« Parmi 22 primipares, j’ai eu 7 veaux vivants », déplore Grégory Meurice, éleveur allaitant à Beauclair, dans le nord de la Meuse. À l’aube des 60 vêlages de l’automne 2024 de son troupeau de 90 mères charolaises (les 30 restants ont lieu en février), le sérotype 3 de la fièvre catarrhale ovine (FCO 3) a touché son exploitation. Le bilan est lourd : 9 avortements et 6 veaux animaux pour les primipares. 8 vaches vides, 2 avortements et 3 veaux animaux pour les multipares. « J’ai 30 % de veaux en moins par rapport aux années précédentes. C’est énorme ».

Retour en chaleurs

C’est le retour en chaleurs de plusieurs génisses qui lui a mis la puce à l’oreille, en juillet 2024. « Je fais les échographiques au printemps, et j’ai 5 à 10 % de vaches vides, explique Grégory Meurice. Mais en juillet, elles étaient nombreuses à revenir en chaleur, dont certaines qui étaient censées être pleines ». Puis quelques bêtes ont commencé à avoir les yeux blancs, et à tituber. Malgré une vaccination d’urgence en août, rien n’y fait. Les conséquences sont rapidement apparues. « Sur 15 jours, je n’ai fait que récupérer des veaux morts, se souvient l’éleveur. Ce qui m’abattait, c’est que ça a commencé dès le premier vêlage. J’en voyais 60 qui devaient arriver, et je me demandais, qu’est-ce qui m’attend ? Je n’en dormais pas »

« Ça a commencé dès le premier vêlage »

Temps de travail doublé

Il semblerait que les animaux en fin de gestation ont particulièrement été impactés par la FCO 3. « Un mois avant le terme, elles avortaient. Ou alors, les veaux étaient bizarres ». Difficile pour Grégory de décrire ces veaux qu’il juge « bizarres », tant il n’a jamais eu affaire à ce genre de comportement. « Ils avaient la tête en l’air, les yeux tout blancs, ils ne trouvaient plus leurs mères ni leurs pis. Ils ne voulaient pas se lever, ou tournaient en rond ». L’éleveur a tout essayé : cages individuelles avec leur mère, les porter pour les faire boire quotidiennement, les surveiller toute la journée… Pendant deux mois, il a doublé son temps de travail pour être au chevet des veaux. « Je me battais comme je pouvais pour les sauver, insiste Grégory. Pour moi, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Je n’ai compris qu’au bout d’un mois que tous ces efforts ne servaient à rien ».

Sauver les meubles

Malgré le travail acharné de l’éleveur pour alimenter les veaux, leur état ne s’améliorait pas, et ils ne savaient toujours pas téter en autonomie, même après plusieurs semaines. Désemparé, Grégory a dû les faire euthanasier. « Je ne mangeais plus trop, j’étais toujours à la ferme. Pour ma santé mentale, mes proches m’ont dit de ne pas m’acharner ».

L’année 2024 a cependant marqué une forte orientation à la hausse des cours des broutards et de la viande. De quoi combler le manque à gagner de cet éleveur, également soutenu par des aides financières régionales et nationales. « Selon mes estimations économiques, je reviens quasiment à une année normale. J’ai sauvé les meubles grâce aux prix ». Pour autant, l’éleveur reste ému. « Ça fait mal de travailler un an pour en arriver là ».

« Désormais, je me blinde, affirme Grégory Meurice. Ma trésorerie va dans l’achat des vaccins ». En 2025, l’éleveur a fait les rappels contre la FCO 3, et a vacciné contre la FCO 8 et la MHE. IL prévoit de vacciner contre la FCO 3 et la MHE au printemps 2026.