Les oléoprotéagineux performent sur le marché par rapport aux céréales. Ils sont portés par la fermeté du pétrole, les achats de soja et de canola par la Chine, la demande en biocarburants et le manque d’importations de colza en Europe, quand l’abondance des céréales freine leur progression.
Une situation partagée pour le blé
Les cours du blé se montrent hésitants et partagés. Le rebond de la fin de semaine, poussé par le rachat des fonds sur les contrats à terme d’Euronext et de Chicago, permet de réduire le recul hebdomadaire à –1,5 €/t seulement. Affiché à 188,50 €/t base juillet, la cotation en rendu Rouen navigue toujours dans le même canal de 183-193 €/t depuis le début de septembre.
Avec le redoux, la prime de risque climatique liée au froid polaire aux États-Unis et en mer Noire s’est dissipée. Les cours du blé français à l’exportation ont également dû regagner quelque peu en compétitivité face à leurs concurrents de la mer Noire et face à l’origine argentine. Le flux régulier de chargements vers le Maroc, l’Afrique subsaharienne et plus récemment vers l’Égypte permet pour le moment d’endiguer une trop forte baisse des prix. Mais il reste insuffisant pour stimuler une hausse durable.
FranceAgriMer en a pris conscience dans son dernier bilan mensuel. L’office a réduit de 300 000 tonnes les exportations de blé français vers les pays tiers pour 2025-2026 à 7,2 millions de tonnes seulement. Le stock prévisionnel retrouve ainsi le lourd niveau des 3,05 millions de tonnes. Même dynamique à l’échelle européenne avec un stock de blé pour 2025-2026 remonté de +1,5 million de tonnes cette semaine par l’USDA à 15,7 millions de tonnes.
Tandis que l’USDA abaisse sa prévision d’exportations pour l’Union européenne de –1 million de tonnes à 31,5 millions de tonnes, les exportations argentines sont relevées de +2 millions de tonnes sur un record de 18 millions de tonnes et les canadiennes de +1 million de tonnes à 29 millions de tonnes. Le recul qui en résulte, de –0,8 million de tonnes à 77,9 millions de tonnes, des stocks chez les huit grands exportateurs de blé est trop minime pour changer la configuration fondamentale. Cet indicateur clef de la lourdeur mondiale reste au plus haut depuis 16 ans.
Le prix du blé se stabilise (06/02/2026)
La demande internationale comme principal soutien du maïs
Soutenus par une très forte dynamique à l’export, les cours de l’orge fourragère en rendu Rouen demeurent supérieurs de +4,5 €/t à ceux du blé. Bien qu’en repli de –2 €/t sur une semaine à 193 €/t base juillet par sympathie avec le blé Euronext, l’orge en rendu Rouen reste inscrite depuis un mois dans une fourchette de cotation limitée entre 190 et 196 €/t base juillet rendu Rouen. L’épuisement progressif des disponibilités à l’exportation limite toute baisse significative des cours en France tandis que le manque de dynamisme des deux grandes céréales que sont le blé et le maïs limite à ce jour une poursuite du mouvement haussier des orges.
La demande internationale demeure très forte notamment sur l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient sans oublier la Chine. L’Australie et l’Argentine ont pu mettre à elles deux sur le marché mondial en janvier près de 2 millions de tonnes d’orge fraîchement récoltées. Ce record historique à la vente depuis l’hémisphère Sud n’endigue pas pour autant la tendance haussière des cours sur la scène internationale. Depuis le 1er janvier, l’orge Fob Argentine a gagné +9 $/t tandis que l’australienne progresse de +5 $/t.
La dynamique est tout autre sur le marché brassicole où l’excédent européen de malt bloque la demande d’orge de brasserie. Cette dernière ne trouve donc que le débouché fourrager pour s’écouler avec des niveaux de prix bien souvent identiques quelle que soit la qualité. FranceAgriMer a ainsi relevé de +350 000 tonnes sa prévision d’exportations d’orges françaises vers les pays tiers à 3,7 millions de tonnes. Le dernier record de 3,931 millions de tonnes d’exportations d’orge vers les pays tiers de la campagne de 2019-2020 est en ligne de mire.
L’ascension du colza continue
Le marché du colza continue de progresser. La cotation Fob Moselle gagne encore 1 €/t sur la semaine à 491 €/t. Il s’agit des plus hauts niveaux de prix observés depuis la fin de juin. De nombreux éléments viennent conjointement expliquer cette performance, avec en premier lieu un flux d’importations qui demeure inférieur aux attentes et aux besoins en Europe.
Bien qu’imparfaits, les chiffres d’importation de graines de colza dans l’UE des 27 publiés par l’Union européenne font état d’un cumul de 2,4 millions de tonnes depuis le début de campagne, soit bien moins que les 4 millions de tonnes observées en moyenne à ce jour ces trois dernières années. Alors qu’en moyenne sur les trois dernières années l’UE des 27 avait réalisé à date 60 % de ses besoins d’importation de colza, cette année, les besoins d’importations ne sont couverts qu’à peine plus de 40 %. L’huile de colza n’est pas en reste et bénéficie, elle aussi, d’une dynamique haussière. Avec un gain de +45 €/t depuis le début de février à 1 085 €/t, l’huile de colza réduit peu à peu l’écart avec l’huile de tournesol, toujours bien plus chère que les autres en raison du manque de production en Europe et en Ukraine.
Le colza bénéficie en outre d’un contexte de prime géopolitique toujours en place sur le pétrole, avec un baril qui navigue de 63 $ à 65 $ à New York, au plus haut depuis septembre dernier. Le canola sur la Bourse de Winnipeg reste, quant à lui, au plus haut depuis novembre dernier, supporté par la reprise des exportations canadiennes vers la Chine. La graine de soja à Chicago vient, elle aussi, culminer au plus haut depuis novembre, avec la perspective annoncée par Donald Trump de davantage d’achats chinois aux États-Unis.
Tourteaux de soja : fermeté sur Chicago
Le tourteau de soja conserve sa fermeté. Les cours délivrés montoir gagnent 4 €/t sur la semaine à 358 €/t. Rappelons qu’ils étaient 30 €/t plus bas au début de janvier. En cause, le retour de l’effervescence sur le complexe soja à Chicago après l’annonce faite voilà dix jours par Donald Trump d’achats de 8 millions de tonnes supplémentaires de soja américain par la Chine, portant le total à 20 millions de tonnes pour la campagne.
Cette idée fait débat alors qu’à cette période de l’année, le soja US n’est plus du tout compétitif à l’exportation par rapport à son grand concurrent brésilien. Mais au regard de la hausse continue de la graine de soja à Chicago, une majorité d’opérateurs cherchent à y croire. Les articles de la presse chinoise mentionnant cette semaine une possible prolongation de la trêve commerciale entre la Chine et les États-Unis, alimentent l’enthousiasme ambiant.
Du côté fondamental, l’USDA a remonté sa prévision de récolte de soja au Brésil de +2 millions de tonnes sur un nouveau record de 180 millions de tonnes. La dynamique est similaire pour la société nationale d’approvisionnement brésilienne (Conab) avec une estimation officielle qui atteint les 178 millions de tonnes contre 176 millions de tonnes le mois dernier. Pour le moment la récolte qui débute au Brésil n’est pas en retard mais les pluies excessives dans le centre du pays sont sous surveillance.
A contrario, c’est l’insuffisance de précipitations qui anime les discussions en Argentine. La Bourse de Rosario se montre confiante et vient de remonter de +1 million de tonnes sa prévision de production à 48 millions de tonnes. Néanmoins, l’état des cultures recule encore de 8 points sur la semaine à 32 % « bons à excellents » et repasse sous la moyenne quinquennale à ce jour.
(1) Argus Media, société spécialisée dans le suivi des marchés des matières premières, nous livre son analyse agricole hebdomadaire.
À suivre : Impact du froid en mer Noire sur les cultures d’hiver ; impact sur le marché du pétrole des menaces américaines contre l’Iran ; mouvement de la parité euro/dollar ; weather market en Argentine ; décisions géopolitiques sur le biodiesel aux USA ; évolution de la situation en mer Noire.