Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Elle mène un combat contre le suicide

réservé aux abonnés

Portrait - Elle mène un combat contre le suicide
Pour Camille Beaurain,«la prise de conscience est urgente » vis à vis du suicide des agriculteurs. © C. Yverneau

En 2017, Camille Beaurain a perdu son mari, éleveur de porcs dans la Somme. Il s’est donné la mort. Depuis, la jeune veuve n’a de cesse d’alerter l’opinion publique sur le suicide des agriculteurs.

«Quand j’ai reçu, le 18 mars dernier, le SMS du sénateur Henri Cabanel m’indiquant que son rapport avait été validé au Sénat, j’étais émue. On peut écrire des livres sur le suicide, mais seules les décisions politiques comptent », avance Camille Beaurain, auditionnée dans le cadre du groupe de travail sur les agriculteurs en situation de détresse.

> À lire aussi : « Augustin, tu ne t’es pas suicidé, tu as été tué » (30/10/2019)

Veuve à 24 ans, la jeune femme se bat pour lutter contre ce fléau depuis que son mari s’est donné la mort. « J’ai rencontré mon époux à l’âge de 15 ans, lui avait 22 ans. Je suis tombée amoureuse de l’homme et de son métier », raconte celle qui a rapidement travaillé aux côtés de son compagnon dans l’élevage porcin près d’Abbeville (Somme).

> Retrouvez notre dossier Suicide des agriculteurs : agir avant que le drame ne survienne (18/03/2020)

Apporter à son tour de l’aide

D’origine citadine, Camille découvre la rudesse du monde agricole, mais aussi la vie en vase clos. Elle voit son mari - déjà tourmenté par son histoire familiale - sombrer dans la dépression. Devenue conjointe collaboratrice, la jeune femme se démène pour faire tourner l’élevage malgré la menace de la faillite. Elle garde des enfants en parallèle, mais cela ne suffira pas à améliorer la situation économique. Un incident sanitaire sonnera la fin des cochons et conduira son époux à ce geste fatal.

« Nous n’étions pas assez préparés à ce métier. Être agriculteur demande beaucoup d’énergie, mais à quoi bon se battre si on ne nous protège pas. Le consommateur qui achète le kilo de porc à 10 euros ne peut imaginer qu’à peine un euro nous revient. Quand les négociateurs signent des accords commerciaux, songent-ils un instant aux éleveurs qui crèvent dans nos campagnes ? », observe-t-elle.

« La prise de conscience est urgente. »

Afin d’alerter l’opinion sur le suicide paysan, l’agricultrice a choisi d’écrire (lire l’encadré). « La ferme m’a endurcie », constate Camille, qui a dû faire face à quatre procès pour exploiter prochainement les terres de l’exploitation en son nom propre. Après avoir plongé en 2019 et même pensé mettre fin à ses jours, la jeune femme s’est peu à peu reconstruite. « J’ai eu la chance de rencontrer de bonnes personnes. »

Aujourd’hui, elle poursuit son métier d’assistante maternelle et a rejoint les rangs de l’association Solidarité Paysans pour aider des agriculteurs en détresse. « Je leur partage mon expérience pour éviter que du sang ne coule encore. On compte toujours autant de suicides en agriculture depuis le début de l’année. La prise de conscience est urgente », souligne-t-elle, des larmes plein les yeux.

Catherine Yverneau

Deux livres pour témoigner

Dans son livre Agricultrice, une vie à part (1), Camille Beaurain raconte comment la jeune adolescente de la ville est devenue une éleveuse engagée. Elle dépeint, avec justesse et sans fard, son quotidien rythmé par l’élevage porcin. Cet ouvrage fait suite à Tu m’as laissée en vie, paru en 2019, où elle témoigne du suicide
de son mari.

(1) Sorti en février 2021 aux éditions Robert Laffont.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
En direct
Afficher toutes les actualités

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !