Le 8 décembre 2022, le ministère de l’Agriculture a publié au journal officiel, l’arrêté relatif à la mise à mort des poussins des lignées de poules pondeuses destinées à la production d'œufs de consommation, utilisés pour l'alimentation animale. Les associations de protection animale, comme L214 ou le CIWF, n’ont pas raté cette occasion de lui voler dans les plumes.

Une dérogation pour les lignées blanches

Cet arrêté met fin au broyage des poussins mâles des lignées de Gallus gallus destinées à la production d’œufs de consommation, utilisés pour l'alimentation animale. Ces poussins seront éliminés par gazage à compter du 1er janvier 2023. Le texte prévoit une dérogation pour les souches "dont le sexe de l'embryon ne peut pas être déterminé selon une méthode basée sur la différence de couleur des plumes". Et c'est là que les associations déchantent.

"La technologie n'est pas fonctionnelle" pour le sexage des poussins blancs, justifie-t-on au cabinet du ministre de l'Agriculture. Ce sont les lignées utilisées majoritairement pour la production d’ovoproduits. Chez les poules rousses, la technologie de l’ovosexage permet de déceler à travers la coquille la couleur des premières plumes, distincte selon le sexe du futur poussin.

Chez les poules blanches, la méthode est différente, plus coûteuse et jugée trop lente. Pour Maxime Quentin, directeur adjoint et scientifique de l'Institut technique de l'aviculture (Itavi), cette dérogation concernera autour de 5,2 millions de poussins mâles par an. Elle était la "solution la plus pragmatique et efficace". Il la conçoit comme "temporaire en attendant des technologies efficaces et fiables" pour sexer les poussins blancs.

Les associations vents debout

Cette dérogation n’est évidemment pas du goût des associations de protection animale, L214 en tête, qui montent sur leurs ergots. L214 qualifie la dérogation de "trahison". L'organisation a organisé mercredi un rassemblement devant le siège parisien de la Direction générale de l'alimentation (DGAL), qui dépend du ministère de l'Agriculture, en présence d'une quinzaine d'élus, principalement de la France Insoumise ou d'EELV.

"À chaque fois, des exceptions permettent de passer outre la loi votée, avec des petites portes de sortie ", a fustigé la cofondatrice de L214 Brigitte Gothière. "C'est terrible parce que ça dévitalise la parole politique auprès du grand public, on voit qu'il y a toujours des stratégies de contournement", renchérit le député EELV Nicolas Thierry.

Procès d'intention

Dans un communiqué de presse daté du 8 décembre, L214 n'hésite pas à faire un procès d'intention à la filière. Elle laisse entendre que celle-ci "pourrait choisir pour des raisons économiques de recourir à davantage de poules blanches, ce qui augmenterait le nombre de poussins gazés à la naissance sans qu'aucune limite ne soit posée par la réglementation".

L’association anti-élevage a aussi dans le collimateur la destination des poussins qui font l’objet de la dérogation : l'alimentation animale. "Les fabricants d'aliments pour animaux (chiens, chats, cochons, poissons…) pourraient donc continuer d'utiliser des poussins gazés à la naissance. Impossible de dire combien de poussins sont concernés, mais en tout cas pour l'industrie la porte est ouverte : si on passait à 100 % de poules blanches, tous les poussins pourraient être tués."

Le ministère de l'Agriculture a précisé que l'élimination des poussins mâles, dans la filière des poules blanches, permettra de fournir zoos et fauconneries qui ont "besoin" de poussins entiers pour nourrir reptiles et rapaces. Il y avait aussi un enjeu de concurrence et de compétitivité, souligne le président du CNPOYves-Marie Beaudet. Le sexage n'est pas généralisé à l'échelle européenne, ce que demande la France. "Dès qu'on pourra faire 100% (d'ovosexage), on le fera", assure Yves-Marie Beaudet. Et d'ajouter qu'il est "hors de question" que les poussins éliminés se retrouvent dans les croquettes des chats et chiens.

"Le ministère s'est engagé à arrêter l'élimination des poussins mâles, pas de 85% des poussins mâles, tempête Agathe Gignoux, du CIWF. C'est quasiment la seule réforme en faveur du bien-être animal depuis cinq ans. " Le CIWF ajoute que le gazage est potentiellement douloureux "même s’il est moins impressionnant que le broyage à vif".

La filière riposte

" Une fois encore, sur le sujet de l’ovosexage comme tous les autres, les associations animalistes jouent la désinformation pour harceler le secteur de l’élevage au lieu de saluer les efforts volontaires et l’engagement des professionnels ", répond le CNPO dans son communiqué de presse diffusé le 9 décembre 2022.

" La seule volonté de ces activistes est de mettre fin à tous les types d’élevages en France, interdisant la consommation de produits issus des animaux en ôtant aux Français leur liberté de choix, ajoute l’interprofession. Tous les moyens sont bons pour arriver à leurs fins, y compris la diffusion de fausses informations et le harcèlement. "

Le CNPO rappelle que la filière est mobilisée sur ce sujet depuis plusieurs années. Et la France, avec l’Allemagne, fait partie des premiers pays à avoir annoncé l’abandon de l’élimination des poussins mâles. L'interprofession a d’ailleurs a conclu un accord interprofessionnel permettant de prendre en charge les coûts induits par ce changement de pratique.