Avec un Brent qui a frôlé les 120 $/baril à Londres, la flambée du pétrole et le repli de l’euro face au dollar ont propulsé les cours à la hausse avant que les tentatives de désescalade ne viennent effacer une partie des gains.
La volatilité est exacerbée par une activité des fonds en forte hausse sur l’ensemble des marchés à terme. La menace d’un manque d’engrais qui fait s’envoler leur prix commence à inquiéter dans les grands bassins de production mondiaux.
Le blé tiraillé
Les cours du blé français en rendu Rouen reculent de 3 €/t sur la semaine à 199 €/t base juillet, reflet d’un marché qui fait le grand écart entre la fièvre géopolitique du pétrole et la réalité commerciale de l’ancienne campagne.
Sur la nouvelle campagne, le contrat Septembre 2026 d’Euronext a frôlé les 219 €/t en milieu de semaine, propulsé par la flambée du Brent vers 119 $/baril et le repli de l’euro face au dollar jusqu’à 1,1410. Il a ensuite reflué en dessous de 215 €/t suite à la tentative de désescalade en fin de semaine. Le blé fait du yoyo à haut niveau, tiraillé entre une prime de risque géopolitique persistante et la lourdeur de fondamentaux qui refusent de s’effacer.
Car derrière l’agitation des marchés à terme, la réalité physique est moins flatteuse. La hausse des cours a mécaniquement dégradé la compétitivité du blé français à l’exportation en ancienne campagne. Les carnets de commandes sont vides au-delà du mois d’avril 2026. DE plus que le marché marocain, premier débouché à l’exportation, devrait se fermer prématurément cette année pour favoriser une récolte locale s’annonçant proche des records.
Sur le terrain français, les blés d’hiver rassurent, avec 84 % en état bon à excellent selon Céréobs, contre 74 % un an plus tôt et contre 81 % en moyenne à date. Aux États-Unis, le mercure grimpe déjà à 30°C dans le sud des grandes plaines et affecte les blés déjà en stress hydrique, ce qui maintient une certaine nervosité à Chicago. En Russie, la sortie de l’hiver semble bien se passer.
Les craintes sur les engrais rebattent les cartes en maïs
Les cours du maïs en rendu Bordeaux se stabilisent sur la semaine à 204 €/t base juillet, leur plus haut niveau depuis un an. Une fermeté qui doit moins à la demande qu’à l’accumulation des doutes sur l’offre à venir.
le maïs s’impose cette semaine comme la culture de l’hémisphère Nord la plus exposée aux craintes d’approvisionnement en engrais azoté. La crise du détroit d'Ormuz perturbe les flux de gaz naturel et d’urée depuis le Moyen-Orient, et les besoins en azote de la prochaine campagne sont loin d’être totalement couverts — que ce soit en France, en mer Noire ou aux États-Unis. Dans ce contexte, les arbitrages d’assolement restent ouverts et peuvent encore basculer : davantage de soja outre-Atlantique, plus de tournesol en Europe de l’Est, voire un recours accru à la jachère en France si les coûts de production continuent de flamber.
Si le risque de perte de rendement par manque d’engrais existe bel et bien, c’est avant tout la crainte d’une perte de surfaces qui dope les cours de la nouvelle campagne sur les bourses d’Euronext et de Chicago. Le dernier rapport de la CFTC, la commission des transactions sur les contrats à terme, en a attesté avec la plus forte semaine d’achats des fonds sur le maïs à Chicago depuis sept ans.
En Europe, le manque persistant de marchandises ukrainiennes soutient par ailleurs la demande intracommunautaire, tandis que les exportations hebdomadaires américaines restent solides à 1,172 million de tonnes sur la campagne en cours.
Sous turbulences, le colza se maintient au-dessus des 500 €/t
Les cours du colza Fob Moselle perdent 15 €/t sur la semaine à 505 €/t, sans pour autant rechuter sous le seuil symbolique des 500 €/t. Depuis deux semaines, le marché évolue dans la même large fourchette entre 500 et 520 €/t, oscillant au gré des soubresauts du pétrole. La volatilité est extrême, les séances s’enchaînent sans tendance claire.
La flambée du pétrole avec une Brent qui a frôlé les 120 $/baril en cours de semaine à Londres reste le principal moteur haussier. Elle soutient l’ensemble du complexe oléagineux mondial en entraînant dans son sillage le colza européen. Mais elle agit aussi comme un frein paradoxal : l’envolée des coûts énergétiques pèse sur les marges des triturateurs européens et bride leur appétit. Le colza reste par ailleurs tributaire des sautes d’humeur du soja au gré des relations sino-américaines, source de volatilité supplémentaire.
Dans ce contexte agité, les fonds, qui détiennent des positions d’achat proches des records sur Euronext sur ce marché, exposent les cours à de brusques prises de profits dès que le pétrole marque le moindre signe de détente.
Sur le terrain, les réserves hydriques satisfaisantes et le retour du soleil offrent de bonnes conditions pour entamer la floraison en France, avec toutefois une pression des insectes à surveiller.
Le tourteau de soja à la merci des agendas diplomatiques
Le tourteau de soja délivré Montoir gagne encore 7 €/t sur la semaine et atteint les 407 €/t, ses plus hauts niveaux sur le rapproché depuis octobre. Une fermeté qui contraste avec l’agitation permanente d’un marché soumis à une succession de chocs depuis quinze jours.
La relation sino-américaine a une nouvelle fois dicté sa loi. L’annulation de la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, initialement prévue en mars, a provoqué lundi 16 mars 2026, le plus fort repli journalier de la graine de soja à la Bourse de Chicago depuis trois ans. La perspective d’un accord sur les volumes d’achats chinois s’était brutalement éloignée. Mais les marchés ont immédiatement rebondi dès la confirmation d’un simple report de cinq à six semaines. Un rebond aussi vif que la chute, illustrant la dépendance totale des opérateurs aux agendas diplomatiques des deux premières puissances mondiales. La question de fond reste entière : la Chine achètera-t-elle suffisamment de soja américain pour justifier les niveaux actuels à Chicago ? La tenue effective de ce sommet apportera une réponse décisive.
En Amérique du Sud, les pluies favorables en fin de cycle en Argentine confortent la Bourse de Buenos Aires dans son estimation de production 2026 à 48,5 millions de tonnes. Au Brésil, où la récolte est largement avancée, ce sont des problématiques sanitaires qui handicapent désormais les chargements à destination de la Chine. En Amérique du Nord, l’appétit des farmers pour la culture du soja en 2026 se renforce à mesure que les cours des engrais grimpent.
(1) Argus Media, société spécialisée dans le suivi des marchés des matières premières, nous livre son analyse agricole hebdomadaire.
(2) À suivre : évolution de la situation militaire au Moyen-Orient et notamment la reprise ou non des flux maritimes dans le détroit d’Ormuz ; fermeté du prix du pétrole ; risques sur le prix et la disponibilité des engrais dans le monde ; évaluation de l’état des cultures d’hiver ; évolution de la parité euro/dollar