Sauver un maximum d’agneaux, c’est l’ambition de Carole Parodi et Aurélien Enault, installés à la tête du Gaec du Cun Sud, à La Couvertoirade, sur le plateau du Larzac dans l’Aveyron, avec 350 brebis. Pour cela, le couple vient d’accepter la proposition de leur technicienne, Marion Guibert de la coopérative Natera, pour réaliser un audit détaillé de toutes leurs pratiques en s’appuyant sur la nouvelle application Robustagno (lire l’encadré).
Recenser les résultats et les pratiques
La première étape consiste à récapituler le plus précisément possible l’ensemble des résultats obtenus avec les pratiques mises en œuvre lors de la dernière mise bas. La mortalité, par exemple, est enregistrée par classe d’âge (avorton et mort-né, de 0 à 48 h, de 2 à 10 jours et de plus de 10 jours). « Si le taux de mortalité global, au Gaec du Cun Sud, à 11,7 % est plutôt bon car la moyenne des élevages français se situe entre 15 et 17 %, les agneaux mort-nés représentent 64 % des pertes », observe Marion Guibert.

Le manque de place, point faible identifié, peut expliquer un taux d’écrasement et de perte précoce élevé. Selon les préconisations des experts, la surface recommandée par brebis avec un agneau est de 1,5 m² et de 2 m²2 pour celles qui ont deux agneaux. Ainsi, pour offrir plus d’espace à leurs animaux, les associés ont d’ores et déjà pris la décision de remplacer les deux couloirs d’affourragement de 3,5 m de largeur par un tapis de distribution de 1 m de largeur. Ce qui devrait permettre d’élargir deux aires paillées, de 1,5 m.
La réduction du nombre de brebis dans le lot d’agnelage de décembre-janvier est une autre mesure envisagée pour diminuer la densité des animaux. Ce lot comprend actuellement 250 brebis. Une partie d’entre elles devrait être affectée aux mises bas d’avril pour répartir l’effectif de manière plus homogène.
Manque de lait
Le manque de lait et les problèmes de mamelles ont aussi été identifiés. « Les agneaux en grandissant tirent sur le pis de leur mère, mais comme elles ne produisent pas suffisamment de lait, ils ont tendance à insister et à provoquer des blessures, indique Carole Parodi. Je fabrique une crème à base de vaseline que je mélange avec de l’oxyde de zinc, des huiles essentielles et des teintures mères pour cicatriser les plaies. Nous renforçons aussi le tri des réformes sur la production laitière des brebis. »
Le choix des béliers pourrait également améliorer les performances. Marion Guibert préconise une politique de réforme axée en priorité sur l’observation des mamelles. Celles qui ont développé une mammite ou qui ne produisent pas suffisamment de lait sont à réformer en priorité.
« Vérifier la prise colostrale entre quatre et six heures après la naissance est une pratique à suivre en priorité, indique Carole Parodi. Sachant qu’il est important de déboucher les trayons au moment de la mise bas et de passer les tétines en revue pour contrôler que chacune produit du lait. En l’absence de ce geste, le jeune agneau encore dépourvu de forces essaie parfois de téter, en vain. Et sans la dose du précieux breuvage, le nouveau-né s’affaiblit vite et se refroidit. Il manque de vitalité et son immunité dégringole. »
Autre pratique en cours « d’ajustement », l’apport d’eau dans les cases d’agnelage. Pour ne pas risquer la noyade des agneaux qui viennent de naître, Carole et Aurélien abreuvent les brebis deux fois par jour. Or, c’est trop peu pour les mères, dont les besoins pour la production laitière explosent à ce moment-là. Elles doivent bénéficier d’eau en abondance en permanence.
L’audit fait également le point sur la gestion sanitaire des brebis. Le statut parasitaire des brebis est-il satisfaisant ? C’est le cas au Gaec du Cun Sud, mais la technicienne souligne l’importance de le vérifier en réalisant des coproscopies avant la lutte et de faire tourner des lots au pâturage. « L’idéal est d’attendre au moins trois semaines avant un retour sur une parcelle déjà pâturée. »
De nombreux autres critères sont passés en revue, comme l’ambiance dans la bergerie, le paillage, surtout lors de l’agnelage… pour mettre en lumière des améliorations, mais aussi les pratiques ou les critères qui fonctionnent bien. Sans ventilation efficace, il est difficile de réaliser des agnelages dans de bonnes conditions, par exemple. Tout fonctionne bien de ce côté-là au Gaec du Cun Sud.