Quel bilan tirez-vous sur les maladies épizootiques de la campagne de 2024-2025 ?

« Nous avons pu confirmer qu’il y a une baisse anormale de la fertilité des ruminants sur la campagne de 2024-2025, détaille Eva Groshens, agroéconomiste à l’Institut de l’élevage. C’est le plus gros impact, qui a été observé notamment pour la maladie hémorragique épizootique (MHE) et les différents sérotypes de la fièvre catarrhale ovine (FCO). »

« Au total en bovin lait et viande, il y a eu 315 000 naissances en moins que sur la campagne précédente, poursuit-elle. Une partie est liée à la baisse du cheptel observée depuis plusieurs années, mais une autre partie reflète une fertilité dégradée. Avec une fertilité normale, nous aurions eu environ 208 000 naissances de plus. »

L’impact a-t-il été plus fort sur les veaux ou sur les mères ?

« Une autre conséquence est la surmortalité, qui est observée chez les mères comme chez les veaux. On estime qu’il y a eu 11 000 têtes laitières et 11 000 allaitantes mortes en plus en 2024, ce n’est pas rien à l’échelle nationale (environ 14 % de la décapitalisation) mais ça reste relativement modéré. »

« Le gros impact reste la dégradation de l’état des reproductrices, et donc de leur fertilité. En revanche, la FCO 3 s’est accompagnée d’une surmortalité des veaux à la naissance, dans le Grand Est et les Hauts-de-France. »

Les conséquences sont-elles à court ou long terme ?

« Nous observons déjà les conséquences concrètes des naissances en moins, mais les impacts économiques en termes de production se verront plus tard. Cela dépend du type de production auxquels étaient destinés les animaux morts ou non nés. Par exemple, un jeune bovin représente un délai d’environ 18 mois entre sa naissance et sa vente, donc l’effet de baisse de la campagne de 2024-2025 va plutôt se ressentir en 2026-2027. Au global, si on ne change rien sur nos habitudes de production, le total de viande bovine produite en 2026 devrait reculer de 1,5 %, et le plus gros retrait serait de 2,6 % en 2027, puis –2,2 % en 2028. »

Est-il possible d’estimer économiquement l’ampleur des pertes ?

« Les pertes de revenus dues à la MHE et la FCO en viande bovine en termes de surmortalité et de veaux nés en moins, ont été estimées économiquement pour l’année 2023, à hauteur de 42 millions d’euros, calcule Eva Groshens. En 2024, elles s’élèvent à 294 millions d’euros. Les veaux nés en moins, ou ceux morts avant 2 mois, représentent à eux seuls 223 millions d’euros de pertes pour l’élevage allaitant. Le reste est dû à la surmortalité des reproducteurs et des animaux nés puis morts à plus de 2 mois. »

« Ces estimations sont un minimum, puisqu’il est difficile d’estimer les surcoûts d’alimentation et de soins pris en charge par les éleveurs pour compenser l’état dégradé des animaux et le manque de croissance. Sur la production ovine, les pertes sont estimées à 67 millions d’euros pour 2024, mais la filière a également été violemment touchée au premier semestre de 2025. D’après nos premières estimations, l’année 2025 pourrait afficher des pertes aussi importantes que 2024… »