« Avec le glyphosate, nous sommes tombés depuis deux ans dans des phénomènes d’hystérie, estime Sarah Singla. Tout le monde en parle sans vraiment savoir comment il est utilisé. Ainsi et contrairement à d’autres pays dans le monde où les OGM (1) sont autorisés, son usage en France (dose moyenne de 1,5 l/ha) ne se fait jamais sur des cultures dédiées à la récolte. »

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« Voir plus large »

« La question du glyphosate nécessite de voir plus large, en rappelant tout d’abord que l’agriculture a toujours été une question de désherbage : feu, travail du sol, main-d’œuvre et chimie faisaient ou font partie des solutions disponibles. »

« Parmi elles, quelle est celle qui a le moins d’impact, qui répond le plus aux demandes de la société, tout en permettant aux agriculteurs de vivre de leur métier et ainsi donner envie aux jeunes de s’installer ? Là est la vraie question. »

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Approche systémique

« On demande aux agriculteurs de produire, mais aussi d’avoir une eau propre, de préserver la biodiversité et de participer à la lutte contre le changement climatique. Si on fait une analyse des bénéfices et des risques des outils de désherbage, on se rend compte que le glyphosate, au travers de l’agriculture de conservation des sols, est celui qui répond le mieux à l’ensemble des enjeux : l’eau est moins chargée en particules issues du ruissellement, les abeilles trouvent de la nourriture dans les couverts, les sols captent davantage de carbone et les consommations en énergies fossiles sont réduites. »

« Malheureusement, cela est rarement évoqué car les études comparatives ont souvent une approche réductionniste et rarement une approche systémique (prise en compte de tous les enjeux). En matière de santé enfin, rappelons que, comme pour tout produit chimique, les notions de danger et de risque sont à dissocier. »

Faire preuve de cohérence et de pragmatisme

« Le glyphosate est donc un faux débat, car la réelle question est de savoir de quel type d’agriculture nous voulons demain. Les consommateurs doivent être cohérents : s’ils ne veulent pas de glyphosate dans leur assiette, et plus globalement de produits phytosanitaires, alors il leur faudra accepter de payer plus cher leur alimentation, voire d’avoir moins de diversité. »

« Cette cohérence doit aussi se retrouver dans les décisions politiques : si demain le glyphosate n’est plus autorisé en Europe (2), alors la logique voudrait d’interdire l’importation de produits pour lesquels cette matière active a été utilisée. »

« Il faut enfin faire preuve de pragmatisme : l’agriculture naturelle n’existe pas et l’activité agricole aura toujours un impact sur notre environnement. Redonner du bon sens à l’agriculture et remettre l’agronomie au cœur de celle-ci est essentiel. C’est de cette manière qu’il sera possible de réconcilier agriculteurs et consommateurs et répondre au mieux à leurs besoins respectifs. »

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Propos recueillis par Charlotte Salmon

(1) Organismes génétiquement modifiés.

(2) Le glyphosate est approuvé dans l’Union euro­péenne jusqu’au 15 décembre 2022 : une procédure de renouvellement d’autorisation est en cours.