Sauf pour l’orge, les prix des céréales et des oléagineux ont grimpé cette semaine. Cela découle surtout de l’accord préliminaire entre la Chine et les USA et de la montée des taxes à l’exportation en Argentine.

Blé : bonne demande et taxes argentines

Mouvement de hausse cette semaine pour les prix du blé français : ils ont gagné 3 €/t que ce soit à Rouen (à 182 €t en base juillet), à la Pallice (à 181 €/t, base juillet) ou sur l’échéance mars d’Euronext (186,5 €/t à la mi-journée le 20 décembre).

Cette évolution a eu lieu avec un renchérissement de l’ensemble des origines mondiales. La plupart des blés s’apprécient de 3 $/t (blé US SRW, de basse qualité meunière) à 5 $/t (blés russes et ukrainiens meuniers et fourragers).

Le blé argentin, lui, est sorti du lot avec une progression de 7 $/t. En effet, le principal facteur haussier à l’œuvre cette semaine est venu d’Argentine, où le gouvernement Fernandez, nouvellement élu, a décidé d’une augmentation des taxes à l’exportation pour le maïs, le blé, l’orge et le sorgho (le soja aussi, voir ci-dessous).

Les nouvelles taxes applicables sont de 12 % et pourraient rapidement grimper à 15 % si les discussions en cours pour l’établissement de la loi pour la « solidarité sociale « aboutissent. Les taxes avaient été supprimées par le gouvernement Macri à son arrivée avant d’être réintroduites en 2018 à un niveau qui équivalait à environ 6 % de la valeur d’exportation en dollar.

La montée des taxes à l’export en Argentine a donc poussé les prix argentins vers le haut. Elle fait craindre d’autant plus que l’Argentine exporte moins que prévu cette année. Or, le marché mondial du blé a besoin des disponibilités argentines dans un contexte de demande soutenue et de stocks déjà attendus assez bas chez les autres exportateurs mondiaux en fin de campagne. Une autre conséquence de cette taxe sera probablement des prix plus bas payés aux producteurs, sur lesquels les exportateurs reportent en final la taxe qu’ils doivent acquitter. En retour, cela pourrait pousser les producteurs à réduire leurs coûts de production pour la récolte de l’an prochain.

Bonne demande mondiale et inquiétudes pour la production de blé en Europe

Il se confirme que l’Iran a déjà acheté de gros tonnages (au moins 1 million de tonnes) de blé de Russie (et un peu d’Allemagne dans une moindre mesure). Le pays indique qu’il aurait besoin d’importer 3 millions de tonnes d’ici le printemps. Cela soutient les blés russes. Du côté de l’ouest européen, les inquiétudes liées à l’état de la végétation restent de mise (fragilisation des plantes par un démarrage trop précoce). L’état des cultures sera donc à suivre de près : la production européenne de blé est déjà attendue en baisse pour 2020 et toute dégradation des potentiels de rendements viendrait encore amoindrir les perspectives.

L’Allemagne est venue d’ailleurs rajouter son grain de sel à cette perspective de baisse de la production. Sa première estimation officielle de surface de blé d’hiver, publiée cette semaine, est très basse (-7 % par rapport à l’an dernier) alors que les conditions d’implantation ont été meilleures qu’en France ou au Royaume-Uni. Nous prévoyons que cette surface sera revue en hausse et que les semis de printemps viendront combler une partie de la chute des semis d’hiver. Néanmoins, il s’agit d’un élément qui a poussé aussi les prix vers le haut en fin de semaine, sans oublier le mouvement de grève en France qui commence à perturber l’approvisionnement des zones portuaires.

Les orges à contre-courant

Contrairement à ceux du blé, les prix des orges fourragères ont diminué cette semaine, de 2 €/t à 160,5 €/t rendu Rouen (base juillet). L’orge fourragère reste sous le coup d’une révision en hausse récente de la récolte canadienne. Elle souffre aussi d’un manque de compétitivité par rapport aux orges de la mer Noire (russe surtout) devenues moins chères que les orges françaises. La Tunisie a acheté cette semaine 50 000 tonnes d’orge fourragère pour chargement sur janvier/février (origine optionnelle). La Turquie, via son office d’achat le TMO, a contracté 300 000 tonnes pour chargement imminent, probablement en provenance de Russie.

Sur le créneau brassicole, les prix sont restés quasiment stables, proches de 160 €/t pour les orges d’hiver et de 161 €/t pour les orges de printemps fob Creil (base juillet). Le secteur brassicole reste caractérisé par des primes très basses entre les orges de brasserie et les orges fourragères d’une part, et une très faible différence entre le prix des orges d’hiver et des orges de printemps. Cela découle de l’ampleur de l’offre en brasserie de printemps. Un bateau de 28 000 tonnes d’orge de brasserie est en chargement actuellement à Rouen à destination de la Colombie illustrant les bonnes performances à l’exportation cette année. Toutefois, cela ne suffit pas à assécher l’offre disponible.

Le maïs profite de l’envolée américaine

Comme pour le blé, les prix du maïs ont augmenté cette semaine. Ils ont gagné 0,5 €/t Fob Bordeaux (à 164 €/t base juillet) et 1,5 €/t Fob Rhin (à 167,5€/t base juillet). Cette hausse a été déclenchée par l’évolution du marché mondial. Elle est restée modérée toutefois en raison des gros arrivages de maïs pays tiers (Ukraine) qui continuent d’alimenter la demande du nord et du sud de l’UE. Sur le marché mondial, les maïs ukrainiens se sont légèrement renchéris (+4 $/t) mais le prix des maïs nord et sud-américains a bondi : +16 $/t pour le maïs argentin, + 14 $/t pour le maïs US et + 13 $/t pour le maïs brésilien. Les maïs sud et nord américains ont en effet réagi à l’accroissement des taxes à l’exportation en Argentine.

La progression a toutefois été bien plus marquée que pour le blé car elle s’est combinée à l’influence haussière de l’accord commercial entre la Chine et les USA. Cet accord devrait conduire à un net accroissement des exportations de produits agricoles US vers la Chine à moyen terme. Bien que le maïs ne soit pas a priori la céréale qui en profitera le plus, cela pourrait permettre d’augmenter de quelques millions de tonnes les ventes US à la Chine pour ce produit.

Les cours du soja ont repris le chemin de la hausse

Cette semaine, les cours du soja ont évolué en nette hausse sur le marché de Chicago (+10 $/t à 340 $/t). Dans un premier temps, l’aboutissement d’un accord commercial préliminaire (ou « phase 1 «) entre les USA et la Chine vendredi dernier a fait grimper les prix US. Les perspectives de voir les chinois accroître fortement leurs achats de produits agricoles américains apportent en effet de l’optimisme sur le marché du soja. De plus, au cours de la semaine, les autorités chinoises ont accordé aux triturateurs locaux un nouveau quota de 1 million de tonnes de soja US, qui a été rapidement mis à profit, encourageant les ventes US.

Néanmoins, il convient d’être prudent car l’accord ne sera pas conclu avant le mois de janvier. Son application est prévue dans les 30 jours suivant l’accord. Enfin, la décision prise par le nouveau gouvernement argentin d’augmenter les taxes sur les exportations de soja de 25 % à 30 % a apporté du soutien supplémentaire aux cours du soja. Le gouvernement argentin annonçait même en fin de semaine réfléchir déjà à une nouvelle progression de cette taxe à 33 % dans un proche avenir.

Du côté de l’Amérique du Sud, les semis se poursuivent favorablement en Argentine avec des précipitations très bénéfiques cette semaine, ayant arrosé les zones les plus sèches du pays. Désormais, 70 % des surfaces de soja prévues y sont implantées. Les conditions climatiques restent propices à un bon développement des sojas. Du côté du Brésil, les sojas ont également bénéficié récemment de pluies, ce qui reste propice à un bon potentiel des cultures.

Dans ce contexte, les prix des tourteaux de soja restent soutenus par la fève et les autres oléagineux. Ils gagnent 8 €/t à Montoir (à 339 €/t) cette semaine et 5,5 $/t sur le marché de Chicago.

Pas de changement notable concernant les prix des pois fourragers départ Marne qui demeurent à 210 €/t. Ils ont gagné 15 €/t en un mois, profitant d’une hausse des cours des tourteaux de soja et du blé fourrager sur la même période.

Les prix du colza s’envolent

Cette semaine, les cours du colza se sont envolés sur le marché européen dans le sillage des huiles végétales. Ils ont évolué en hausse marquée sur Euronext, gagnant 10,50 €/t à 410 €/t. Sur le marché physique, les prix du colza ont remonté un peu plus modérément (+6,5 €/t à 404,5 €/t rendu Rouen et +4 €/t à 408 €/t pour le Fob Moselle).

Les cours du colza ont de nouveau été soutenus par un rebond des cours de l’huile de soja et du pétrole suite à l’accord préliminaire entre USA et Chine, et par un rebond des cours d’huile de palme.

Les prix de l’or noir ont progressé cette semaine pour atteindre leur plus haut niveau depuis septembre. Les cours de l’huile de soja ont grimpé en raison d’un amendement récemment inclus dans le budget américain. Il prévoit la prolongation d’un crédit d’impôt accordé aux fournisseurs de carburants pour l’incorporation du biodiesel jusqu’en 2022. L’huile de palme, elle, voit ses stocks s’amenuiser suite à une production décevante en Asie du sud-est et à une demande dynamique de la Chine et de l’Inde.

Face à la fermeté des huiles et du soja, les cours du canola à Winnipeg ont aussi progressé, de 6 $/t à 355 $/t sur la semaine.

Le tournesol poursuit son rebond

Le prix du tournesol est en hausse de 5 €/t cette semaine, à 365 €/t à Saint-Nazaire, également dans le sillage du cours des huiles. La forte demande en graine et huile de tournesol des pays émergents continue de soutenir les prix du tournesol en mer Noire. Cette semaine, ils rebondissent de nouveau de 5 $/t à 353 $/t (prix Fob).

Tallage

À suivre : développement des cultures en Europe de l’ouest, surfaces de blé en Allemagne, estimation de la récolte de maïs aux USA en janvier, relations diplomatiques sino-américaines, politique argentine, prix du pétrole, demande en huiles végétales

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