infligeant « quatre morsures considérables au bras gauche ».

Comment soigner les malheureux ? Ce n’est pas du côté de la médecine officielle, largement impuissante, que se dirigeaient les paysans. On alla chercher à Arles-sur-Tech un nommé Falgas, « saloudadou » de profession (1). Il vit d’abord Pujet, dont il lava les plaies et qu’il suça à différentes reprises après avoir prononcé à voix basse quelques paroles mystérieuses.

Sur la foi des renseignements qui circulaient, on avait des doutes sur l’espèce d’animal qui avait causé tous ces malheurs. « Il y avait des gens qui croyaient que c’était une hyène, animal des pays chauds et qui sans doute n’a jamais paru dans nos climats, quoi qu’on en ait dit », indique Mathieu Berlan. Pour s’en assurer, il fit déterrer son cadavre : par l’inspection des pattes, il s’avéra que ce n’était pas une hyène mais bien une louve.

(1) Sorcier (saloudadou en catalan).