La facture est salée. Eleveurs de bovins allaitants, laitiers, ou d’ovins, tous ceux qui ont été touchés ont payé cher l’arrivée de la fièvre catarrhale ovine (FCO) ou de la maladie hémorragique épizootique (MHE) dans leur exploitation. C'est simple, les pertes sont estimées à 294 millions d’euros pour les bovins allaitants, à 67 millions pour les ovins allaitants, et à 207 800 naissances manquantes de veaux laitiers et allaitants sur la campagne de juillet 2024 à juin 2025. Pourtant, les impacts de ces maladies, tout comme leur diffusion, sont très variables et imprévisibles. Pour David Ngwa-Mbot, vétérinaire au GDS France, « c’est un peu le loto. Pour chaque sérotype, on ne sait jamais s’il va beaucoup se diffuser, ni s’il va être agressif ou non », soulignait-il au Sommet de l’élevage 2025 (Cournon). D’un élevage à l’autre, les symptômes ne sont pas les mêmes, selon la situation sanitaire, le nombre de moucherons, les températures, etc. Mais à l’échelle nationale, trois paramètres semblent avoir été fortement impactés. I) La surmortalité des reproducteurs, qui induit II) une baisse de la fertilité, et III) la surmortalité à la naissance. L’Institut de l’élevage dresse un premier bilan.
I) Surmortalité des reproducteurs
La mortalité des vaches allaitantes et laitières a grimpé en flèche dans les zones touchées par la MHE et la FCO 8, à l’automne 2023. Depuis, le taux de mortalité des vaches augmente à l’échelle nationale, et reste « toujours anormalement élevé », présente Eva Groshens, agroéconomiste à l’institut de l’élevage, lors d’une conférence au sommet de l’élevage 2025 (Cournon). Sur l’année 2024, la surmortalité s’élève à + 0,3 %, soit 11 000 vaches allaitantes et 11 500 vaches laitières mortes en plus, sur une perte totale de 80 000 et 81 000 têtes annuellement. « Ce n’est pas rien à l’échelle nationale, mais ça reste relativement modéré, confie Eva Groshens à La France Agricole. Le plus gros impact reste la baisse de fertilité ».

II) Baisse de fertilité en bovin allaitant
« La reproduction a été fortement dégradée dans les zones touchées par la FCO et la MHE, décrypte Eva Groshens. Il y a eu une forte dégradation de l’état des reproductrices et reproducteurs ». Au total sur la campagne de juillet 2024 à juin 2025, « il y a eu 315 600 naissances de veaux en moins que l’année précédente », chiffre Eva Groshens. La décapitalisation en cours depuis une dizaine d’années dans les cheptels bovins peut en partie l’expliquer, mais ne peut pas endosser l’entière responsabilité d’une telle baisse. « Avec une fertilité normale, nous aurions dû avoir 207 800 naissances de plus ». L’élevage bovin allaitant représente à lui seul 163 000 naissances manquantes, dues aux épizooties.
La sous-fertilité a coûté, en 2024, 223 millions d’euros pour la filière bovin allaitant, particulièrement touchée, à compter de 1 560€ par tête pour les veaux non nés (le prix d’un broutard).
III) Surmortalité des veaux
La FCO 3 a eu la particularité d’être accompagnée d’une hausse de mortalité des veaux, « qui est bien plus importante que la hausse de mortalité globale », souligne l’agroéconomiste. Pour la campagne 2024-2025, les zones touchées par la FCO 3 ont connu 43 800 morts supplémentaires de veaux entre 0 et 2 mois.
Pour ce qui est des veaux morts à moins de 8 mois, les pertes s’élèvent à 33 millions d’euros. Au total, entre les veaux morts à plus de deux mois, les veaux non nés ou morts à moins de deux mois, et les mortalités des reproducteurs, l’élevage bovin viande a perdu 294 millions d’euros en 2024.

Mais les impacts ne s’arrêtent pas là. L’Idele estime une moindre disponibilité d’animaux pour l’engraissement de jeunes bovins à 1/3 des mâles, soit 28 000 têtes en moins. « Un impact retardé sera visible sur les résultats de 2025, explique Eva Goshens. Il avoisinera les 7,3 millions d’euros », pour une « marge JB » perdue estimée à 265 € par tête. Selon Eva Groshens, l’impact le plus fort sur la production totale de viande bovine pourrait intervenir en 2027 (-2,6%) et 2028 (-2,2%), « si le contexte sanitaire revient à la normale en 2026 ». Un renforcement de l’engraissement en France pourrait atténuer ces effets.
Ces résultats n’intègrent que la surmortalité, l’infertilité et les veaux en moins. « Il ne faut pas oublier que l’on a du mal à estimer l’état dégradé des animaux et leur manque de croissance », souligne Eva Groshens. Cette étude macroscopique de l’Idele n’induit pas un effet de causalité directe entre les épizooties et les pertes zootechniques. En revanche, « la forte concomitance spatiale et temporelle entre les diffusions des maladies et les impacts observés nous permet d’estimer que les phénomènes observés ont au moins une part de causalité avec le contexte sanitaire décrit », souligne le résumé de l’étude financée par la section bovine d’interbev diffusé en décembre 2025.