Philippe Mauguin, P.-D.G. de l’Inrae, a introduit les rencontres « Eau et agriculture face au climat : innover aujourd’hui pour s’adapter demain » le mardi 24 février 2026 au Salon de l’Agriculture. Il a rappelé que le secteur agricole est le premier consommateur d’eau en France, « ce qui s’explique par l’importance de l’eau dans le processus de production ».
Combinaisons de leviers
« Là ou ce sujet est complexe, c’est qu’au moment où l’on consomme l’eau en agriculture, c’est en général autour et durant les mois d’été, pour les besoins en irrigation ou pour l’élevage. Or, entre avril et septembre, c’est aussi le moment où les débits des cours d’eau sont les plus faibles », a-t-il souligné.
« Si on se projette, on voit aussi que le changement climatique va accentuer la pression sur la ressource en eau, avec une augmentation de l’évapotranspiration, une modification du régime des pluies, et une alternance d’excès d’eau et de risques de sécheresse assez prononcée. En moyenne, il y aura davantage de besoins en eau pour les cultures en été, et une diminution de la disponibilité de la ressource en eau estivale », complète ce dernier.
« Il y a donc intérêt à trouver aujourd’hui les scénarios de demain pour avoir des systèmes de production capables de passer de sécheresses extrêmes à des situations de grandes inondations. Pour trouver ces solutions, c’est bien une combinaison de leviers qu’il va falloir mobiliser, avec l’ensemble des acteurs et partenaires (Instituts techniques agricoles, Chambres d’agriculture, etc.) », a appuyé Philippe Mauguin.
Intérêt de l’agriculture de conservation démontré
Ces rencontres ont ainsi été l’occasion de rappeler les résultats de différentes actions de recherche menées sur le terrain avec des partenaires variés, dont parfois des agriculteurs.
Bag’ages (2016-2021) a notamment étudié les effets de l’agriculture de conservation des sols (ACS) sur le fonctionnement hydrique des sols dans le bassin de l’Adour-Garonne. Il a entre autres démontré que, dans ces conditions, la réserve utile du sol augmente de 10 à 15 % et que sa dynamique de recharge est améliorée par une meilleure infiltration de l’eau.
Autre exemple : « Asalée », un outil créé en 2019, qui calcule les impacts techniques et économiques du stress hydrique sur les cultures, sous le climat actuel et futur.
« Le stockage de l’eau dans le sol, j’y croyais plus ou moins, pourtant cela fonctionne », a témoigné Bruno Doumayzel, polyculteur-éleveur du Tarn engagé dans la transition agroécologique. Il a rappelé au cours de ces rencontres l' « importance du sol ». Suite à un puissant orage en 2012, ses terres ont été dévastées par des ravines. Depuis, il est passé à l’ACS.
« J’y croyais plus ou moins, pourtant cela fonctionne », témoigne Bruno Doumayzel, polyculteur-éleveur du Tarn
« J’ai arrêté de travailler mes sols. Une fois intégrés au sol, les couverts végétaux augmentent le taux de matière organique et la capacité de rétention de l’eau des sols. D’ailleurs, ces derniers sont de plus en plus vivants. Mes rendements n’ont pas baissé, mais mes charges si, et j’y passe moins de temps. Je suis désormais de plus en plus serein face aux problèmes climatiques », a souligné l’agriculteur.

Multiples projets en cours
D’autres projets en cours ont aussi été mis en avant, comme :
- La « suite » de Bag’ages, Bagheera (2025-2030), pour « Bassin Adour Garonne : hydrologie, environnement et économie réunis par l’agroécologie » ;
- Objectif SOL (2025-2030), dont le but est d’accompagner les agriculteurs volontaires du bassin-versant du Tarn pour évoluer, à zéro surcoût, vers l’agriculture de conservation ;
- RMT ClimA (2026-2030), pour l’adaptation des exploitations agricoles au changement climatique ;
- Tetrae TAI-OC (2022-2027) pour « Transition agroécologique et irrigation en Occitanie ».
Si la génétique ne fait pas tout, elle reste essentielle pour sélectionner les variétés « intelligentes » de demain et s’adapter au changement climatique, ont en outre rappelé François Tardieu, de l’Inrae, et Claude Tabel, de RAGT.
La recherche « apporte de la rationalité au débat »
« Où que j’aille, sur les territoires, le sujet de l’eau est récurrent : soit qu’elle abonde, soit qu’elle manque énormément, a souligné Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, en conclusion de ce colloque. Pourtant, il y a une vérité incontournable, c’est que pour produire de l’alimentation, il faut de l’eau. Mais dans le contexte climatique et météorologique actuel, cette question est devenue presque politique. Et parfois la raison s’égare. Il y a notamment tout un débat sociétal sur la question du stockage de l’eau, que l’on résume trop souvent à Sainte-Soline et aux mégabassines. Dans ce contexte extrêmement chahuté, la recherche appliquée à l’eau apporte de la rationalité au débat ».
Et d’appuyer : « en France le pourcentage de terres irriguées est de 7 %. Alors qu’il serait de 50 % en Espagne ! Qu’on ne vienne pas me dire que les agriculteurs dérobent l’eau des Français. »