L’EU CAP Network, plateforme de l’Union européenne dont la mission principale est de soutenir la mise en œuvre de la Pac, publie ce mardi 17 mars 2026 une synthèse portant sur 49 évaluations nationales et régionales des programmes de développement rural (PDR, qui constituent le second pilier de la Pac).
Conduites dans 13 États membres entre 2014 et 2024, ces évaluations visent à mesurer si l’argent public injecté dans la modernisation des exploitations se traduit par des gains de productivité et de revenus pour les agriculteurs. Le bilan est globalement positif pour ceux qui ont investi avec le soutien de ces programmes, mais des inégalités persistent.
Du matériel renouvelé, des coûts réduits
Dans la majorité des pays étudiés, les agriculteurs ayant bénéficié d’aides à l’investissement ont gagné en productivité, entre 4 % et 24 % selon les États membres. Plusieurs évaluations signalent une réduction des coûts de production, notamment de carburant et d’eau, grâce à des investissements dans des machines plus efficientes, des robots, des outils d’irrigation ou encore des outils numériques.
Les effets positifs concernent aussi la productivité du travail, mesurée par la valeur de production par unité de travail annuel, notamment en Angleterre, en Hongrie, en Lombardie (Italie) et en Pologne. Mais ces gains s’accompagnent souvent d’une réduction de la main-d’œuvre agricole. En Normandie, l’effet global des soutiens sur l’emploi est estimé comme légèrement négatif. En Lituanie en revanche, l’installation de jeunes agriculteurs aurait généré plus de 3 100 emplois en zones rurales en 2021.
Le rapport souligne par ailleurs que le soutien aux investissements réduit significativement le temps de retour sur investissement. Selon une estimation de la Commission européenne, ce délai passe de 24 ans à 13 ans grâce aux aides publiques. La période durant laquelle l’investissement génère un bénéfice financier net pour l’agriculteur est donc plus longue, ce qui renforce la viabilité à long terme de l’exploitation.
Des effets d’aubaine
Les auteurs des travaux identifient cependant plusieurs points de fragilité. D’abord, des effets d’aubaine : dans plusieurs États membres (Hongrie, Lituanie, Pologne, Pays de Galles), les grandes exploitations sont surreprésentées parmi les bénéficiaires, alors qu’elles auraient parfois réalisé leurs investissements même sans soutien public.
À l’inverse, les plus petites fermes rencontrent des obstacles, comme des seuils d’investissement trop élevés ou une complexité administrative excessive, ce qui limite leur participation. Ensuite, le nombre d’exploitations effectivement aidées est souvent inférieur aux objectifs fixés par les États membres : seulement 46 % des bénéficiaires prévus en Lombardie, 74 % en Lituanie.
Pour les auteurs du rapport, si la Pac reste un levier puissant pour doper la compétitivité des exploitations et sécuriser le revenu des agriculteurs, l’enjeu des prochaines années sera de mieux cibler ces aides pour qu’elles profitent à tous, et pas seulement aux structures les plus agiles.