Après la mobilisation de la Coordination rurale jeudi 8 janvier 2026 à Paris, la Confédération paysanne entre en scène également. Ce vendredi 9 janvier, dès l’aube, des dizaines d’agriculteurs se sont réunies sur la bretelle de la porte de Montreuil pour mener une opération escargot et bloquer la circulation. Désormais, ils se trouvent bloqués par les forces de l’ordre près de la porte Maillot, indique le syndicat. Les manifestants se rassemblent contre le Mercosur et la politique sanitaire du gouvernement concernant la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

« C’est le Mercosur qu’il faut abattre, pas nos vaches ! »

Le « non » de la France au Mercosur, finalement décidé par le président Emmanuel Macron, et le vote en faveur du traité de libre-échange entre l’Union européenne et des pays latino-américains laisse un goût amer aux agriculteurs, mobilisés depuis des mois contre ce traité. « Non ! Non ! Non au Mercosur ! », ont-ils scandé, brandissant des fumigènes, a constaté une journaliste de l’AFP.

« C’est le Mercosur qu’il faut abattre, pas nos vaches ! », a déclaré Nicolas Fortin, secrétaire général du troisième syndicat agricole français, historiquement opposé au libre-échange et très engagé dans l’opposition à la gestion actuelle de l’épizootie de dermatose qui frappe les bovins. « Nous voulons balayer un protocole sanitaire mortifère et autoritaire aussi bien que le rouleau compresseur libéral qui le commande », ajoute le syndicat dans un communiqué.

Deux représentants syndicaux placés en garde à vue

Accompagnés de militants du mouvement écologiste Les Soulèvements de la terre, de membres de la CGT Paris, de Solidaires, de Cancer Colère et du collectif « Agro en lutte » et d’étudiants d’AgroParisTech, les manifestants ont dit leur rejet de la « maladie du libre-échange ».

Aux alentours de 11 heures, la Confédération paysanne a annoncé l’arrestation « très brutale » de deux porte-paroles du mouvement, Thomas Gibert et Stéphane Galais, près de l’Arc de triomphe. Selon le syndicat, ils étaient à pied, sans tracteur. Ces derniers ont été amenés dans un commissariat du 16e arrondissement de Paris et placés en garde à vue. Hier déjà, des interpellations avaient eu lieu dans le cadre des mobilisations menées par la Coordination rurale.

« La mobilisation des paysannes et paysans contre les politiques agricoles  destructrices, l’abattage sanitaire massif lié à la DNC et aux accords de libre-échange comme le Mercosur est légitime, réagit le Modef, un autre syndicat, dans un communiqué. Elle s’inscrit pleinement dans l’exercice des libertés syndicales et démocratiques. » Le Modef exige « la libération immédiate des représentants syndicaux interpellés » ce vendredi 9 janvier.

« Mercosur mort à coup sûr »

S’opposer au Mercosur, il s’agit d’une position également défendue par les « bonnets jaunes » de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole français. « Mercosur mort à coup sûr », clamait une pancarte accrochée à un tracteur de la Coordination rurale parvenu jeudi 8 janvier au pied de l’Arc de triomphe. Après avoir cheminé de ses bastions du Sud-Ouest, de la Normandie ou du Nord, les agriculteurs du syndicat ont réussi leur démonstration de force, parvenant à entrer dans la capitale, jusque devant l’Assemblée nationale.

Ce vendredi, des actions de blocages routiers et des manifestations sont prévus dans certaines régions, mais aussi en Belgique ou encore en Pologne, soit un troisième hiver d’affilée marqué par des mouvements d’agriculteurs. Dans le Nord, les autoroutes A27 et A2, qui mènent aux autoroutes belges E42 et E19, sont fermées depuis jeudi soir dans le sens France Belgique, selon la préfecture. La gendarmerie a fait état de plusieurs blocages routiers à 7h30, à Beaune (Bourgogne) mais aussi en Lozère, dans le Tarn et dans le Pays basque. L’accès au dépôt de carburant de Bassens, sur le port de Bordeaux, par des agriculteurs de la Coordination rurale se poursuit, indique l’AFP.

Prêts à « revenir »

Depuis le début de décembre, la mobilisation s’est durcie dans les campagnes françaises, pour dénoncer la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire, la signature imminente du traité de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, la faiblesse des prix des céréales et la hausse de celui des engrais. Ces dernières semaines, le gouvernement français et Bruxelles ont multiplié les annonces, mais la pilule du Mercosur ne passe pas pour de nombreux agriculteurs, qui craignent l’arrivée de bœuf, sucre et de volailles sud-américaines produites avec des normes moins distantes que celles imposées aux Européens.

La FNSEA, premier syndicat avec ses alliés de Jeunes Agriculteurs, a appelé à un grand rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier. De son côté, le président de la Coordination rurale a promis un combat « dur et long ». Il a de nouveau appelé à un « moratoire sur les contrôles » dans les fermes jusqu’à la présidentielle. Onze interpellations, 12 mises en fourrière et 65 verbalisations ainsi que plus de 600 manifestants ont été recensées jeudi 8 janvier 2026 par le ministère de l’Intérieur en Île-de-France, hors de la capitale.