Dans un monde agricole à la recherche d’autonomie et de diminution des charges, la bonne gestion des haies constitue un atout. Alors, pourquoi ne pas utiliser le bois déchiqueté de la ferme comme litière dans les stabulations ? C’est le choix de Daniel et Michel Thuery, éleveurs de limousines à Goutrens, dans l’Aveyron.
« Depuis quarante ans, nous chauffons notre maison d’habitation avec les plaquettes, donc nous y sommes habitués. Pour nous, c’est la priorité », explique Daniel, qui s’occupe de cet atelier. Ensuite, en fonction du temps de travail disponible, les exploitants élaguent leurs haies et arbres et font également appel à un entrepreneur équipé d’un grappin. « Nous produisons 100 à 200 m3 de plaquettes pour la litière des vaches par an », précisent-ils. De quoi gagner en autonomie sur cette ferme de 235 ha en totalité en herbe.
« Normalement, une tonne de bois sec a le même pouvoir absorbant qu’une tonne de paille, détaille Daniel. Et une tonne de bois sec, cela fait trois bons mètres cubes de copeaux. » Ainsi, 150 m3 de bois déchiqueté lui font économiser 50 tonnes de paille. « À 100 euros la tonne livrée, ça compte », sourit l’éleveur. Certes, il faut compter le prix payé à l’Union des Cuma bois-énergie pour venir déchiqueter, soit 6 à 8 €/m3, auxquels s’ajoute la prestation de l’entrepreneur. « Il y a aussi notre temps de travail mais, pour une partie, on le ferait de toute manière », poursuit l’éleveur.
« Les animaux se sentent aussi bien »
Bref, il n’a aucun doute, c’est rentable. Selon un document du Label Haie publié il y a deux ans, « la litière mixte [paille et plaquettes, N.D.L.R.] est toujours plus économique que la litière 100 % paille. La litière 100 % plaquettes devient plus avantageuse que la litière 100 % paille quand le prix de la paille dépasse 84 €/t. »
Daniel et Michel Thuery ont opté pour une litière mixte, une sous-couche de 7 à 8 cm de copeaux, puis de la paille. Daniel préfère des petits copeaux de quelques centimètres : le rendement de la déchiqueteuse est moindre mais le pouvoir absorbant du bois est plus important. En 2023, le Label Haie estimait que ce drainage pouvait monter à 350 l/m3. « Les copeaux font comme un drain sous la paille et vont bien absorber, indique l’éleveur. La paille reste propre plus longtemps. » D’où un temps de travail moindre pour rempailler.
Quelques adhérents de la Cuma utilisent une litière 100 % bois déchiqueté, « notamment pour des génisses ou des veaux à l’engraissement, complète Christophe Milhau, trésorier de l’Union des Cuma bois-énergie. Mais il y a une sorte de croûte qui risque de se constituer, ce qui nécessite un petit coup de herse étrille de temps en temps. » Pour le reste, en mixte comme en 100 % plaquettes, « les animaux se sentent aussi bien », assure Daniel Thuery. La litière étant plus stable, moins salissante et moins fermentescible, le Label Haie estime que les blessures et les risques pathogènes seraient moins nombreux.