Avec un rendement moyen de 71,6 q/ha, la production française de blé tendre s’élèverait en 2022 à 33,63 millions de tonnes, a estimé le cabinet Agritel lors d’une conférence de presse ce 30 août 2022. C’est légèrement plus que lors de sa précédente estimation à la fin de juillet, à 33,44 millions de tonnes. Cette estimation en retrait de 1,3 million de tonnes par rapport à la moyenne quinquennale.

Toutes les qualités trouvent preneurs

« On retiendra la forte hétérogénéité de rendement et qualité », commente Nathan Cordier, responsable de l’analyse de marché chez Agritel. Le Sud-Ouest et la façade occidentale ont été impactés par la sécheresse, tandis que dans le Nord, certains rendements sont records. « Cela entraîne une dilution de la protéine par endroits. Un quart de la récolte française est à moins de 11 % de protéines, norme pour aller sur le marché du grand export. »

 

Ce blé moins protéiné n’a cependant pas de difficultés à trouver un débouché. « Une demande en alimentation animale et une demande chinoise pour du blé fourrager à 10,5 % de protéines [sont] déjà présentes en début de campagne », explique Nathan Cordier.

 

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Une forte demande des pays tiers

Sur les deux premiers mois de cette nouvelle campagne, plus de 2,5 millions de tonnes de blé français ont déjà été exportés vers les pays tiers. Autrement dit, 25 % de l’objectif total a déjà été réalisé. « Habituellement, à cette date, on est plutôt à 14 %, détaille Nathan Cordier. On pulvérise le record précédent de 2018, de plus de 1 million de tonnes. »

 

Le Maroc, l’Algérie, l’Afrique subsaharienne et, plus atypique, le Pakistan et le Yémen… Face à l’incertitude des exportations en mer Noire, les pays importateurs se sont tournés vers la France et son blé compétitif. Sur cette campagne, Agritel estime les exportations vers les pays tiers à 10,2 millions de tonnes, et les exportations intracommunautaires à 7 millions de tonnes.

 

« L’Algérie va redevenir le premier importateur de blé français, à 3 millions de tonnes environ », rapporte Nathan Cordier. La demande marocaine est très dynamique, estimée à 2,5 millions de tonnes, et celle de l’Afrique subsaharienne à 2,3 millions de tonnes. « L’Égypte a acheté près de 910 000 tonnes de blé français, ajoute l’analyste. La demande de la Chine s’est mise en place pour du blé fourrager : on estime entre 600 000 et 700 000 tonnes le volume de blé français contractualisé par les chinois. »

Nécessité de ralentir l’exportation

« En juillet et août, la France a pris le lead et a remplacé la mer Noire », résume Nathan Cordier. Avec un début de campagne record et les volumes contractualisés, le rythme d’exportation n’est pas tenable et doit ralentir. « On a besoin d’un rationnement, qui se fait par le prix, insiste le spécialiste. Le blé français doit évoluer avec une prime par rapport aux autres origines, notamment la mer Noire. »

 

Agritel estime le stock de fin de campagne à 2,2 millions de tonnes, « aussi faible qu’en 2011, 2003 ou encore 2020, compare Nathan Cordier. La marge de manœuvre est limitée, poursuit-il. Il est compliqué dans cette situation de pousser l’exportation, d’où une nécessité de ralentissement. »